Pacifique pour les uns, pas si chic pour les autres…

– Moins de 40 milles séparent Virbac-Prec 3 de MAPFRE en tête de flotte
– Un cyclone tropical, « Atu », menace Groupe Bel et Estrella Damm
– Kito de Pavant fête aujourd’hui ses 50 ans : un 4è cap !
– Pas d’escale à Wellington pour Hugo Boss et Gaes Centros Auditivos

 

Deux poids, deux mesures. Voilà bien le double visage qu’offre le Pacifique Sud aux concurrents de la Barcelona World Race en ce 54è jour de course. La tête de flotte toujours emmenée par Virbac-Paprec 3 suivi comme son ombre par MAPFRE, profite encore de vents favorables dans des conditions stables. Pour les deux bateaux, Groupe Bel et Estrella Damm, qui ont quitté hier Wellington pour rejoindre à leur tour les eaux du grand désert liquide en direction du cap Horn, ce n’est en revanche pas la même histoire. Le plus vaste océan se révèle en effet plus enclin à leur montrer, avec l’arrivée d’un cyclone tropical nommé Atu, sa face obscure. Ce phénomène météo, sous haute surveillance et actuellement situé dans le nord de la Nouvelle-Zélande, se déplace vers le sud-est. D’ici 48 heures, il menace de croiser la route des deux inséparables bateaux rouges, qui vont devoir adapter leur trajectoire…

 

Blanc et noir

Deux anticyclones de part et d’autre de la Nouvelle-Zélande, un talweg coincé entre les deux, des fronts par-ci ou par là, des phases de transition, et surtout pour corser le tout un cyclone tropical, Atu, qui dévale les latitudes pour se caler pile sur des chemins pourtant déjà balisés… La variété des ingrédients météo du jour donne la mesure de la diversité des sauces à laquelle sont mangés les 24 marins de la course. Avec une flotte étalée sur 3 900 milles (7 223 km) et deux océans, les concurrents de la Barcelona World Race ne traversent évidemment pas les mêmes systèmes météo au même moment. Pas étonnant donc de voir, que d’un bord à l’autre, les conditions comme les prévisions varient du tout au tout, et que chacun voit midi au bout de son étrave. Même le passage du détroit de Cook, frontière naturelle qui ouvre en grand les portes du vaste territoire maritime autour de l’Antarctique, et vécu par tous comme un grand tournant, ne semble pouvoir rien y faire : le Pacifique, réputé pour passer d’un extrême à l’autre et du blanc au noir, reste l’océan de tous les superlatifs.

Tapis rouge devant

Pour l’heure, il déroule toujours un tapis rouge aux deux leaders qui ont attrapé dans leurs voiles des vents d’ouest de 15-20 noeuds en bordure d’un anticyclone. Pour ne rien gâcher, ce système de hautes pressions, dont le centre se situe dans le nord-ouest de la deuxième porte de sécurité du Pacifique distante de 200 milles environ, les accompagne. De quoi permettre aux deux tandems, à la lutte dans une poignée de 38 milles, de se laisser aller au plaisir d’une course de vitesse pure et dure. A ce petit jeu, difficile de ne pas saluer une fois encore la prestation des champions olympiques de MAPFRE, qui donnent toute la mesure de leur talent à bord de l’ancien Foncia de Michel Desjoyeaux au potentiel aussi éprouvé qu’approuvé. Lancés aux trousses des imperturbables Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron, Iker Martinez et Xabi Fernandez prouvent qu’ils maîtrisent l’art et la manière de naviguer au meilleur niveau : ils progressent sous les latitudes australes comme s’ils régataient en baie.

