Samantha Davies (Savéol) première aux Canaries

En étant les premiers à passer la marque obligatoire de La Palma aux Canaries, hier soir à 22h21, Romain Attanasio et Samantha Davies ont mis fin au suspense du premier acte de la dixième Transat AG2R LA MONDIALE. Après neuf jours de course entre Concarneau et Saint-Barth et une navigation rendue complexe par un casse-tête météo installé entre le Cap Finisterre et Lisbonne, le duo franco-britannique marque un premier avantage psychologique. Mais derrière, la succession des passages du fameux groupe des quatre – amputé de l’un des siens depuis hier après-midi – est venue rappeler qu’avec seulement dix milles d’avance, les leaders du moment ne bénéficient pas du confort d’un bon matelas…

 Figure imposée pour les uns, porte de la délivrance pour d’autres, la marque canarienne de La Palma est venue hier soir sonner la fin de la première mi-temps de la Transat AG2R LA MONDIALE. A 22h21, les marins de Savéol y ont décroché les honneurs et pris l’ascendant dans cette bataille à couteaux tirés lancée entre Concarneau et Saint-Barth, refermant ainsi le volet d’une entrée en matière dont la complexité n’aura eu de cesse d’être rappelée par la flotte. A la faveur d’une option solitaire assumée dès le début, à mi-chemin entre les centristes et les partisans de l’Est et destinée à gagner très tôt dans le Sud, les deux tourtereaux ont démontré qu’ils avaient leur place autant en première ligne des palmarès sportifs que sur le papier glacé des magazines. Avec leur bonne humeur communicative, ces deux là ne boudaient pas leur plaisir en devançant la horde de gros bras à leurs trousses.  Dix petits milles derrière, Brit Air, Banque Populaire et Cercle Vert – groupe des quatre malheureusement réduit à trois après la funeste rencontre de Groupe Bel avec une baleine hier après-midi –  pouvaient eux aussi afficher la mine des grands jours en se succédant en quatre toutes petites minutes à la fameuse porte. Ouvrant le bal à 23h30, Armel Le Cléac’h et Fabien Delahaye (Brit Air) devançaient Jeanne Grégoire et Gérald Véniard (Banque Populaire) passés à 23h33 et Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle Vert), une minute plus tard.

 Quelles options pour la suite ?

  Autant dire qu’avec seulement dix milles entre les chasseurs et les leaders, le nouvel acte qui s’ouvre aujourd’hui à des allures de remise à zéro des compteurs. Un océan et les deux tiers du parcours long de 3 890 milles se présentent aujourd’hui devant les étraves des duos et les jeux sont loin d’être faits. Il était certes important de bien figurer à La Palma, mais avec une flotte au sein de laquelle les dix premiers peuvent encore jouer les premiers rôles, le scénario est loin d’avoir livré son dénouement. Plusieurs questions vont à présent occuper les esprits et notamment celle concernant l’avenir du solide trio des partisans du positionnement central sur la descente. Ceux-là vont-ils poursuivre leur trajectoire commune et ferrailler au contact jusqu’à la ligne d’arrivée à Gustavia ou s’en aller chacun vers leur stratégie ? Plus généralement, quels choix se présenteront à l’ensemble de la flotte dans les heures à venir ? Entre le parti de ceux qui « feront la route » et ceux qui pourraient investir dans le Sud, une autre alternative se présentera-t-elle? L’avenir est riche de ces réponses et le suspense devrait nous maintenir en haleine sur la route des Alizés…

 Ils ont dit…

 Romain Attanasio – Savéol  (1er au classement de 5h)

 « On est content, on l’attendait depuis un moment cette marque de passage !

Il y a deux batailles, l’important c’est de gagner la dernière, mais c’était une première partie très difficile et on l’a gagnée donc on est très content !

On savait qu’il y avait une bulle anticyclonique dans le Golfe de Gascogne qu’il fallait contourner car elle nous barrait la route. Ensuite, au Cap Finisterre, on savait qu’il y avait ce fameux dévent et qu’il fallait passer au moins à 50 milles. Après il n’y a pas eu d’alizés portugais. C’était une dépression qui était là depuis longtemps le long du Portugal. Une première qui a stagné là, une deuxième qui arrivait et sous cette dépression une bulle, une espèce de dorsale qui s’étendait le long des Canaries. Voilà, ça c’était la donne. Sachant cela, le Golfe de Gascogne a été facile, le Cap Finisterre aussi et la dépression a été plus facile a négocier que prévu, on n’a pas eu de près du tout. On ne savait pas de quel côté passer cette bulle, du coup au début on est resté au milieu. On ne voulait pas prendre de choix radical. Il fallait se décaler vers le Sud parce que le vent était dans le Sud ! En arrivant près de la dorsale, il fallait se décider, c’est là qu’on est passé à l’Est. On a eu un moment de doute quand on s’est retrouvé tout seuls au milieu des deux paquets, surtout que très souvent le milieu ne passe pas, il faut faire un bord ou l’autre. Mais nous voulions gagner vers le Sud et on a réussi à s’y décaler contrairement à Skipper Macif 2009 et Cheminées Poujoulat avec qui nous étions depuis le début. Ils sont allés vers l’Est et on a vu tout de suite qu’on avait créé de la distance. On s’est dit c’est tout bon ! »

 Armel Le Cléac’h – Brit Air  (4ème au classement de 5h)

  « Nous sommes très contents d’être là, on a eu le privilège de passer les premiers de notre groupe devant Cercle Vert et Banque Populaire !

Les conditions ont été clémentes pour descendre jusqu’ici même si la route était difficile à choisir. On a réussi à sortir notre épingle du jeu et on a peu d’écart avec Savéol. On s’était fixé un maximum de 50 milles pour être toujours dans la course, nous avons 10 milles d’écart, c’est jouable et l’Atlantique fera maintenant la différence ! »

  

Gérald Véniard et Jeanne Grégoire  – Banque Populaire (3ème au classement de 5h)

 Gérald : « Nous sommes ravis d’être là avec Brit Air et Cercle Vert. Notre mission est accomplie sur la première partie du parcours car nous avons moins de 50 milles avec Savéol, mais nous avons du mal à tenir leur rythme. La chasse aux tomates est lancée ! »

Jeanne : « Ils ont été super bons, mais la course est loin d’être finie, donc le but est d’aller le plus vite possible à St Barth ! Je ne sais pas du tout ce que vont faire Cercle Vert et Brit Air car plusieurs options vont réellement se présenter à nous pour traverser l’Atlantique. Je n’ai jamais aimé être la seule sur un cap et les autres tous sur un autre. C’est déstabilisant, on doute, on remet sa stratégie en question, mais cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas bonne !

J’avais dit que le début jusqu’à La Palma serait compliqué et en effet, ça a été bien compliqué, ce ne sont pas les concurrents derrière qui vont me contredire ! »