TOUT CA POUR CA !

TOUT CA POUR CA !  

  Avec plus de 2 500 milles effectués en route théorique directe dans le sillage des protagonistes de la tête de cette Charente-Maritime/Bahia Transat 6,50, aucun verdict sérieux ne ressort clairement des classements du jour alors que se profile ce juge arbitre redoutable et redouté, et dénommé Pot au Noir. Les grandes manoeuvres des uns, la sagesse conservatrice des autres, n’ont pas dégagé d’indiscutable favori pour le sacre Bahianais. Ainsi Charlie Dalin (Cherche sponsor-charliedalin.com) par exemple, auteur d’une option ouest osée dès le départ de Funchal, et qui a longtemps joui d’un important crédit de milles sur ses poursuivants immédiats en catégorie Série, ne les décompte plus aujourd’hui que sur les doigts d’une main. Bertand Delesne (Entreprendre durablement), impressionnant chef de file des protos dans l’alizé, vient d’assister au retour tonitruant du jeune Dunkerquois Thomas Ruyant (Faber France). Alors que s’approchent et que grondent au loin les orages de la Zone de Convergence Intertropicale, les chances de déboucher indemnes et en avance semblent également réparties, tant en protos qu’en série, au sein de groupes de tête riches d’une douzaine d’éléments. Pour tous les autres, cette Transat hors norme tient toutes ses promesses d’aventure et d’exotisme, avec pour l’heure, une traversée dans la moiteur de l’alizé des îles du Cap vert, dont les attraits ravissent à n’en pas douter les malchanceux, et ils sont nombreux, en escale technique et dont on se prend à envier la mauvaise fortune.  

Un pot à grains orageux Alors que l’alizé s’affaisse doucement dans les voiles des solitaires évoluant au sud de l’archipel du Cap Vert, la Zone de Convergence Intertropicale, pot pourri de conditions météo et qui caractérise la zone de transition entre les alizés de l’hémisphère Nord et ceux de l’hémisphère Sud, se promène à vive allure de part et d’autre du 10ème parallèle. Les experts de Météo Consult, partenaire de la course, y décèlent une très forte activité qui prend des formes orageuses, avec des grains à plus de 45 noeuds. C’est dans ce prometteur décor que va se dénouer, à partir de demain, une partie des intrigues et inconnues de cette Charente-Maritime/Bahia Transat 6,50 version 2009. Comme aime à le souligner Denis Hugues, directeur de course, les solitaires et leur Mini 6,50 entrent dans ce pays de l’ombre en aveugle, privés des milles et une informations satellites dont nous disposons à terre. Une navigation tout en instinct, en flair, en intuition, mais aussi en décryptage exercé d’un environnement perturbé aux limites de l’angoisse s’offre aux coureurs. Angoisse, oui, d’un ciel chargé de menaces, mais aussi de ces calmes dont on ne sait s’ils concernent avec la même intensité l’ensemble des concurrents que l’on devine, plus qu’on ne sait disséminés à droite et à gauche de sa route. « Yves Le Blévec s’est présenté dans ces mêmes eaux voici deux ans avec une cinquantaine de milles d’avance sur ses poursuivants » raconte Hugues. « Adrien Hardy, avant de démâter, lui avait pourtant ravi la première place avant l’équateur… » Alors, 50 ou 5 milles d’avance en approche du Pot au Noir ne constituent aucune garantie contre les pièges attendus. Privés de routage et de lecture satellite, les protagonistes de cette Transat en Mini 6,50 récitent leurs gammes et semblent tous à peu près viser le même point de passage « statistique », quelque part du côté des 26-27 degrés de longitude ouest. Les routes semblent ainsi converger alors que le vent prend de plus en plus d’est, signe avant coureur de l’approche du fameux pot.  

