Respiration tropicale avant le sprint final

La chevauchée continue pour les concurrents de la Transat Jacques Vabre. Alors que Puerto Limon est noyé sous les pluies tropicales, à quelques milles de l’arrivée on goûte au confort relatif d’une dernière nuit de course avec délectation. Soumis aux caprices des grains se succédant il y a encore peu, les marins bénéficient en effet d’une accalmie, en profitant pour recharger leurs batteries et reposer autant que possible les organismes. D’un bord à l’autre les enjeux des heures à venir diffèrent mais tous se délectent de cette « pause ». Dégagé de presque toute pression aux dires de son skipper Marc Guillemot, le monocoque Safran poursuit sa belle trajectoire vers une victoire qui pourrait se préciser d’ici peu. Derrière, sur Groupe Bel, on tente le décalage et une dernière option pour n’avoir aucun regret. Enfin, à bord de Crêpes Whaou ! on garde le même leitmotiv ; arriver le premier… de tous !

 

 

      Les classements se suivent et égrènent les milles à la manière d’un sablier. D’un fichier à l’autre, les écarts jouent à l’élastique et l’heure est à l’étirement en tête. A désormais moins de 240 milles de l’arrivée au Costa Rica, Marc Guillemot et Charles Caudrelier-Bénac ne cessent de conforter leur avance sur leurs poursuivants directs, Kito de Pavant et François Gabart. Barrant sans relâche, les hommes de Safran ne ménagent pas leur peine mais avouaient ce matin profiter d’une nuit reposante pour se constituer quelques forces pour la dernière ligne droite. 90 milles derrière les leaders et désormais positionnée sur une route qui diffère largement de celle de Safran, la Vache a mis du Nord dans sa route. Avec une confortable avance sur le troisième, Mike Golding Yacht Racing, à bord de Groupe Bel on a manifestement décidé de jouer son va-tout. Entre les deux monocoques de tête, le mano à mano a tourné ces derniers jours en la faveur des deux Bretons et leur a donné une confiance relativement solide en la possibilité de conjuguer leur avenir en rose à Puerto Limon. Mais la prétention n’étant pas à mettre au crédit d’un Marc Guillemot, gageons qu’il ne relâchera rien de sa concentration dans les petits airs annoncés et ce jusqu’à la ligne. En attendant, un peu plus au Nord, on ose, on tente et forcément on espère. Jusqu’au bout Kito et François navigueront avec le panache qu’on leur connaît. En effet, si pour l’heure le scénario final s’affirme en la faveur des premiers, pas question pour les deuxièmes de se contenter d’assurer un podium qui a d’ores et déjà fière allure quel qu’en soit l’ordre final. Malgré l’humidité permanente qui règne à l’intérieur des bateaux et les traces laissées par une navigation musclée de quinze jours, tous savent que le plaisir est au bout d’une certaine forme de douleur et d’un suspens entier. Il ne manquerait plus que certains des prétendants aux places d’honneurs ne décident de passer en mode furtif pour le final pour ajouter du sel au feuilleton…  

      Malgré les apparences, en Multi50 aussi le dénouement est sujet à bien des questions. Difficile en effet de savoir pour le moment si Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux remporteront leur pari et seront, comme ils l’espèrent, les premiers à couper la ligne devant la jetée de Puerto Limon. Frustrés de n’avoir pas pu se mesurer avec les concurrents attendus sur cette neuvième Transat Jacques Vabre, les marins de Crêpes Whaou ! campent fermement sur leurs positions et feront tout pour avoir le privilège d’être les premiers à s’amarrer au Costa Rica. Pour connaître la fin de l’histoire, il faudra patienter encore quelques heures. Mais le jeu en vaut la chandelle dans la moiteur des Tropiques !

Ils ont dit…

Marc Guillemot – Safran – 1er au classement de 5h

« Il y en a un qui dort, l’autre qui veille… cette nuit nous fait du bien : c’est une nuit de repos. De plus on avance et ça nous ne déplait pas. On n’est plus arrosé : par rapport à ce que l’on a pu vivre au départ, ça nous fait du bien de ne plus avoir la tête mouillée. Le vent est mollissant : il faut effectuer des manœuvres et déplacer le matériel pour équilibrer le bateau dans les petits airs… On va faire les déménageurs ! Depuis le dernier pointage, on a moins la pression. Il y a deux ans, on voyait le bateau qui nous précédait : il était juste devant nous. A l’heure actuelle, la position du deuxième bateau nous permet de voir la fin de la course avec sérénité. Toutefois, tant que la ligne n’est pas passée, on reste très concentré. La dernière ETA nous ferait arriver à Puerto Limon le 24 septembre entre 1h30 et 4h(TU) du matin. ».

Erwan Le Roux – Crêpes Whaou ! – 1er  au classement de 5 heures

« Maintenant il fait nuit  et on est sur un bord sympa : on est dans la dernière ligne droite. On est à 20 nœuds et il n’y a pas de grains, seulement des orages. On arrive à se reposer et on peut dormir chacun quelques heures »

Victorien Erussard – Guyader pour Urgence Climatique – 2ème au classement de 5 heures

« Toute à l’heure on s’est fait des frayeurs : le grand gennaker a lâché et on a pu le récupérer. La houle était de trois mètres et j’ai dû monter en tête de mât : ça bougeait pas mal là-haut ! Mais on a tout de même réussi à terminer la réparation. Aujourd’hui on a trouvé les alizés alors qu’hier on s’est retrouvé à naviguer dans une zone particulièrement perturbée. Depuis on a empanné et on est en route vers La Barbade. Les alizés sont orientés plein Est et on est obligé de tirer des bords. On est content d’être à la seconde place. Il faut quand même faire attention à Région Aquitaine – Port Médoc car il revient avec un bon angle. Je crois que l’on passera La Barbade le 24, dans la journée, cela dépendra de la direction des alizés : s’ils vont tourner Nord-Est ou pas… J’aime particulièrement passer par ces zones tropicales. À la fin de mon périple, je m’arrêterai sûrement une quinzaine de jours à Pointe à Pitre… Pour l’instant on ne pense pas utiliser le mode furtif, parce qu’on espère conserver notre position… On suit avec attention ce qui se passe autour de nous : on observe les différentes stratégies des bateaux et on regarde la météo. A bord, l’ambiance est encore très humide : on espère faire sécher nos affaires au plus vite : l’oreiller est encore humide ! »