San Blas

San Blas, Saint Blaize, se trouve dans la mer des Caraïbes, dans les eaux maritimes du Panama, côté atlantique. On s’y rend via les Etats-Unis, l’Espagne ou encore la Hollande. Ce n’est pas un petit voyage, mais c’est moins loin que Tahiti ou Bora Bora. Panama ; là ou se rejoignent les deux Amériques, là où le Pacifique et l’Atlantique sont les plus proches. Si vu de loin le Panama vous semble un de ces pays latinos un peu improbables, vous serez vite rassuré au moment de l’atterrissage. La silhouette de Panama City ressemble à peu de chose près à celle de Manhattan, sauf que la plupart des gratte ciel ont moins de vingt ans d’âge ! Cette ville est largement imprégnée de l’argent. On ne sait pas lequel puisqu’il s’agit du paradis fiscal officiel des Etats-Unis, mais c’est assez vertigineux. Une fois que l’on a atterri, il faut faire 1h30 de taxi pour se rendre de l’autre côté de la péninsule, ce qui permet d’apercevoir au passage les travaux pharaoniques du doublement du canal qui sont en train d’être réalisés et de croiser au passage des engins de travaux publics gargantuesques. Petit pays mais apparemment gros moyens ! On arrive ainsi à Puerto Colon, le port d’entrée du canal de Panama côté atlantique qui a une réputation de coupe gorge et où la marina n’a vraiment rien d’extraordinaire. Mais bon, le paradis ça se mérite tout de même un peu…
L’archipel des San Blas a trois gros avantages. Un : il est situé dans la ceinture des alizés, donc il faut chaud, il y a du vent, l’eau est à 25°C, et comme il est au vent de la péninsule, le temps y est plus sec car le relief est bas. Deux : c’est un archipel corallien avec tout le charme des paysages que cela évoque. Une myriade de petites îles basses couvertes de cocotiers avec sable blanc et eaux turquoise à la clé ; mer plate mais courants parfois conséquents, et pour les amateurs, une faune sous-marine. Trois : il a un statut de réserve voté par les peuplades d’origine qui l’habitent depuis la nuit des temps, qui ont eu le courage de décider qu’ils allaient se passer du tourisme. Donc, aux San Blas, il n’y a pas foule, pas de ville, pas de marina, pas de ports, pas de paquebots de croisière, pas de bars, pas de restaurants, pas d’escale spour le ravitaillement en eau ou en nourriture. La nature corallienne à l’état brut.
60 les 370 îles de l’archipel sont habitées par 50 000 Indiens kunas qui forment une communauté indépendante qui gère elle-même son territoire. Des descendants directs des Indiens caraïbes qui ont l’apparence des Aztèques ou des Incas. Ils ont une forme de vie de vie quasi primitive dont on ne peut s’empêcher de penser qu’elle ne va pas durer. Ils vivent dans des huttes ouvertes aux quatre vents, faites de branches de palmier, parfois resserrées en de minuscules hameaux. Leur seule occupation consiste à pêcher sur des barques taillées dans un tronc d’arbre évidé, poussés par des gréements encore plus improbables dont la voile est un savant patchwork de vieux sacs et de tissus récupérés. Le gouvernail est une simple pagaie qui sert à avancer lorsque le vent fait défaut. Pas d’essence, donc pas de moteur pour les bateaux, pas de groupes électrogènes sur les îlots, pas d’électricité, ni d’eau courante, seulement celle qui tombe du ciel de temps à autre. Si vous n’avez pas le courage de pêcher – et pourtant le poisson abonde ! – ils seront ravis de vous fournir en langoustes ou crabes géants en passant au ras de votre bateau au mouillage contre quelques dollars.
Seule certitude, vous serez rarement ennuyé par les voisins de mouillage car les bateaux de plaisance sont extrêmement rares, et il s’agit surtout de voyageurs au long cours qui s’en vont traverser le canal de Panama ou viennent de le faire, mais c’est plus rare dans ce sens-là. La navigation dans ce paradis tranquille de croisière réclame des autorisations, et le paiement d’un droit de passage qui sert de ressource à la communauté Kuna.