Surf session en direction du Cap Vert

Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron ont retrouvé cette nuit leur trône de leaders et mènent les débats à un train d’enfer en direction de l’archipel du Cap Vert. A l’arrière, chacun a choisi son chemin au milieu les îles Canaries. La flotte s’étire désormais sur plus de 500 milles.

Ça va vite, très vite en tête de course. Depuis ce matin, le top 4 de la Barcelona World Race dévale sous spi les pentes salées et désordonnées de l’Atlantique à 16/17 nœuds de moyenne. Dans ces solides alizés, les marins se relaient en permanence à la barre. Car aucun pilote automatique n’est capable de rivaliser avec l’homme quand il s’agit d’éviter la sortie de route d’un engin de 8 tonnes. En un mot comme en cent : c’est sport.

Chaud à l’intérieur… humide à l’extérieur

A la visio-conférence du jour, les deux équipiers de Foncia formaient un tableau cocasse : François Gabart en short et T-shirt à l’intérieur du bateau et Michel Desjoyeaux à la barre, en ciré et capuche, tentant d’esquiver de vicieux paquets de mer. Les températures sont tièdes autour du Tropique du Cancer mais l’ambiance est particulièrement humide sur les ponts des monocoques qui surfent à qui mieux mieux. Cette nuit sous les étoiles filantes, Foncia a réalisé des pointes à 24 nœuds. Mais il n’était vraisemblablement pas assez rapide ! Car Virbac-Paprec 3 a repris la direction des opérations et trace son sillon avec vigueur, 35 milles devant son rival. A cette allure, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron devraient doubler la latitude du Cap Vert dans la nuit de lundi à mardi.

Bataille de fromagers

170 milles plus au Nord, le duel qui oppose depuis Gibraltar Mirabaud à Estrella Damm a tourné cette nuit à l’avantage de l’équipage espagnol. A bord de l’ex Paprec-Virbac, Alex Pella et Pepe Ribes confirment qu’ils font partie des hommes forts de ce début de tour du monde… au même titre que leurs compatriotes de Mapfre. Au portant dans la brise, Iker Martinez et Xabi Fernandez mènent leur 60 pieds (ex Foncia) avec la même dextérité qu’un 49er ! Au contact de ces champions olympiques, Neutrogena puis Président et Groupe Bel poursuivent leur bataille de chiffonniers ou plutôt « de fromagers » (dixit Kito de Pavant), au point de fausser compagnie aux filles de Gaes Centros Auditivos. Il faut dire que d’importants écarts se sont créés ces dernières 24 heures (plus de 100 milles entre chaque clan), à mesure que les bateaux étaient catapultés dans les alizés.

En queue de peloton, les cinq ‘retardataires’ ne vont pas tarder à accélérer à leur tour, une fois qu’ils auront atteint le sud des Canaries. Renault Z.E vient de doubler par l’Ouest La Palma. Tous les autres sont en train de se frayer un chemin à l’intérieur de l’archipel. D’Est en Ouest, on trouve We are Water et FMC (entre Fuerteventura et Gran Canaria), Central Lechera Asturiana (entre Gran Canaria et Ténérife) et Hugo Boss (au nord de Tenerife). Le monocoque noir et blanc ferme la marche à 535 milles des leaders et se prépare à faire une escale éclair au Cap Vert…

Alex Thomson prêt à embarquer…

La nouvelle du jour, pour Hugo Boss, est que son skipper Alex Thomson, opéré trois jours avant le départ de la Barcelona World Race (appendicectomie, le 29 décembre), a été déclaré médicalement apte à reprendre la barre de son bateau. Le 8 janvier, Thomson a subi en Angleterre des examens complets sous la houlette du Dr Spike Briggs (GBR), médecin spécialiste du sport et de la course au large. Ces examens ont été transférés au Dr Francesc Bonet, responsable médical de la Barcelona World Race et acceptés ce matin par la Direction de Course, conformément au paragraphe 12 de l’Avis de Course. Le changement avec Wouter Verbraak, qui avait remplacé le skipper britannique le temps de sa convalescence, va s’effectuer au Cap Vert (lieu précis à confirmer) sous la surveillance du jaugeur David Moreno, afin de s’assurer que le transfert s’effectue conformément aux règles de l’Avis de Course. Hugo Boss devrait atteindre le Cap Vert en début de semaine prochaine, dans la nuit de mardi à mercredi. Tous les détails concernant le déroulement du transfert d’Alex Thomson sont en train d’être mis en place. Ce plan doit être confirmé et approuvé par la Direction de Course de la Barcelona World Race ce dimanche soir.

Classement du 9 janvier à 15 heures :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 22881,6 milles de l’arrivée

2 FONCIA à 35 milles du leader

3 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 171,6 milles

4 MIRABAUD à 181,4

5 MAPFRE à 286,3

6 NEUTROGENA à 299,3

7 GROUPE BEL à 306,2

8 PRESIDENT à 309,7

9 GAES CENTROS AUDITIVOS à 377,9

10 RENAULT Z.E à 464,7

11 WE ARE WATER à 480,3

12 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 509,3

13 FORUM MARITIM CATALA à 513,8

14 HUGO BOSS à 535,2

Ils ont dit :

François Gabart, Foncia : « Il y a beaucoup de vent et ça va assez vite. Il commence à faire beau, la mer est chaude. Nous faisons cap plein Sud, les températures se réchauffent …Les conditions sont sympa, mais il faut rester concentré pour ne pas faire de sorties de route. En ce moment, nous avançons entre 17 et 20 nœuds et il y a entre 18 et 30 nœuds de vent. Si la mer était bien rangée, cela ne serait pas très compliqué. Or la mer est assez chaotique. Cela peut nous surprendre. De jour, c’est facile à anticiper. De nuit, ça l’est moins. Parfois, l’arrière du bateau se lève en quelques secondes sans trop savoir pourquoi. Il faut réagir assez vite. C’est du sport ! »

Kito de Pavant, Groupe Bel : « Au portant, nous sentons que le bateau est lourd. Nous n’avons pas l’habitude le voir aussi chargé, donc cela change les sensations. Nous barrons 24/24, car nous allons plus vite à la barre que sous pilote. C’est vite tendu, nous portons 650 m2 de voile au dessus de notre tête. Il faut être vigilant avec les vagues et les risées qui arrivent. Il faut être au taquet. »

Alex Pella, Estrella Damm : « Pour arriver à prendre cette troisième place, nous avons joué avec les oscillations du vent. Nous avons empanné quatre ou cinq fois. Cela a été très fatigant, mais au final nous sommes positionnés plus à l’Ouest que Mirabaud. Nous ne savons pas encore comment passer l’archipel du Cap Vert. L’idéal serait de contourner les îles par l’Ouest. Passer au centre nous donnera beaucoup de travail. Les dix prochaines heures seront cruciales. Si nous maintenons ce rythme, nous n’allons pas nous poser trop de questions.  »

Dee Caffari (GBR), GAES Centros Auditivos :« C’est génial. Nous profitons pleinement du soleil. La grosse houle est dans la bonne direction et nous descendons enfin au portant. Maintenant que nous sommes dans les alizés, l’objectif est d’aller vite, de bien nous reposer et de vérifier le bateau. Anna a du mal à croire que nous serons dans le Pot au Noir d’ici quatre jours. Notre bateau est tellement plus rapide que son ancien Mini Transat (6,50 mètres de long, ndlr). C’est vraiment un sport d’équipe. Nous faisons attention l’une à l’autre. »