Quelques heures pour souffler…

Les choses s’arrangent un peu pour les concurrents de la Transat Jacques Vabre. Après 24 heures d’un régime les exposant à des conditions de navigation difficiles, cette nuit vient de leur offrir une légère accalmie dont tous peuvent se réjouir. Bénéficiant de vents relativement plus faibles que ceux qui les ont accompagnés sur la journée de mercredi, les duos apprécient surtout le fait de pouvoir désormais faire route dans une mer plus maniable. Qu’on ne s’y trompe pas, les vagues gardent toutefois aujourd’hui encore de réels arguments pour contrarier la progression des hommes et des montures et la prudence reste de mise. Chez les Imoca, toujours emmenés par Sébastien Josse et Jean-François Cuzon, tout le monde s’est finalement décidé à mettre du Sud dans sa route. Du côté des Multi50, pas de changement en tête, Crêpes Whaou ! poursuivant sur sa lancée.

 Un peu de répit après un premier épisode mouvementé et avant une suite autrement plus consistante ; c’est ainsi que l’on pourrait décrire la dominante de cette journée de jeudi, la quatrième de cette neuvième Transat Jacques Vabre. Si le gros coup de vent d’hier, généré par une dépression atlantique, est dans leur sillage, les marins ne sont pas pour autant complètement sortis de ce premier phénomène. Ils se réjouissent cependant ce matin d’avoir vu Eole perdre en colère et leur destiner désormais des vents flirtant avec les 25-30 nœuds. Dans la même mouvance, l’état de la mer abonde lui aussi dans le sens des duos en étant passé de montagnes russes de 6 mètres à des creux de 4 mètres. Sans aller jusqu’au confort évoqué ce matin par un Sébastien Josse en proie à une certaine malice, force est de reconnaître que la vie se fait un peu plus douce entre Le Havre et le Costa Rica. La flotte des Imoca s’est désormais entièrement ralliée à l’inspiration sudiste, les deux récalcitrants d’hier soir, les équipages espagnols de W Hotels et 1876 s’étant eux aussi résolus à naviguer tribord amures. Dans une belle unanimité, les monocoques 60 pieds gagnent donc à présent vers des latitudes meilleures et se préparent à une journée placée sous le signe d’une belle accalmie. En effet, dans les heures à venir, le vent devrait nettement se calmer et jouer entre 15 et 20 nœuds, permettant à tous de souffler un peu, avant un nouveau passage de front et un retour à la navigation dans un shaker… Autant dire que le scénario météo de cette Transat Jacques Vabre semble bien décidé à n’épargner aucun ressort dramatique à ses acteurs.

 

Avec l’arrêt au stand de FenetréA Cardinal et la halte galicienne annoncée pour Prince de Bretagne, la flotte des Multi50 connaît une légère dispersion des rangs. Mais la bagarre ne perd pour autant rien de son intensité et de son intérêt. Toujours solidement installé en tête, le duo Escoffier – Le Roux ne souffre d’aucune démobilisation. Derrière les avis divergent. Avec un cap au Nord sujet ce matin à interrogations, les aquitains Roucayrol – Alfaro attirent l’attention. Inspiration stratégique visant à affronter la perturbation de face ou problème à bord ? Les prochaines heures devraient lever le voile sur ces questions. Au Sud, les hommes de Guyader pour Urgence Climatique poursuivent leur descente en mode préservation et le généreux Victorien Erussard ne cachait rien de sa satisfaction ce matin. Pour tous la régate continue et ménage un suspense à la hauteur du défi…

 

 

Ils ont dit…

  

Marc Guillemot – Safran – 2ème au classement de 5h

 

« C’est humide, il y a de gros grains donc beaucoup de réglages à faire car dans ces conditions il faut être dessus.  Mais on arrive quand même à se reposer. Depuis 2 jours on s’est habitué à faire 3 heures de bannette par relais, ça nous permet de récupérer et d’assumer le travail qu’il y a à faire sur le bateau.

