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Avec l’arrivée de Crêpes Whaou ! en Multi 50 et Safran en IMOCA, la Transat Jacques Vabre tient enfin ses deux vainqueurs de classe respectifs. Si la hiérarchie n’a pas été longue à se dessiner en multicoque, la batille des monocoques fut de toute beauté. Mais dans les deux cas, la victoire consacre des tandems où la complémentarité des compétences le dispute à l’estime réciproques des uns envers les autres. Kito de Pavant et François Gabart (Groupe Bel) sont, quant à eux, en approche immédiate de la ligne d’arrivée qu’ils devraient franchir aux alentours de 18h30, heure française. Plus à l’arrière, les places sont chères.

        On a beau dire que la victoire justifie tous les choix que l’on a pu faire, force est de constater une étrange similitude entre les portraits des vainqueurs respectifs de  cette Transat Jacques Vabre 2009. Même assemblage d’un navigateur d’expérience qui, plutôt que les académies de la course au large, a forgé son palmarès en baroudeur et d’un collègue plus jeune, talentueux, garant d’une certaine rigueur et d’une certaine forme de méthodologie… Même partage des compétences et même osmose, permettant à chacun de se nourrir des apports de l’autre. Ce n’est pas Achille et Patrocle ou Montaigne et la Boétie, ils n’iront pas forcément partager des tranches de vie en dehors de celles qu’ils ont engagées à bord ; pourtant leur partition présente l’harmonie d’une chanson de Simon & Garfunkel… C’est Franck-Yves Escoffier, expansif et volontiers prêt à la discussion a bâtons rompus qui raconte Erwan Le Roux, plutôt taiseux, discret mais d’une efficacité redoutable, quand l’autre se fend d’un simple mot pour dire à quel point son co-skipper est un grand marin… C’est Marc Guillemot qui ne cesse de répéter à quel point la présence d’un coéquipier issu de la filière Figaro était stimulante quand Charles Caudrelier rend hommage à l’énergie de son skipper de près de quinze ans son aîné… Comme quoi, le secret d’une réussite tient parfois à des alchimies plus complexes que celles qu’on pourrait imaginer à première vue… Et l’on pourrait aussi gloser sur le même mélange des genres, parlant de l’équipage de Groupe Bel qui a su établir une connivence évidente entre deux marins de profils en apparence fort dissemblables.

Le grain de sable
      Ce qui fait que la victoire sourit aux uns et non aux autres tient parfois à peu de choses. Il y avait, au départ de cette Transat Jacques Vabre, un plateau exceptionnel de qualité. Les circonstances de course ont fait, qu’au final, certains ont pu décrocher la victoire, quand d’autres en sont réduits à se battre pour des places d’honneur. Quelques petits coups tactiques ou stratégiques pas suffisamment anticipés, une volonté plus grande d’être « sur la bête » aux instants cruciaux, la soif de vaincre… C’est peut-être un peu tout cela qui fait, qu’on se présente ou non sur la ligne en triomphateur. C’est parfois un grain de sable qui décide du sort d’une course : un virement de bord à contretemps, une avarie mineure qui impose une escale, les raisons sont nombreuses. Il est toujours facile, après coup, de tirer des enseignements définitifs, mais tous les navigateurs savent qu’il faut aussi parfois un petit coup de pouce du destin. Entre l’état de grâce et le doute, la frontière est parfois ténue.
En tout état de cause, cette édition a couronné deux beaux vainqueurs. Franck-Yves Escoffier milite depuis suffisamment longtemps pour le développement des multicoques de 50′ pour qu’on ne rende pas grâce à sa ténacité. Il a su par ailleurs s’allier les compétences d’un alter ego parfaitement complémentaire avec qui ils ont construit un projet commun de qualité. Marc Guillemot, quant à lui, rêvait d’un parcours où ses qualités de compétiteur pourraient être mises en exergue, après un Vendée Globe d’exception, mais dont l’aventure humaine avait occulté la performance sportive. Il a choisi le parti-pris de la fidélité en repartant avec Charles Caudrelier, son coéquipier de 2007 qui, fort de cette victoire commune, va pouvoir s’atteler à son objectif personnel : rejoindre Marco, Kito et tous les autres pour tenter lui aussi l’aventure du Vendée Globe.

