Un final ébouriffant

Avec dix-huit bateaux en lice (dont quatre issus des lacs de Neuchâtel et de Morat) tout au long de son championnat 2010, la série des M2 confirme, si besoin était, sa suprématie en multicoque sur les plans d’eau de Suisse romande. Ils étaient certes 22 l’an dernier, mais cette relative baisse de régime n’inquiète absolument pas Rodolphe Gautier, le président de l’AM2.

Plusieurs raisons, en effet, plaident en faveur de l’optimisme présidentiel : le Safram M2 Speed Tour 2010, qui s’est déroulé comme à l’accoutumée successivement sur le lac de Neuchâtel et le Léman, n’a jamais été aussi disputé que cette année. En août, à deux étapes de la fin du championnat qui s’est achevé les 18 et 19 septembre à Genève, sept bateaux étaient encore au coude à coude pour une place sur le podium, les trois premiers – Team Parmigiani, Team 21 et Tilt – n’ayant qu’un point d’écart après trois Grand Prix, les bols d’or neuchâtelois et lémanique et la Genève-Rolle.

 

La série attire les jeunes
« La saison a été passionnante, relève Rodolphe Gautier dont le bateau, Safram, était alors 6e du classement. La flotte a encore gagné en homogénéité, notamment parce que la plupart des manches ont été plus ventées que l’an dernier, rendant les régates plus équilibrées ; en second lieu, nombre d’équipages sont obligés, par manque de temps, de limiter le nombre des séances d’entraînement ce qui tend également à égaliser le niveau. Une contrainte que connaissent moins les plus jeunes qui ont magnifiquement tiré leur épingle du jeu, que ce soit à bord de Team 21 ou de Patrimonium. » Rien de comparable à cet égard avec la saison 2009 qui avait été dominée par Rhône Gestion, le bateau skippé par le très compétitif Arnaud Psarofaghis, passé cette année sur D35.

 

Second motif de satisfaction : « La série attire les jeunes », constate Rodolphe Gautier. Une concurrence que les « anciens », comme Bertrand Geiser, un des piliers de la série, sur Team Parmigiani, apprécient au plus haut point. « Il n’y a pas si longtemps, on arrivait à se refaire en s’appuyant sur notre expérience, commente-il. Aujourd’hui, les jeunes poussent très fort. Le passage de Psaros dans la série a encore relevé le niveau général, sans compter la disponibilité des jeunes équipages pour les entraînements. » S’agit-il d’un conflit de générations ? « Pas le moins du monde, je parlerais plutôt d’émulation », souligne Bertrand Geiser, bien décidé à tout mettre en œuvre pour décrocher le graal, lui qui était 3e en 2009 et 2e en 2008.

Autre point très positif : plus de sept ans après son lancement, le Ventilo de 28 pieds reste un bateau très attractif. Les vieux briscards en parlent encore et toujours avec des trémolos dans la voix, vantant son excellent rapport prix-budget de fonctionnement-plaisir. « Ce bateau est très très fun, insiste Bertrand Geiser. Il n’y a rien de mieux aujourd’hui en termes d’accessibilité, de facilité de mise en œuvre et de capacité à affronter toutes les conditions lacustres, musclées ou non. »

 

De nouveaux horizons
2010 apparaît toutefois comme une année de transition qui devrait contraindre la série à se réinventer, pour mieux rebondir. Car, il est un signe qui ne trompe pas : « Cette année, il n’y a pas de nouveau bateau, relève Jean-Luc Lévêque, barreur sur DFi Blade Runner, 4e au classement provisoire avant les deux derniers Grand Prix. Nous sommes sans doute arrivés à la fin d’un cycle où la série a fait le plein des navigateurs qu’elle pouvait intéresser tout en voyant partir ceux qui, après trois ou quatre saisons, ont choisi de changer de cap.»

Le fait est que plusieurs bateaux ont été vendus, notamment en Allemagne et en Autriche, et que la flotte neuchâteloise est aujourd’hui réduite à trois bateaux, quatre si l’on ajoute celui du lac de Morat. Pas de quoi, pour l’heure, mettre en péril les étapes neuchâteloises du championnat, même si la question pourrait se poser à terme, à l’occasion d’une refonte du calendrier des régates. Jean-Luc Lévêque estime ainsi que le début de saison est trop concentré : « Entre la mi-mai et fi n juin, le programme est très chargé. Avec les entraînements, personne ne voit sa famille le week-end pendant deux bons mois. Cela peut en décourager certains. »

Parions que les discussions iront bon train cet automne. D’autant plus que les M2 viennent de faire une percée historique – dernier motif de satisfaction – sur des plans d’eau étrangers, en remportant coup sur coup le Rund um Bodensee, le Kekszalag Blue Ribbon du lac de Balaton en Hongrie et le Blue Ribbon de l’Attersee en Autriche. Trois victoires au scratch qui ouvrent de très belles perspectives à l’international.

 

Ouverture internationale?
« On pourrait imaginer un jour un circuit au-delà des seuls lacs Léman et de Neuchâtel, suggère Alex Schneiter qui navigue sur Tilt. Cela donnera une vraie « valeur commerciale » à ce bateau, avec plus d’acquéreurs potentiels et, du coup, des nouveaux bateaux à construire. Le risque, bien entendu, est de voir la flotte sur le Léman diminuer, mais une nouvelle formule de championnat pourrait voir le jour, plus internationale et compétitive. »
Rodolphe Gautier n’est pas du tout insensible à cette ouverture internationale que le programme actuel de régates interdit en raison de collisions de date. « Cela fait longtemps que les M2 souhaiteraient, par exemple, participer aux Centomiglia du lac de Garde. Nous sommes régulièrement invités, mais les dates (11-12 septembre cette année) ne nous conviennent pas. »

Tous ces développements interviennent, de plus, dans un contexte lémanique particulier avec une flotte de D35 également en phase de transition et le lancement attendu du championnat des MOD70 qui pourrait assécher le « marché » des skippers océaniques. N’y aura-t-il demain plus qu’une seule classe de multicoque lémanique ? Le doute est permis car un accord sera difficile à trouver sur la taille (et donc le coût) d’un futur multicoque commun. Mais les finales des Grand Prix M2 et D35 qui se sont tenues simultanément à Genève les 18 et19 septembre ont assurément été l’occasion de premiers échanges fructueux.