Apolloni l’impatient Si l’on a beaucoup, et à juste titre, loué l’actuel leader en Série, le havrais Charlie Dalin, les regards se portent aussi sur un étonnant, et fort attachant italien, Ricardo Appoloni qui, avec une modestie et une discrétion bien peu latine, réalise à bord de son Pogo 2 « Ma vie pour Mapei » une performance de premier plan, réduisant à la faveur d’une traversée limpide de l’archipel du Cap Vert, un déficit longtemps chiffré en valeurs décimales, à une petite poignée de milles. On sait Ricardo dans l’attente d’une imminente paternité. D’où peut-être son impatience à rallier au plus tôt Salvador de Bahia. Deux autres français, Xavier Macaire (Masoco Bay) et Henri Meyniel (Beveac Consulting) se placent avec autorité pour le franchissement du Pot au Noir. Xavier vient de glisser son Pogo 2 en troisième position, à 18 milles du leader. Il profite d’un empannage tribord amure du portugais Francisco Lobato (ROFF TMN) tenté par une aventure occidentale. Plus conservateur, Henri se concentre sur sa trajectoire, en jouant des oscillations du vent pour gagner plein sud vers un way point à l’évidence pré déterminé.  

Le temps de Ruyant Thomas Ruyant sait son plan Finot Conq très à l’aise dans les conditions de vent medium. Il vient d’en faire la brillante démonstration en s’emparant cette nuit du commandement. Le jeune Dunkerquois sait où il va, et il s’était dès le départ de Funchal fixé pour objectif de déboucher en tête dans les alizés du Sud Est, une fois passé le Pot au Noir. Les allures plus débridées qui l’attendent ensuite risque de favoriser les protos nouvelle génération de ses concurrents directs, Bertrand Delesne (ndr, sur un Manuard 2009) et Maisons de l’avenir Urbatys à Henri-Paul Schipman, un Lombard 2008. Thomas ne ménage donc pas sa peine dans le féroce duel d’empannages engagé depuis les îles du Cap Vert avec ses deux redoutables adversaires les plus proches. Il sait aussi les Després (Soitec), Le Diraison (Cultisol-Marins sans frontières), formidablement revenu en 4ème position, Boidevezi (Défi GDE) ou Avram (Cap Monde 2), terriblement menaçants. Tout reste à faire sur fond de ZCIT.  

Du monde à Mindelo La solidarité à la mode Mini fonctionne à plein pendant ce temps, loin dans le nord des leaders, du côté de Mindelo sur l’île de Sao Vicente précisément, où huit coureurs tentent de redonner à leur monture suffisamment d’efficacité pour entreprendre la grande traversée vers Bahia. La Direction de course espère voir repartir incessamment les Brice Aqué (CNTL Scube sails) et François Amaury (Groupe Qualitel), dans le sillage de Bertrand Castelnérac (bcombio.com) déjà reparti. Le norvégien Staale Jordan (Stormy) suscite le plus d’inquiétude, avec une étrave en piteux état à réparer avec les faibles moyens disponibles sur l’île. Déjà fort distancés, Maxence Desfeux (Matmut) et Caroline Vieille (Fondation Jérôme Lejeune) ont eux aussi signifié leur intention de s’arrêter…  

 Classement à 15h00, lundi 12 octobre 2009 :

Prototypes – 33 en course : 1. Thomas Ruyant (Faber France) : 1 646,72 à milles de l’arrivée 2. Bertrand Delesne (Entreprendre Durablement) à 3,24 milles du leader 3. Henri-Paul Schipman (Maisons de l’avenir Urbatys) : à 6, 34 milles du leader 4. Stéphane le Diraison (Cultisol-Marins sans frontières) : à 30,89 milles du leader 5. Fabien Després (Soitec) à 30,93 milles du leader…  

Série – 47 en course : 1. Charlie Dalin (Cherche Sponsor-charliedalin.com) : à 1 737,53 milles de l’arrivée 2. Ricardo Apolloni (Ma Vie pour Mapei) : à 7,43 milles du leader 3. Xavier Macaire (Masoco Bay) : à 18,37 milles du leader 4. Francisco Lobato (ROFF TMN) à 24,31 milles du leader 5. Luca Del Zozzo (Corradi) à 41,89 milles du leader…