Schuemann et les Helvètes

Vous participez à la première étape de l’Audi Med Cup à Alicante sur Marazzi Sailing. Quel a été votre rôle dans ce projet?
Voilà 10 ans que j’évolue auprès de Suisses dans mon métier, avec Alinghi, mais aussi Roni Pieper ou la famille Marazzi en 5,5m. Je connais par ailleurs Flavio de longue date, du milieu de la voile olympique. Après les jeux de Pékin et le résultat qu’il a fait à Qingdao, nous avons discuté ensemble pour envisager un programme de navigation en vue des jeux de Londres. L’Audi Med Cup en TP52 s’est rapidement profi lée comme le circuit approprié pour naviguer à très haut niveau. Nous avons donc pris la décision d’y venir. L’objectif étant d’acquérir une nouvelle expérience dans un autre contexte que l’olympisme.

Le Marazzi Sailing a été monté en un temps record. Quel est le secret de ce projet?
J’ai pu faire bénéfi cier le team de mon expérience et de mes acquis avec Platoon en 2008. C’est en fait la base de notre équipe. Puis nous avons naturellement fait appel à Enrico De Maria, à Blumi et à Bernard Labro avec qui nous avons déjà beaucoup travaillé. Ma connaissance du terrain a été fondamentale pour la mise en place rapide du projet. Je connais les budgets et les besoins globaux. L’ensemble est devenu réaliste dans le courant du mois de février 2009. Le Yacht Club de Gstaad s’est investi et nous sommes présents sur la première étape à Alicante. À partir du moment où les décisions sont prises, il faut faire en sorte que les choses se passent, et c’est ce que nous avons fait.

Avez-vous envisagé d’autres circuits que celui des TP 52?
Actuellement, il n’y a pas d’alternative si on recherche le top. Regardez le plateau de skippers! Ce circuit est super professionnel et pratique-ment tous les concurrents peuvent remporter des manches ou terminer en queue de peloton. De notre côté, nous avons pu montrer que nous étions présents et qu’il fallait composer avec nous. Nous avons gagné une régate, et avons navigué dans le premier tiers sur d’autres. Nos moins bons résultats sont dus au fait que notre voilier n’est pas vraiment typé petit temps. Il faut vivre avec. L’important reste de découvrir les potentialités des gens et particulièrement de Flavio dans un nouvel environnement. Nous avons déjà fait un grand pas en avant, il n’avait aucune expérience avec un équipage de cette taille jusqu’à cette course.

Quels sont les prochains projets entre vous et Marazzi Sailing?
La priorité reste la préparation olympique de Flavio et Enrico en Star. Nous reconsidérerons la possibilité de naviguer en TP 52 après les régates du début de l’été. De toute façon, le bateau que nous avons actuellement n’est disponible que pour une course de l’Audi Med cup. Il va être modifi é pour courir dans une autre jauge. Nous serons à bord en Suède sur un autre projet. Mais tout ce que nous entreprenons va dans le sens d’acquérir plus d’expérience pour les jeux de Londres.

Ce programme de régates fait donc complètement partie de la préparation olympique de Flavio Marazzi?
Absolument. Aujourd’hui les athlètes olympiques doivent être des marins accomplis et professionnels qui évoluent sur différents supports. Le seul vrai régatier suisse qui gagne sa vie sur les circuits internationaux est Blumi. Il devrait y en avoir beaucoup plus. Tous les prétendants aux jeux devraient être parallèlement sur des circuits pros. Flavio et Enrico ont su rester dans le top cinq mondial en Star depuis 10 ans. C’est déjà une réussite. Il faut maintenant trouver le petit plus qui le mène vers une médaille.

Le professionnalisme est donc incontournable, sur le long terme pour être au niveau des prétendants aux podiums suprêmes?
Oui, c’est une réalité qu’il faut intégrer. Il n’est par exemple plus possible d’envisager un engagement olympique pour une, deux ou trois campagnes, sans avoir de vrais revenus. Tout le monde a besoin d’un avenir fi nancier, même à l’intérieur d’une passion. Les athlètes ne doivent pas travailler dans des bureaux ou étudier entre leurs qualifications et les jeux. Ils doivent naviguer. Ils sont les mieux placés pour apporter des compétences sur des supports comme les TP52. Pourquoi Ben Ainslie est-il au niveau où il est? Il ne fait que régater, c’est son métier, son gagne-pain. En étant présent partout, vous apprenez à mieux gérer la pression. Ça devient un job, une routine. Vous vous familiarisez avec les médias, avec des ambiances de courses où les enjeux sont différents. Je pense que nous en prenons le bon chemin. Les autres équipes ou individus qui veulent espérer briller doivent absolument se diriger vers une carrière. Une médaille olympique ne peut pas être envisagée autrement.