Ils ont dit :

Marc Guillemot –  Safran – vainqueur en IMOCA
« Cette victoire est géniale pour tous ceux qui ont passé énormément de temps sur ce projet, les gens de Safran, les architectes et toute mon équipe : tout ce monde qui s’est investit avec beaucoup d’intérêt et beaucoup de passion. Cette victoire est vraiment formidable. C’est génial, on avait dit qu’on reviendrait pour faire mieux qu’en 2007, c’est fait ! Ca n’a pas été facile, c’était un gros travail sur le bateau, ces bateaux sont exigeants, on le sait mais on n’a pas molli, on a fait une bonne paire avec Charles pour maintenir le rythme, on a réussi à maintenir  ceux qui était derrière et ça me fait vraiment plaisir.  On est allé jusqu’au bout du bout, on n’a jamais molli, on en a bavé, on est vraiment content. C’était une grande transat, par sa longueur et par le niveau des compétiteurs, l’acharnement de chacun pour la gagner et donc la victoire sera d’autant plus belle à savourer par la suite.
Cette course était dure pour plusieurs raisons. La première c’est qu’il y avait beaucoup de bons bateaux au départ, de bons équipages. Les conditions étaient également particulièrement difficiles ainsi que le rythme de la cours et le fait d’être à deux. Avec des duos assez semblables d’un bateau à l’autre, en tous les cas pour ce qui est du bateau qui nous suit. Nous avons le même bateau et à peu près le même équipage ; des skippers qui ont un peu de bouteille et des co-équipiers plus jeunes, issus de milieu figariste. Ca fait des duos intéressants, assez exigeants. Le fait d’être avec quelqu’un de plus jeune motive, il ne s’agit pas de se laisser dépasser par les évènements, du coup c’est difficile physiquement. Le fait qu’il y ait eu beaucoup de changements météo a entraîné beaucoup de changements de voiles et beaucoup de travail pour essayer de ne rien laisser filer et de garder le bateau en phase avec ses polaires, c’est-à-dire ses vitesses de prédilection. Ca veut dire que c’est exigeant, besogneux. Ca joue sur le repos et forcément sur la fatigue.»

Franck-Yves Escoffier – Crêpes Whaou ! – vainqueur en Multi 50
« Les temps forts de cette course ? On va commencer par l’arrivée parce qu’avoir une arrivée comme celle-ci, avec un tel accueil est extraordinaire. On a eu des accueils sympas mais ici à Puerto Limon, entre le feu d’artifice, le monde sur le quai… C’était un grand moment. Le départ est aussi quelque chose d’intéressant. Il y a toujours ce petit taux d’adrénaline qu’il faut avoir quand on est compétiteur. Je crois qu’on a pris le meilleur départ en Multi 50 d’ailleurs. Il y a eu un moment fort hier également, quand on a failli retourner le bateau. Ce n’était pas drôle. J’en souris maintenant mais, rétrospectivement, je me dis qu’on n’est pas passé loin. Erwan, qui est plus jeune que moi, a dû me freiner à certains moments. « En 2005 j’avais embarqué mon fils aîné. Il fallait trouver quelqu’un qui soit un peu de la même trempe que Kevin, avec qui je puisse m’entendre. Quelqu’un qui travail sur un bateau, qui s’investit, il me semble normal de lui proposer de naviguer ensuite, c’est la carotte. Je connaissais peu Erwan avant qu’il n’intègre mon projet. Je n’avais navigué qu’une seule fois avec lui aux Antilles. Mais j’aimais son côté peu bavard et je savais que c’était un très bon barreur. Je ne suis pas très calé en informatique, je suis un ancien pêcheur ! Je suis un autodidacte, Erwan également mais il est très performant en informatique. Ça s’est très bien passé ave lui. On ne peut pas gagner une course comme ça, en ayant cravaché comme on a cravaché ces derniers jours sans s’entendre très bien. »