Scénario noir pour les bateaux rouges

Dans le sillage de ces deux équipages, les écarts se creusent encore. La faute, dans un autre système, aux vents qui ne sont pas aussi favorables pour leurs plus proches poursuivants ne déméritant pourtant pas. Entre 800 et 1000 milles derrière, Renault ZE, Neutrogena et Mirabaud, relativement proches les uns des autres, n’ont en effet pas bénéficié des mêmes conditions pour laisser aussi vite le détroit de Cook et la Nouvelle-Zélande dans leurs tableaux arrières. Pour autant, leur avance sur la paire de Wellington de retour en course depuis hier soir leur permet de pouvoir échapper aux foudres du cyclone Atu que tous surveillent de très près. Pour Groupe Bel et Estrella Damm, qui naviguent actuellement dans des vents de sud plutôt légers, la musique n’est pas la même. Plus lancinante, elle promet de prendre un tour nettement plus stressant. Pour ne pas dire strident, d’ici les prochaines 48 heures quand le phénomène Atu aura pris ses quartiers pile sur leur route. Plonger sud dans des vents contraires avant qu’il ne soit trop tard, grimper au nord en tournant le dos au cap Horn, ou encore freiner pour laisser passer la tempête qui menace de lever une mer démontée et des vents dantesques ? Quelle que soit l’alternative que choisiront ces deux équipages, le scénario prendra la couleur et la teneur d’un sombre roman noir sur fond de Pacifique de très méchante humeur.

Et du côté des eaux « All Blacks » ?

Aux portes de cet océan, Hugo Boss, bientôt suivi par Gaes Centros Auditivos, gonfle depuis ce mardi après-midi les rangs des bateaux engagés sur la route du cap Horn. A bord, le seul marin « All Black » de la flotte, Andy Meiklejohn, aux côtés de Wouter Verbraack, n’a fait que saluer ses eaux natales. Les deux hommes restent donc aux prises avec leur rail de grand-voile arraché en tête de mât. Pesant le pour et le contre, préférant patienter de rencontrer les conditions qui leur permettent de réparer en mer plutôt que de rester bloqués à terre, ils ont finalement pris la décision de ne pas faire escale. Ils progressent actuellement dans les tout petits airs qui soufflent sur la pointe nord-est de l’île du Sud. Sous l’influence d’un vaste talweg (creux barométrique), leur speedo affiche moins de 4 nœuds ! 38 milles derrière, Dee Caffari et Anna Corbella tricotent au près dans le détroit de Cook. Cet après-midi, elles font, elles aussi, le plein d’images et d’impressions volées à la terre avant de rejoindre les eaux bien troubles du Pacifique, qui promettent de leur en faire voir de toutes les couleurs…

Du côté de l’Indien…

En queue de flotte, trois bateaux progressent toujours dans l’océan Indien par 45-46° S, au large des côtes septentrionales de l’Australie. Près de 1000 milles séparent We Are Water de Forum Maritim Catala, pointé à 200 milles environ de la pointe sud de la Tasmanie. Après un retour en force, à coups de plus de 400 milles avalés en 24 heures, l’équipage de Central Lechera Asturiana connaît un coup de frein dans des vents très légers au passage d’une zone de transition. Dans ces quartiers océaniques, les duos tracent aussi leur route en bordure sud d’un anticyclone. Celui-ci est associé à un front froid, qui passe le long des 47° Sud. Derrière ce front, un second centre de hautes pressions va générer des vents d’ouest assez soutenus, favorisant pour la queue de flotte une route dans le sud des 45°S, où la pression sera plus forte pour avaler les milles avant le grand virage pour remonter vers le détroit de Cook.

