Tout donner pour finir en beauté

Encore une journée d’entraînement pour les TP 52, deux pour les GP 42 avant d’attaquer le dernier round. Pour leur ultime confrontation de la saison 2009, tous les équipages du Circuit Audi MedCup aspirent à terminer en beauté. Sur les quais Alfonso XII du port de Cartagena, chacun fourbit ses armes et la plupart des bateaux sont sortis ce dimanche pour prendre la mesure d’un plan d’eau que d’aucuns annoncent complexe. Lundi à 13h00, les 10 TP 52 y disputeront leur manche officielle d’entraînement.

Le classement général provisoire après les quatre premières épreuves a déjà scellé le sort d’une partie des protagonistes, ou tout au moins bridé leurs ambitions.
En TP 52, Emirates Team New Zealand, vainqueur de 3 des 4 étapes du Circuit, a pratiquement verrouillé la porte derrière lui. Le team de l’hémisphère sud dispose en effet d’une marge énorme de 52 points sur ses plus proches poursuivants. Et on voit mal comment, à moins d’une série de contreperformances peu probables, Dean Barker et son groupe pourraient flancher si proche du sacre. Ce matin, le bateau noir et rouge était d’ailleurs un des premiers à sortir s’entraîner…

Un fauteuil pour 3
En connaissance ou désespoir de cause, leurs principaux adversaires se sont fait une raison. Leur objectif à Cartagena est désormais d’obtenir une très honorable deuxième place au général. Or, cette bataille entre les dauphins va certainement défrayer la chronique maritime de cette semaine Espagnole. Car elle va opposer trois excellents équipages très proches au classement provisoire : les Argentins de Matador (170.5  points), les Américains de Quantum Racing  et enfin les Suédois d’Artémis, ces deux dernières équipes affichant le même nombre de points au tableau de classement (175,5). A bord du bateau Suédois, il y a un changement de taille : le propriétaire et barreur Torbjorn Tornqvist étant retenu pour ses affaires,  il sera remplacé par le truculent Vasco Vascotto. On connaît la fougue et la détermination du skipper italien qui fera tout pour faire honneur à sa nouvelle mission, aux côtés de son vieux compère Paul Cayard…. Il faut donc s’attendre à de belles bagarres en baie de Cartagena entre ce trio surmotivé.

Cependant, leur quête absolue pour la deuxième place est aussi un piège dans lequel ils pourraient s’enferrer, laissant ainsi la porte ouverte pour le podium à d’autres concurrents. Sans oublier les glorioles d’un objectif intermédiaire : celui de remporter le dernier Trophée de la saison. Les Portugais de Bigamist (5e) peuvent le faire tandis que  l’équipage  international de Bribón, tenant du titre à Cartagena, aimerait bien terminer sur une bonne note. Les trois Français du bord, Thierry Peponnet (barre), Albert Jacobsoone (piano) et Gilles André (plage avant) espèrent être à la hauteur mais demeurent réalistes : « terminer troisième serait une énorme performance, 4e un excellent résultat… rester 5e serait conforme à notre rang. Si la mer reste plate cette semaine, on peut espérer faire des belles choses ».
Faire de belles choses, tirer sa révérence avec les honneurs, c’est justement ce que veulent les 10 équipages qui se retrouveront lundi après-midi à l’occasion de la manche officielle d’entraînement.

GP42 : vers un match-racing hispano-italien ?

En GP 42 en revanche, nul ne sait à qui reviendront les lauriers de la saison. Le lauréat ne sera connu qu’au terme de ce qui pourrait bien s’apparenter à un vrai match racing entre Islas Canarias et Roma, ex æquo en points en haut du classement. Ce choc hispano-italien va probablement attirer à lui les projecteurs. Mais ni l’équipage de Jose María Ponce , ni celui mené par Paolo Cian ne devront s’enfermer dans ce duel sur ring aquatique, sous peine de se faire doubler par Caser-Endesa qui est à 17 points derrière.  L’arrivée dans la flotte des Espagnols d’Iberdrola perturbera t-elle la hiérarchie qui s’est installée depuis 4 épreuves au sein des GP42 ? Nul ne le sait encore.

