Quel avenir pour la Champion’s League de la voile ?

L’Audi MedCup 2010 s’est terminée à Cagliari en Sardaigne, fin septembre, sur la victoire sans appel d’Emirates Team New Zealand. Les hommes de Grant Dalton ont dominé la fl otte en naviguant avec une régularité déconcertante sur l’ensemble de la saison. Dean Barker, barreur du team, déclarait à l’issue de la dernière course : « La force de notre équipe est d’avoir été régulière toute l’année. Nous avons terminé l’épreuve du Portugal avec un beau matelas de points, ça nous a donné un peu de flexibilité pour la suite. Au fi nal, je pense que ça a été plus difficile pour les autres équipes de recoller que pour nous de maintenir notre avance. » Même si les Argentins de Matador, le bateau d’Alberto Roemmers, se sont imposés sur le Trophée Région de Sardaigne avec trois victoires sur huit manches, Emirates Team New Zealand ne pouvait mathématiquement plus être inquiété lors de cette dernière rencontre. Les Franco-Germaniques d’All4One concluent de leur côté la saison en beauté avec une belle seconde place qui leur permet d’oublier un peu les contre-performances des autres courses. La collision spectaculaire qui a eu lieu entre eux et Bribon laisse cependant un petit arrière-goût amer à l’équipage et surtout au lésé, qui manque de couler son bateau.

 

Pas d’inquiétude

Avec cinq évènements disputés entre Atlantique et Méditerranée, de mai à septembre, l’Audi MedCup est restée cette année encore le circuit professionnel de référence, notamment pour les équipages de l’America’s Cup. L’annonce, fin août, que le plus vieux Trophée sportif du monde se courrait désormais sur multicoques pourrait toutefois bien mettre ce championnat en posture délicate, même si les protagonistes s’en défendent. Chacun affi rme au contraire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ed Reynolds, président du groupe Quantum Sail Design, qui est la première équipe à avoir annoncé sa participation à la saison

 

2011 avec un nouveau bateau déclare : « L’Audi MedCup est l’épreuve de monocoques la plus compétitive et la plus relevée que je connaisse. C’est là que le meilleur niveau mondial évolue. Je pense que l’America’s Cup en multicoques est une occasion incroyable pour la MedCup de continuer à se profi ler comme le top circuit mondial sur monocoques. »

 

Du côté de l’organisation, on ne semble pas non plus inquiet pour la suite, et l’annonce du soutien d’Audi pour trois nouvelles saisons, soit jusqu’en 2013, est plutôt réconfortante. « Le fait que les super pros se retirent ne constitue pas forcément une mauvaise nouvelle, explique Sabina Mollart-Rogerson, porte-parole du championnat, en évoquant le départ d’Emirates et TeamOrigin. Il y a plusieurs propriétaires qui ont peut-être hésité à se lancer à cause de leur présence et qui vont maintenant oser venir. La classe va certainement repartir sur d’autres bases, mais je ne vois aucun danger pour l’épreuve. Le fait d’avoir un partenaire pour trois ans nous met dans une position privilégiée pour envisager l’avenir. » L’Audi MedCup risque en effet de devenir à nouveau un circuit de propriétaires fortunés, et de prendre un peu de distance avec les grands enjeux stratégiques de la voile de compétition.

 

Les Soto 40 en remplacement des GP 42

La grande nouveauté du circuit 2011 est l’arrivée des monotypes Soto 40 en remplacement des GP 42, qui couraient à six et qui ont fi ni par capoter. La classe de 40 pieds One Design, très active en Amérique Latine, notamment en Argentine, en Uruguay et au Brésil, rejoint donc l’Europe et huit bateaux devraient entrer dans le circuit dès le mois de mai 2011. Trois équipages déjà constitués qui régatent en Argentine doivent intégrer la MedCup et cinq bateaux neufs ont été commandés par l’organisation. Ces derniers vont être mis à disposition des intéressés selon des règles qui ne sont pas encore précisées. « Nous sélectionnons les équipes selon différents critères, dont celui de la nationalité, explique encore Sabina. L’important est d’obtenir une représentation internationale de qualité et d’éviter les erreurs des GP 42, qui n’étaient représentés que par des Espagnols et des Italiens. »

 

Les détracteurs n’hésitent pas à parler d’une manoeuvre de la dernière chance pour garantir un minimum de voiliers au sponsor. D’autres évoquent volontiers une évolution logique favorisant l’ouverture d’un circuit possédant toutes les bases solides pour se profi ler comme une plateforme attrayante. S’il est vrai que les Soto 40 ne sont pas vraiment connus dans nos contrées, Nacho Postigo, directeur technique de l’Audi MedCup, parle d’un choix particulièrement approprié au format de l’épreuve. « Il s’agit d’une évolution importante pour l’Audi MedCup. La monotypie permet aux propriétaires et aux équipes de s’engager avec des budgets réalistes. » Les règles de classes devraient par ailleurs évoluer pour que les coûts restent abordables. Le poids de l’équipage et le nombre de navigants vont être différents du circuit Argentin. Des règles relatives au professionnalisme vont également être appliquées, à l’image de la plupart des séries de propriétaires.

 

Il ne reste plus qu’à voir si l’apparente sérénité des acteurs du circuit pro le plus en vogue est bien réelle, et si le succès de l’épreuve va perdurer face aux évènements sur multicoques, comme les Extreme Sailing Series.