On a actuellement 25-30 nœuds de vent et ça va rester comme ça une bonne partie de la journée. Ensuite ça devrait s’arranger, ça devrait mollir. Depuis deux jours nous ne sommes pas très loin de BT, avant-hier on a vu Veolia pendant la nuit et on a Kito qui n’est pas  très loin aussi. C’est rassurant parce qu’on sait que se sont des marins qui naviguent bien. Par contre, non, ce n’est pas une motivation car pour le moment on n’a pas de place pour les motivations extérieures : on se concentre sur ce qu’il y a à faire sur le bateau et rien que ça c’est un vrai combat ! »

 

Victorien Erussard – Guyader pour Urgence Climatique – 3ème au classement de 5h

 

« On descend le long des côtes du Portugal, on va rapidement vers le sud pour éviter la grosse mer. C’est payant pour l’instant car on est à une vitesse constante de 11/12 nœuds au près dans une mer assez formée, ce qui est suffisamment raisonnable pour avancer. Avec Loïc, on s’échange les quarts toutes les 2 heures. Actuellement il est à la bannette et moi j’étudie les positions Maxsea.

Hier nous n’avons pas fait une bonne journée car on a eu du mal à passer le front. On a du virer plusieurs fois dans des grains pluvieux pour aller dans un ciel de traîne avec du soleil, mais on finissait toujours par se faire rattraper. On aurait dû plus serrer le vent il y a deux jours, comme ils l’ont fait sur Foncia. Mais c’est pas grave, notre option sud nous plait toujours. Lalou lui, il est en pleine baston, il doit se prendre 35 nœuds, mais bon, on le laisse !

Effectivement, niveau positions on est à peu près similaire avec Foncia. C’est bien oui, parce que Mich’ c’est quand même la référence ! Il est le marin qui a actuellement le plus beau palmarès.

Franck Yves et Erwan ne sont pas loin non plus, ça nous incite à penser que notre position est la plus sage.

Si on pouvait faire les 4600 milles qui restent sur un bateau en bon état ce serait bien, parce que la Transat est encore longue. Quand on aura des conditions médiums on sera content de pouvoir avancer avec 100% des capacités du bateau.

Là on avance à 12 nœuds et on a toujours un vent de 20 nœuds. Plus on avance plus on garde ce vent dans notre ouest. Pour le moment on est bien positionné mais le vent va basculer pour devenir sud-ouest, donc on devra faire quelques virements de bord car malheureusement, la porte n’est pas ouverte pour passer sous Madère et  nous permettre de toucher les alizés… Bref, on va encore devoir faire du près! Heureusement que le bateau a une nouvelle configuration : on a gagné 200 kilos, du coup, le bateau tape moins et il passe mieux la vague. Vous savez on reste très déçu pour Actual et pour les autres… Mais on continue à faire notre route, on s’amuse pas mal avec les Imoca aussi, c’est notre configuration de course à nous ».

 

Sébastien Josse – BT – 1er au classement de 5h

 

« La nuit s’est mieux passée que la précédente, mais c’est toujours aussi agité que prévu par contre !  La mer est un peu moins formée qu’ hier, parce qu’on a quand même eu des pointes à 40/50 nœuds dans des creux allant jusqu’à 6,50 mètres. … Là on a entre 25 et 30 nœuds, ça peut monter jusqu’à 35/38 dans les grains et on a 4 mètres de houle, rien à voir avec hier…. On est presque dans le confort là !

Le fait de bien se connaître et de s’être beaucoup entraîné avec Jean-François, ça nous permet d’être beaucoup plus zen quand on se retrouve à naviguer dans de telles conditions.

Maintenant les conditions devraient mollir pas mal, pour descendre à 15/20 nœuds. Mais on reviendra  à un passage de front toute la nuit prochaine. Ensuite ça devrait être l’ouverture vers des vitesses plus rapides et un bateau un peu plus plat. BT va très bien mais ça tape beaucoup, on souffre pour lui en fait ! Mais on touche du bois, c’est un bateau solide et je pense que le plus dur est passé donc on ne devrait pas avoir de soucis. Ce ne sont pas les manœuvres qui nous épuisent. La fatigue dans ces conditions est plus mentale que physique. En tous cas  ça va, on arrive à bien se reposer ».