Petit coup de stress

 

Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron au près dans du vent fort
MAPFRE ralenti dans les Canaries
Le jeu stratégique se corse pour Renault Z.E et ses dauphins
We are Water bientôt en escale technique à Ushuaia

 

Dernière charge d’adrénaline avant la ligne d’arrivée ? Les hommes de Virbac-Paprec 3 au grand large d’Essaouira (Maroc) affrontent actuellement un bon coup de vent de nord-est. Le bateau tape face aux éléments et les deux marins stressent. Après quasiment 25 000 milles sous la carène, le monocoque bleu, comme ses congénères, est forcément un peu fatigué. L’essentiel est de ne rien casser…

 

Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron sont passés sous la barre des 1000 milles avant l’arrivée. Comme pour célébrer cette étape symbolique, leur record des 24 heures réalisé entre le 21 et le 22 janvier (506,33 milles, 21,1 nœuds de moyenne) vient d’être validé par le WSSRC, l’instance internationale chargée d’officialiser tous les chronos d’exception.

Malgré tout, l’ambiance n’est pas franchement à la fanfaronnade sur le bateau bleu qui joue dangereusement à saute-mouton face au vent et aux vagues. Sur la route de Gibraltar, à la latitude d’Essaouira, le vent de nord-est souffle à près de 30 nœuds : la navigation sous voilure réduite devient sportive et humide. « On serre les fesses » concède Jean-Pierre à la vacation du jour. « Nous sommes vulnérables et nous le savons, c’est un des dangers du parcours dit-il. Il ne faut pas casser dit-il, quitte à lever le pied ».

Derrière, MAPFRE tente une option un peu différente entre les îles du Canaries, en passant au Sud de la Palma. Mais leur approche est particulièrement laborieuse. Au classement de 16h00, ils n’avançaient qu’à 5,5 nœuds. L’écart entre ces deux bateaux de tête (313 milles) pourrait encore s’accroître dans les prochaines heures. Virbac-Paprec 3 est attendu le 31 au soir à Gibraltar et le tandem espagnol au moins 24 heures plus tard.

Pour les trois jours suivants en Méditerranée, aucune chance ou presque d’ouvrir les voiles jusqu’à la ligne d’arrivée. Le « Levante » règne en maître dans le détroit et en Mer d’Alboran. Puis, ce devrait être encore du vent dans le nez pour remonter le long des côtes espagnoles jusqu’à Barcelone.

Gros derby espagnol pour la 3e place

Pour Renault Z.E, Estrella Damm et Neutrogena qui filent au largue dans le nord ouest du Cap Vert, le jeu se corse pour cause de chassé-croisé d’anticyclones. Celui qui affecte aujourd’hui les deux leaders se décale vers le nord-est (vers l’Espagne puis la France) et va être remplacé par une seconde zone de hautes pressions. Cet interlude donne la possibilité à Pachi Rivero et Antonio Piris de poursuivre leur bord actuel vers le nord pour aller chercher plus loin des vents portants. Mais ce pari pour lequel ils doivent accepter de rallonger leur route est risqué. Car Estrella Damm et Neutrogena peuvent choisir de couper le fromage. Or, l’équipage de Renault Z.E doit contrôler ses adversaires, se placer entre eux et la « marque » de Gibraltar pour être certain d’assurer sa 3e position.

Dans ce contexte, Estrella Damm, et dans une moindre mesure Neutrogena, ont une carte à jouer : actionner le mode furtif pour contraindre la stratégie de Pachi et Talpi. Pour ce trio de poursuivants séparés de 194 milles, les prochaines 24 heures promettent d’être très intéressantes.

Finir avant tout

Plus loin, qu’il s’agisse de Gaes Centros Auditivos dans l’hémisphère nord ou d’Hugo Boss et de FMC au large du Brésil, l’enjeu n’est plus le même. Tout trois esseulés dans leurs positions respectives, ils peuvent difficilement espérer mieux au classement. Leur but est essentiellement de boucler leur périple planétaire, en navigant au mieux avec les éléments.

