Périphérique extérieur

 

Après trois semaines de mer, la deuxième édition de la Barcelona World Race commence à dessiner une hiérarchie à l’horizon du passage de la première marque de parcours de ce tour du monde de 24 600 milles : Foncia et Virbac-Paprec 3 sont bien installés en tête et MAPFRE est en passe de prendre la troisième place quand le peloton progresse modérément au centre de l’Atlantique Sud…

Trois semaines de mer et seulement 4 600 milles parcourus sur la route optimale : 9,12 nœuds de moyenne sur l’orthodromie… Cela paraît peu mais en fait, le leader (depuis un peu moins de 24h) a en réalité couvert plus de 5 800 milles, ce qui monte la moyenne réelle de Michel Desjoyeaux et François Gabart à 11,5 nœuds. Mais c’est surtout depuis une journée que Foncia allonge des distances quotidiennes impressionnantes : ces dernières 24 heures, le plan VPLP-Verdier a cumulé plus de 460 milles (19,16 nœuds), tout comme Virbac-Paprec 3 qui a même rajouté 15 milles au compteur (19,58 nœuds) ! Et pendant ce temps, les Espagnols Iker Martinez et Xabi Fernandez ont réussi à maintenir 16,6 nœuds de moyenne par jour, mais du côté du centre du plan d’eau, Estrella Damm qui mène désormais la chasse aux « Sudistes », n’a parcouru que 330 milles sur l’eau (13,75 nœuds)… Et cette configuration va s’aggraver ce week-end !

Devancer le front

Car pendant que le gros de la flotte longe la bordure occidentale de l’anticyclone de Sainte-Hélène qui vient de se remettre en place, et profite d’un alizé modéré de 12 à 18 nœuds de secteur Est, les trois bateaux à 300 milles (MAPFRE) et à 500 milles (Foncia, Virbac-Paprec 3) plus dans le Sud-Ouest, progressent dans un flux de Nord d’une bonne vingtaine de nœuds pour le voilier espagnol, de près de 30 nœuds pour les deux bateaux français… Michel Desjoyeaux et François Gabart alignent des moyennes supérieures à vingt nœuds, travers au vent pour gagner dans le Sud-Est. En compagnie de Jean-Pierre Dick et de Loïck Peyron, ils devraient atteindre les Quarantièmes Rugissants avant minuit ce vendredi. Car les deux duos doivent encore patienter avant de piquer directement sur l’île Gough (40°15S-10°W) et ils pourraient même descendre sous la latitude de rocher volcanique isolé de 90 km² de superficie, pour remonter au dernier moment et raser ce relief escarpé de 910 mètres d’altitude.

En effet, les deux équipages doivent aller vite pour rester devant le front froid qui se déplace rapidement vers le Grand Sud afin de profiter de ce flux puissant qui va légèrement tourner vers le secteur Nord-Ouest samedi. Lorsque les deux bateaux seront dépassés par la masse nuageuse, le vent va franchement basculer au Sud-Ouest en mollissant, puis va passer au Sud d’une douzaine de nœuds seulement… Atterrir travers dans un vent modéré est donc le meilleur choix, même si Michel Desjoyeaux et François Gabart devront faire attention de ne pas trop serrer l’île au Nord dans ce régime de vent… Et probablement à peine trois à six heures plus tard, ce sera au tour de Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron de contourner cette première marque de parcours.

Chasseurs espagnols

Iker Martinez et Xabi Fernandez tirent finalement leurs marrons du feu avec leur option intermédiaire puisqu’eux aussi vont toucher le flux de secteur Nord, un peu moins musclé, mais presque aussi longtemps. Ces brises portantes ne pousseront pas MAPFRE jusqu’à Gough, mais lui permettront normalement de dépasser Estrella Damm avant dimanche midi : la marge pourrait même atteindre cent milles au passage de l’île ! Car le centre de l’Atlantique Sud va redevenir mou, voire même franchement délicat à traverser… En effet, derrière le front froid qui va passer devant les étraves du peloton sans lui apporter de gradient supplémentaire, c’est un nouvel anticyclone venu d’Argentine qui va une nouvelle fois engluer le gros de la flotte ! Vents faibles, brises pouvant même tourner à l’Ouest voire au Sud-Est, mer assez tourmentée : les conditions de navigation vont être très irrégulières dimanche avec l’installation d’une dorsale en plein sur la route des centristes…