Ce qui est certain, c’est que la physionomie du plan d’eau de Cartagena va mettre, s’il en fallait encore, un peu de piment dans les débats. Prise en tenaille entre les monts San Julián et Galeras qui érigent leurs falaises au dessus de l’eau, la zone de course est réputée pour ses conditions de navigation délicates avec des vents perturbés par le relief. Ce dimanche à l’entraînement, les marins ont eu droit toutefois à des conditions classiques pour la saison : un vent de sud-ouest de 12 à 15 nœuds…

A terre, c’est aussi la fête
Comme à chaque escale de l’Audi MedCup à Cartagena, l’enthousiasme du public et des institutions locales sont palpables. Depuis l’ouverture du Village, la promenade qui longe les quais du Puerto Desportivo de Cartagena et les stands des animations ne désemplissent pas. Un concert gratuit aura lieu tous les soirs sur la grande scène et en ville ou sur le port, les festivités seront permanentes : démonstration de ski-nautique, de parachute, de BMX et de skate, régates en dériveur, show aérien, course à pied, feu d’artifice, sans oublier la remise des prix de la saison qui aura lieu samedi 19 septembre à 17h30.

Ils ont dit :

Ray Davies, stratège d’Emirates Team New Zealand :
« Notre boulot ici c’est d’abord et avant tout de terminer le contrat ! Mais le plan d’eau est très compliqué avec le relief qu’il y a autour, les montagnes qui peuvent générer des brises très instables, surtout quand le vent souffle de terre. Pour nous, l’idée sera de moyenner. Ce ne sera pas facile parce que ça signifie en général ne pas choisir les extrêmes du plan d’eau. Et si vous restez au milieu de la zone de course, vous manquez souvent de pression. En tout cas, dans ce coin, il n’ y a pas de recette toute faite. C’est très oscillant et il faut rester concentré jusqu’au bout. Les gains et les pertes les plus importants vont se faire sous spi ce qui signifie qu’il faut regarder ce qui va se passer après la marque au vent, regarder où est la pression, et protéger votre avance sans trop s’éloigner du groupe. Nous avons une sacrée bagarre derrière nous, on va laisser monter la sauce en espérant que ça permette de nous éclaircir le terrain. Nous voulons juste essayer de naviguer propre, de jouer les pourcentages et préserver notre moyenne. »


Guillermo Parada
(ARG), skipper de Matador (ARG) 2e au classement général :
« Notre stratégie c’est d’attaquer car la meilleure défense, c’est l’attaque.  Cette saison, nous sommes l’équipage qui a pris le plus de risques pour essayer de surpasser Emirates Team New Zealand alors que d’autres ont navigué de manière plus conservatrice. Là, nous allons nous concentrer pour terminer cette saison du mieux possible. J’aimerais que nous quittions le Circuit Audi MedCup 2009 sur une bonne note : remporter le trophée de Cartagena et terminer 2e au général derrière les Kiwis.  Les occasions de passer ETNZ sont maigres. Nous devons faire notre travail correctement et attendre qu’ils fassent des erreurs. Cela dit, notre objectif est de rester devant Artemis et Quantum. »

Vasco Vascotto (ITA), à la barre d’Artemis (SWE) pour cette dernière épreuve de l’Audi MedCup : «  Paul (Cayard) et moi sommes un peu comme le chat et le renard dans Pinocchio : plutôt complices. Paul aime se divertir, il est toujours de bonne humeur et il a une grande expérience et une grande culture vélique. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble en dehors de la régate, on dîne ensemble, on fait des parties de Playstation et de Wii… C’est important. Un bon résultat peut aussi venir de d’une bonne convivialité. C’est une de nos forces.  Sinon, je suis très fier et même un peu ému de faire partie de l’aventure, avec un objectif très sérieux à atteindre. Le fait qu’ils m’aient appelé pour prendre la barre du bateau me rempli de fierté et de responsabilité ! »

Laureano Wizner (ESP), skipper d’Iberdrola, nouveau venu chez les GP42 :
« C’est assez étrange pour moi d’être ici car c’est la dernière régate du Circuit. Cette saison, nous n’avons navigué sur le bateau qu’à l’occasion d’une épreuve en IRC. Comparé à l’année dernière, nous avons quelques voiles neuves, deux nouveaux régleurs (grand-voile et génois). J’ai hâte de sortir pour l’entraînement et de voir ce qu’on vaut comparé aux autres. »

Eduardo Gallego, Directeur technique du Real Club de Regatas de Cartagena, à propos du plan d’eau :
« Le vent va être instable cette semaine car le temps sera assez nuageux, mais ce sont des conditions normales ici au mois de septembre. A priori, ce ne sera pas très venté. Vous voyez ce qu’on a eu ce matin, le vent s’est renforcé doucement pour donner 12 à 15 nœuds de brise. Comme la zone de course est entourée de relief, ça donne aussi des vents qui peuvent basculer de 15 à 20 degrés des deux côtés de l’axe, donc on peut avoir des surprises, et pas mal de changements dans les positions. La zone de course est au même endroit que l’année dernière mais comme nous n’aurons pas de régime de vent d’Est, il peut y avoir des changements de parcours. En général, le clapot est court mais si le vent tourne à l’ouest, alors la mer peut se creuser… »

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