PREMIER TIERS

Après douze jours de mer, la flotte des seize Class’40 encore en course arrive tout juste au tiers du parcours de 5 000 milles vers Progreso, du moins les premiers ! Car les écarts sont astronomiques entre les leaders italiens au milieu de l’océan et les Britanniques encore englués aux Canaries. Et si les conditions vont s’améliorer dans les heures qui viennent au Nord, c’est pour mieux se dégrader ce week-end…

À ce rythme, c’est plus d’un mois de mer qui sera nécessaire pour atteindre le Mexique depuis le départ de Saint-Nazaire, il y a déjà douze jours. Douze jours de près pour le groupe du Nord, huit jours de pétole pour les partisans du Sud… L’automne est certes la période de changement climatique sur l’Atlantique, mais ces dernières semaines sont particulièrement perturbées et surtout, les dépressions naissent très bas en latitude, ce qui complique énormément la navigation. Et pour les jours à venir, c’est l’option Sud qui va reprendre du poil de la bête car les alizés vont enfin s’installer entre les Canaries et le Cap Vert !

L’espoir mauritanien

La sortie des calmes semble proche, du moins pour les deux premiers du groupe des Sudistes : David Consorte et Arnaud Aubry (Adriatech) et Erik Nigon et Marc Jouany (Axa Atout Cœur pour Aides) qui naviguent désormais de conserve, commencent à toucher les dividendes de leur choix canarien. Un petit flux de Nord-Est d’une dizaine de nœuds les pousse doucement mais sûrement le long des côtes mauritaniennes et ce régime de vents portants devrait enfin prendre du souffle au fil des heures à venir : de six nœuds de moyenne, ces deux Class’40 peuvent croire à leur étoile et dès vendredi, ils vont allonger à plus de dix nœuds de moyenne. Il devront toutefois attendre un peu avant de piquer directement sur les Antilles afin d’être sûrs qu’ils ne s’engluent pas dans de nouveaux calmes au large du cap Blanc…

Et ce n’est pas du tout le même programme pour les Nordistes ! Du près, toujours et encore, mais au moins cette journée devrait apporter une petite pause par l’Ouest. Le vent qui était encore la nuit dernière plutôt rude, doit lentement se calmer pour ne plus atteindre qu’une quinzaine de nœuds. Mais cette pause ne sera que de courte durée… Le week-end s’annonce extrêmement violent avec deux dépressions en cours de formation au large de la Floride : elles vont s’étirer vers les Açores et suivre exactement la route directe optimale que devait prendre les Class’40 ! Mais comme il va être très difficile de prendre de l’Ouest contre un vent d’Ouest ce jour, les équipages n’ont pas trop le choix : ils plongent au Sud, du moins les trois premiers. Giovanni Soldini et Pietro d’Ali (Telecom Italia) semblent avoir fait leur deuil d’un passage par-dessus ces perturbations et foncent vers un temps un peu plus clément. Leurs dauphins, Tanguy de Lamotte et Adrien Hardy (Initiatives-Novedia) font de même 200 milles plus bas, tout comme Bernard Stamm et Bruno Jourdren (Cheminées Poujoulat) en position intermédiaire.

L’avantage du décalage

Le reste de la flotte du Nord hésite encore à l’image de Damien Seguin et Armel Tripon (Cargill-MTTM) qui tentent de rester sur la route directe : ils devraient d’ailleurs en profiter pour s’adjuger la troisième place cet après-midi. Et derrière aussi c’est un ballet de croisement au rythme des bascules du vent. Denis Lazat et Frédéric Nouel (Plan les enfants changeront le monde) avaient décroché plein Sud, mais malheureusement, la brise a tourné… au Sud ! Retour vers l’Ouest et donc vers le mauvais temps des prochains jours… Et c’est finalement Patrice Carpentier et Victor Maldonado (Crédit Maritime) qui pourraient tirer leurs marrons du feu s’ils persévéraient sur leur route Nord : avec leur décalage de 750 milles, ils pourraient être juste dans le timing pour passer par-dessus ces mauvaises perturbations ! Ils débouleraient alors en fin de week-end dans des vents portants d’Est quand les leaders affronteraient des brises contraires très fortes. Décidément, cette première édition de la Solidaire du Chocolat n’est pas de tout repos.