Un indien trop paisible

L’entrée en matière ne correspond absolument pas aux récits habituels de l’océan Indien : Groupama 3 a connu une nuit trop paisible dans une zone de confluence peu ventée, et l’accrochage du flux de Nord tardait à venir… De nouveau, le trimaran géant perd des milles sur le temps de référence.

Il en faut plus pour destabiliser un groupe ! Marins aguerris, compétiteurs nés, expérimentés des mers du Sud, Franck Cammas et ses hommes prennent leur mal en patience car ils savent que cette zone de transition va s’étioler et que les longs surfs sur la houle de l’Indien vont de nouveau remettre du rythme dans ce Trophée Jules Verne. Mais la nuit dernière a mis les nerfs à vif lorsqu’une petite phase de vents faibles et instables a remplacé un flux d’Ouest relativement bien organisé… Le front froid qui les avait propulsés à grande vitesse dans l’Atlantique Sud s’est mis en tête de les rattraper ! La faute à deux cyclones en cours de formation dans l’océan Indien tropical ?

« Nous sommes dans une zone délicate depuis quasiment vingt heures : nous n’arrivons pas à franchir ce front qui fusionne avec le précédent, celui qui nous avait poussé jusqu’à l’océan Indien… Nous suivons en temps réel la météo avec Stan Honey notre navigateur, et Sylvain Mondon à terre. L’état de la mer n’est pas très agréable : on repart vers le Sud pour empanner de nouveau ! Nous allons faire pas mal de manoeuvres pour s’extraire de ces calmes. Surtout, c’est assez difficile en bâbord amure avec la houle de face alors que le vent reste faible de secteur Ouest… » lançait Franck Cammas à la vacation radio de 12h30 avec le PC Course parisien de Groupama.

Revenir aux fondamentaux

Ce mardi soir, Groupama 3 devrait commencer à sentir les premiers effluves de Nord qui annoncent la bordure méridionale d’un anticyclone assez étendu puisqu’il se prolonge au-delà de l’archipel des Kerguelen. Ce régime va progressivement s’orienter au Nord-Ouest en se stabilisant à vingt-cinq noeuds sous la poussée d’une dépression assez Sud (55° S). La trajectoire du trimaran géant va donc rester calée entre le 43° Sud et le 46° Sud avec un empannage aux abords de l’archipel austral. Mais d’ici là, Franck Cammas et ses neuf équipiers auront repris un tempo plus conforme aux mers du Sud, et donc reviendront dans les temps du Trophée Jules Verne du côté des Kerguelen. De la glisse, de la vitesse, de la sensation : l’équipage va retrouver les valeurs fondamentales qu’il est venu chercher sur ce tour du monde…

« Ce n’est pas un Indien typique ! Nous n’avons pas spécialement de vents violents et de grosse mer, mais plutôt un vent faible et une mer de Nord-Est, extrêmement rare dans cette zone-là. Devant nous, on a un vent orienté au Nord : c’est ce qui nous amène une houle de face qui complique notre avancée. Les chocs sont vraiment violents depuis hier, donc on a un peu freiné pour épargner le bateau. On arrive à vivre à bord, mais il faut quand même choisir à quel moment on va aller se faire à manger suivant l’amure ! Pareil pour dormir et se reposer ! Je ne crois pas qu’on va s’en sortir rapidement… Il faut attendre que le système évolue. »

 Tableau de marche de Groupama 3
(départ le 31 janvier à 13h 55′ 53 » TU)
( Nombre de milles parcourus par rapport à la route optimale du Trophée Jules Verne)

 Jour 1 (1er février 14h TU) : 500 milles (retard = 94 milles)
Jour 2 (2 février 14h TU) : 560 milles (avance = 3,5 milles)
Jour 3 (3 février 14h TU) : 535 milles (avance = 170 milles)
Jour 4 (4 février 14h TU) : 565 milles (avance = 245 milles)
Jour 5 (5 février 14h TU) : 656 milles (avance = 562 milles)
Jour 6 (6 février 14h TU) : 456 milles (avance = 620 milles)
Jour 7 (7 février 14h TU) : 430 milles (avance = 539 milles)
Jour 8 (8 février 14h TU) : 305 milles (avance = 456 milles)
Jour 9 (9 février 14h TU) : 436 milles (avance = 393 milles)
Jour 10 (10 février 14h TU) : 355 milles (avance = 272 milles)
Jour 11 (11 février 14h TU) : 267 milles (retard = 30 milles)
Jour 12 (12 février 14h TU) : 274 milles (retard = 385 milles)
Jour 13 (13 février 14h TU) : 719 milles (retard = 347 milles)
Jour 14 (14 février 14h TU) : 680 milles (retard = 288 milles)
Jour 15 (15 février 14h TU) : 651 milles (retard = 203 milles)
Jour 16 (16 février 14h TU) : 322 milles (retard = 375 milles)

Record WSSRC de la traversée de l’océan Indien (du cap des Aiguilles au Sud de la Tasmanie)
– Orange 2 (2005) : 9j 11h 04′

Temps de référence du cap des Aiguilles au cap Leeuwin
-Orange 2 (2005) : 7j 05h 35′

L’équipage et l’organisation à bord de Groupama 3

 Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës

  • Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean
  • Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff
  • Navigateur hors quart : Stan Honey monte sur le pont pendant les manoeuvres
  • Un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer, un quart de repos total

• Chaque quart dure trois heures sauf entre 12 et 18 heures TU ou ils ne durent que 2 heures.

Le record à battre 

Détenu depuis 2005 par Bruno Peyron sur Orange 2 en 50 jours 16 heures 20 minutes à 17,89 noeuds de moyenne. Étaient à bord : Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës.