Trois Suisses et un podium

Le Tour de France à la Voile 2010 qui s’est disputé du 26 juin au 23 juillet entre Dunkerque et la Seyne-sur-mer à vu courir 28 bateaux, soit cinq de plus qu’en 2009. Ce chiffre prometteur, pour une ultime édition en Farr 30 (ex. Mumm 30), ne dit en fait pas tout sur une épreuve qui fait l’objet de plusieurs critiques. Le choix du parcours, avec seulement deux étapes en Méditerranée, ainsi que la qualité de l’organisation à terre ne font pas toujours l’unanimité. La trop nette domination du vainqueur, Nouvelle-Calédonie, n’a par ailleurs pas contribué à rendre la régate très attrayante. Les Suisses, présents en force cette année avec trois bateaux, reviennent de leur côté assez contents de l’exercice. Ville de Genève-Carrefour Prévention, skippé par Jérôme Clerc et Bruno Barbarin, a atteint son objectif de terminer dans les dix premiers et sur le podium amateur. Les Biennois, qui privilégient comme chaque année la participation plutôt que le résultat, ont quant à eux réalisé l’exploit de mener deux voiliers sur le Tour, ce qui constitue déjà une performance.

 

Un classement amateur très disputé
Si Bertrand Pacé a survolé le classement général du début à la fi n, le podium amateur a par contre été beaucoup plus disputé. Les Bretons de Purflo -Thermes Marins – St-Malo et les Hollandais de Mummaduck n’ont laissé aucun répit à l’équipage du CER (Centre d’Entraînement à la Régate) qui est revenu cette année en amateur. La victoire finale s’est jouée à un point lors de la dernière manche et c’est malheureusement le jury qui a fait passer les Genevois sur la seconde marche du podium. Malgré ces déboires regrettables, Jérôme Clerc se déclare très satisfait : « Nous avons bien navigué tout le long de la course, l’équipe était fantastique, les conditions globalement bonnes et nous avons atteint nos objectifs. » Et d’ajouter : « Nous sommes partis sur une structure différente de celle de l’année dernière. Notre équipe est constituée à 100% de jeunes du CER. La moyenne d’âge est la plus basse du Tour (23 ans) et nous avions quatre bizuts.
Nous avons profité de l’expérience passée de marins chevronnés comme Etienne David et Michel Cohen. Aujourd’hui nous nous sommes complètement pris en main et exploitons au maximum de ce qu’ils nous ont apporté. » À noter qu’Etienne David est revenu sur l’épreuve pendant les deux grandes étapes du tour de Bretagne, afin de permettre à Jérôme Clerc de se reposer.

Bienne satisfait
Bienne Voile n’a de son côté pas hésité à participer avec deux bateaux pour cette dernière en Farr 30, afin de permettre à un maximum d’équipiers de naviguer. Les deux équipages terminent aux 8e et 9e places du classement amateur, 23e et 25e au général. Lorenz Muller, responsable du projet et skipper d’un des deux voiliers, concède ne pas avoir atteint ses objectifs sportifs, mais se satisfait du reste.

« L’ensemble du Tour s’est très bien passé, tant au niveau logistique que de l’organisation et du budget. » Et de compléter : « Sportivement, un de nos bateaux a quand même très bien navigué sur la première partie du Tour. Il est vrai que ça a été plus difficile en Méditerranée. » Muller explique que Bienne Voile participe avant tout pour permettre à ses régatiers de côtoyer les meilleurs skippers du moment. « Nous terminons quelques manches dans les dix premiers, ce qui est déjà bien quand on voit le niveau global. Je trouve par contre que les critères d’admission en amateur ne sont pas très sérieux. Nous avons tous un job, nous naviguons le soir et le week-end et payons nos frais pour venir sur le Tour alors que d’autres font de la voile 200 jours par an et sont payés pour le faire. Je ne me plains pas, mais je pense qu’il faudrait redéfinir ce que signifie réellement amateurisme.»

Quand l’arbitrage fait la course
La question des classements n’est d’ailleurs pas la seule à faire polémique, et le jury du Tour 2010 ne s’est pas distingué pour ses compétences. Ville de Genève-Carrefour Prévention qui s’est trouvé quatre fois face aux juges, sans remporter une seule fois les faveurs de l’arbitrage, en garde un souvenir mitigé. Si Jérôme Clerc reconnaît plusieurs erreurs, il considère que le jury n’a pas toujours réalisé sa tâche avec brio. Loin de mettre son résultat sur le dos d’un mauvais arbitrage, il estime que la situation doit servir de leçon. « Tout ça nous montre qu’il faut apprendre à mieux exploiter les règles, explique le jeune skipper. Etre bon sur l’eau est une chose, mais aujourd’hui il faut également savoir gérer les protêts, et nous avons des lacunes. » La consultation d’une spécialiste a posteriori confirme que certains cas vécu par les Genevois auraient pu trouver un autre dénouement avec une approche différente.

Une nouvelle ère
Le Tour de France à la Voile 2011 doit se disputer en M34, le nouveau voilier construit par Archambault. Le CER compte en acquérir un cet hiver pour être au départ l’été prochain. Bienne Voile reste par contre plus réservé et va laisser passer un tour avant de songer à un investissement. Nous ne pouvons pas envisager une telle dépense à ce jour, explique Lorenz Muller. Je regrette par ailleurs que l’organisation ne se soit pas tournée vers un voilier qui a déjà fait ses preuves au niveau international. Le Melges 32 aurait très bien pu faire l’affaire. Du côté de Genève, on ne réfléchit pas en ces termes et la recherche d’un financement est en cours depuis le début de l’année. Tour Voile s’est engagé sur le projet à long terme et garantit une participation d’une quinzaine de concurrents pour l’an prochain. Reste à voir si la promesse va pouvoir être tenue et si cette régate exceptionnelle va rester encore longtemps un rendez-vous de référence.