Embouteillages aux travaux anticycloniques

Et il n’y aura donc pas que l’ancien leader espagnol à souffrir dans cette molle proche des Quarantièmes Rugissants ! De Groupe Bel à Hugo Boss, la traversée de cette nouvelle bulle anticyclonique va être redoutable et il n’y a peut-être que les trois retardataires qui la verront passer devant leur nez sans être perturbés : une opportunité pour Central Lechera Asturiana et We are Water les plus à l’Est, comme pour Forum Maritim Catala très à l’Ouest, de retrouver le contact avec le peloton… La route logique entre l’équateur et le cap de Bonne-Espérance cumule les embûches : après un alizé plutôt mou entre l’équateur et le tropique du Capricorne, puis des « travaux de reconstruction » de la voie anticyclonique aux abords de l’archipel de Martin Vaz i Trindade, le chemin va encore « s’ébouler » ! Tandis que ceux qui ont pris le « périphérique extérieur » circulent à fond les ballons sans se préoccuper des radars : Virbac-Paprec 3amême été flashé à plus de 21 nœuds de moyenne…

Classement du 21 janvier à 15 heures :

1 FONCIA à 20 057 milles de l’arrivée

2 VIRBAC-PAPREC 3 à 49 milles du leader

3 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 130 milles

4 GROUPE BEL à 164 milles

5 MAPFRE à 198 milles

6 MIRABAUD à 234 milles

7 RENAULT Z.E à 283 milles

8 NEUTROGENA à 297 milles

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 350 milles

10 HUGO BOSS à 430 milles

11 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 452 milles

12 WE ARE WATER à 499 milles

13 FORUM MARITIM CATALA à 633 milles

ABN PRESIDENT

Ils ont dit :

Jean Le Cam, Président, de passage au PC Course de Barcelona : « Cela fait partie du métier : si on ne voulait pas prendre de risques et si on voulait une vie peinard, on ne ferait pas du bateau à voile… Il n’y a rien d’écrit dans ce métier, rien de fait et on le voit bien que ce soit sur le classement ou que ce soit sur la casse éventuelle. C’est la vie de tous les jours : chez tout le monde, il y a des emmerdes qui arrivent, qui vous tombent dessus. Nous, c’est pareil donc après il faut gérer au mieux. On a démâté, on a emmené le bateau à Mindelo, il n’y a pas eu de soucis particuliers. Je regarde la course : je me suis connecté au dernier aéroport où j’étais, à Mindelo. Michel Desjoyeaux était au Sud avec Virbac. Forcément, ils étaient à droite parce qu’ils se sont arrêtés à Recife. Le premier qui attrape le train, il finit par prendre la tête de la course. Cette fois, le train était au Sud : il ne faut juste pas rester sur le quai. Il faut regarder si le Président repart ou pas, et moi j’ai toujours l’objectif du Vendée Globe..»

Michel Desjoyeaux, Foncia : « Nous sommes poursuivis par une petite dépression : si elle va assez vite, elle va nous amener au moins jusqu’à l’île de Gough et peut être jusqu’à la première porte Atlantique… Sinon, ça va être le bazar ! Il y a un peu d’incertitude, mais on bombarde avec ce que nous avons ! On atteint des vitesses à deux chiffres qui commencent par le chiffre 2 : c’est une bonne nouvelle. Avec ce qui nous attend, il vaut mieux être devant, car ça nous laisse plus d’opportunités. Mais c’est accompagné d’un peu de shaker à bord. Heureusement, nous sommes suffisamment abrités par la casquette. Parfois il y a des bons paquets de mer qui recouvrent le bateau : pour aller se promener dehors, il faut un bon ciré. En ce moment, ça bombarde à 20 nœuds de moyenne ! Dehors ce n’est pas pluvieux, nous sommes juste en avant de la pluie ou en bordure. »

Pepe Ribes, Estrella Damm : « En ce moment, nous avons un peu de vent constant d’environ 15/20 nœuds d’Est-Nord-Est. Nous filons au travers, toutes voiles dehors ! En revanche, devant nous, la situation devient plus compliquée… »