Classement du 23 février à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 10075,8 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 38,2 milles du leader

3 RENAULT ZE à 812,9 milles

4 NEUTROGENA à 940,7 milles

5 MIRABAUD à 1066,6 milles

6 GROUPE BEL à 1278 milles

7 ESTELLA DAMM à 1282,8 milles

8 HUGO BOSS à 1454,3 milles

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 1482,6 milles

10 FORUM MARITIM CATALA à 2966,8 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 3284,6 milles

12 WE ARE WATER à 3900,5 milles

ABD FONCIA

ABD PRESIDENT

Ils ont dit

Kito de Pavant, Groupe Bel : « Il y a un cyclone qui se rapproche et qui nous donne du tracas. On ne sait pas trop comment prendre le problème. Soit par le sud, soit par le nord. En tout cas, il est juste sur notre trajectoire. C’est un phénomène assez vigoureux et dangereux et ce n’est pas un super cadeau d’anniversaire pour les 50 ans – mon 4è cap à moi aujourd’hui – que me fait la météo. C’est un petit phénomène très dense, c’est le pire pour le bateau. Nous prenons un gros risque de casser du matériel. Nous réfléchissons à toutes les éventualités.

La plus sage serait de partir au nord en pour faire le tour. Ça ne va pas nous avantager et nous faire avancer vers le Cap Horn, mais si nous voyons que ça devient dangereux, on fera demi-tour pour éviter les grosses vagues associées. Nous serons sur zone dans 48 heures à peu près. Les conditions difficiles ne devraient pas durer très longtemps, 24 heures je pense, et après nous devrions avoir du vent fort portant qui nous permettra d’aller assez vite vers les diverses portes. Mais nous avons une fin de semaine très agitée en prévision, et j’avoue être un peu anxieux. »

Dominique Wavre, Mirabaud : « Nous suivons attentivement la trajectoire du cyclone Atu. Il devrait passer derrière nous. On ne devrait pas être près du centre. Nous allons échapper au pire du vent et de la mer. Ça ne sera pas très confortable, mais cela ne devrait pas être trop dangereux pour nous comme phénomène. La sortie du détroit de Cook s’est faite rapidement. Ensuite, on a été encalminé, c’était assez pénible. Mais maintenant, nous sommes au reaching, dans du vent de sud.

Cook représente une belle opération d’un point de vue sportif. Mais humainement, c’était un peu bizarre. Cela procure une impression un peu surréaliste de passer comme des fusées sur des bateaux à voile, alors qu’un drame humain se déroule à quelques centaines de kilomètres de là sans pouvoir ne rien y faire… Et de l’apprendre après coup. »

Pepe Ribes (ESP), Estrella Damm : « C’est une journée fantastique avec un vent de Sud de 10-15 nœuds. Groupe Bel est devant à un mille environ. C’est bien de naviguer avec un autre bateau pour avoir une autre référence. Le passage du cyclone Atu est très compliqué. Nous ne savons pas par où passer. Nous sommes préoccupés. Ni Alex, ni moi, n’avons été préparés à affronter des vents aussi forts. Je ne sais pas quel vent il y aura, les vagues qui se lèveront. Nous sommes préoccupés, nous avons peur que le bateau puisse se casser. Si nous avançons assez rapidement, nous pouvons passer dessous et espérer y échapper. Nous garderons un œil dessus toute la journée pour prendre une décision dès demain. »

Dee Caffari, Gaes Centros Auditivos : « Terre en vue ! C’était notre cri du cœur cette nuit à 21h00. Nous avons vu les hauteurs de la côte ouest de l’île du Sud alors que nous approchions de sa pointe nord-ouest. Nous allions vite, quand les conditions se sont calmées ce qui, avec la houle résiduelle, tant à rendre la vie un peu inconfortable. Nous avons appris que certains avaient eu la chance de descendre le détroit plein pot au portant alors que nous allons nous battre au prés après cet épisode de calme. C’est la roue de chance ! Nous regardons d’un œil le résidu du cyclone tropical Atu qui semble se préparer à être sur notre route alors que nous serons dans le Pacifique. Génial !! Nous n’allons pas nous arrêter, mais peut-être patienter un peu pour éviter de nous retrouver sur sa trajectoire ? Pour l’heure nous devons profiter des belles conditions et de voir la terre. Passer la Nouvelle-Zélande est une grosse étape dans cette course et nous sommes très excitées. »