C’est aussi l’objectif ultime de We are Water. Jaume Mumbru et Cali Sanmarti qui ont doublé le cap Horn hier soir sont sur le point d’arriver à Ushuaia où ils ont décidé de faire escale pour réparer leur bôme cassée le 25 mars dernier. Leur responsable technique les y attend déjà.

En bref :

Les ETA à Gibraltar :

Virbac-Paprec 3 : le 31 mars au soir

MAPFRE : le 1er avril

Renault Z.E : le 4 avril

Classement du 29 mars à 16 heures (TU+2) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 985,9 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 313,3 milles

3 RENAULT Z.E à 1115 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 1275 milles

5 NEUTROGENA à 1309,6 milles

6 GAES CENTROS AUDITIVOS à 1867,8 milles

7 HUGO BOSS à 3302,9 milles

8 FORUM MARITIM CATALA à 3925,4 milles

9 WE ARE WATER à 5865,2 milles

10 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 10564,4 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

ABN MIRABAUD

Ils ont dit :

Jean-Pierre Dick, Virbac Paprec 3 : «L’objectif est de sortir indemne de ce coup de vent et de continuer à avancer. Mais il va falloir faire le dos rond ! C’est stressant. Nous vérifions tout et nous essayons de ne pas trop tirer sur les voiles pour passer en sécurité. Nous sommes souvent à l’intérieur à l’abri car il y a pas mal d’embruns sur le pont. A Gibraltar nous aurons certainement du vent contraire assez fort et nous devrons en plus tirer des bords avec des cargos. Il faut mériter Barcelone ! C’est toujours impressionnant entre les cargos. Il faut vraiment faire attention dans les deux sens. Nous sommes vulnérables et nous le savons, c’est un des dangers du parcours, il faut faire avec. En ce qui concerne notre heure estimée d’arrivée, un des dictons du marin dit : « on arrivera quand on arrivera ». Nous ne pouvons pas tout prédire même avec les meilleurs fichiers. Dans la nuit du 31 au 1er avril nous devrions passer le détroit. La remontée de la Méditerranée est floue. Nous attendons d’arriver avec impatience, cela nous réjouit, même si nous sommes contents d’être en mer ! Nous serons contents de retrouver la terre et son confort. Trois mois de camping, ça a ses limites. Mon fils aura 7 mois quand je vais arriver. Ca va être très très émouvant pour moi. J’ai vu des photos il ne ressemble plus du tout à ce que j’avais vu et au bébé que j’avais laissé. Il y a forcément quelque chose qui va se passer, j’appréhende un peu. »

Toño Piris (ESP), Renault Z.E : « On a bien pensé à se mettre en mode invisible, mais il n’y avait pas grand intérêt là-dedans puisque les autres derrière pouvaient le faire aussi. Tant que nous nous voyons tous, c’est mieux pour nous ! Mais s’ils se mettent en invisible… alors on le fera aussi.

Nous avons eu vraiment de la chance car tous nos petits problèmes ont finalement bien tenu, et cela grâce à la grande connaissance de Pachi de chaque recoin du bateau et des petits trucs que j’ai pu réparer grâce à mes connaissances en construction navale. C’est comme cela que l’on a évité de s’arrêter. Nous espérons que ça va continuer et que l’on pourra récolter la moisson de tout cela ! »

Alex Pella (ESP), Estrella Damm : « Nous surveillons beaucoup Renault Z.E. Ils ont un avantage certain, ils sont très proches devant, et c’est le prochain bateau que l’on pourrait doubler. Mais pour l’instant on observe ce qu’ils peuvent faire, on compare avec nous… Nous sommes plus loin derrière, au près. Ils sont allés très vite et ils ont une avance assez significative, et à moins qu’il ne se passe quelque chose d’anormal, ce sera difficile de les rejoindre. Mais ce n’est pas pour ça que l’on va les laisser tranquilles et ne rien essayer. Et puis c’est plutôt pas mal pour la régate et pour notre propre distraction. On fait du prés serré et les fichiers disent que ça devrait être comme ça jusqu’au détroit de Gibraltar. Le bateau commence à être très usé après tant de milles, mais il a l’habitude. Il faut vraiment avoir beaucoup de feeling avec le bateau au bout de tout ce temps. »