Un océan à traverser

C’est donc à 22h21, hier soir, que les leaders de la flotte de la Transat AG2R LA MONDIALE, Romain Attanasio et Samantha Davies (Savéol), ont dépassé la marque de parcours obligatoire à La Palma. Depuis, les passages se succèdent aux Canaries. Kito de Pavant et Sébastien Audigane (Groupe Bel), contraints à une escale technique à Tenerife à la suite d’une collision avec une baleine, devraient fermer la marche, en milieu de nuit. À présent, il reste 2 400 milles devant les étraves des duos. Un deuxième acte commence.

       Pas d’effet accordéon. Pas de zone de dévent. Et donc pas de bouleversement à la marque de parcours obligatoire des Canaries. Le Savéol de Romain Attanasio et de Sam Savies, aux commandes de la flotte depuis 48 heures, a donc été le premier à dépasser La Palma avec un crédit de 10 milles sur ses poursuivants directs, Armel Le Cleac’h et Fabien Delahaye (Brit Air), Gildas Morvan et Bertrand de Broc (Cercle Vert) et Jeanne Grégoire et Gérald Veniard (Banque Populaire), tous passés en moins de quatre minutes. « On a eu Sam et Romain par VHF. Le signe qu’ils n’étaient pas trop loin devant ! » s’amusait Jeanne Grégoire, ce midi à la vacation. « À l’échelle de ce qu’il reste à parcourir, l’écart avec Savéol n’est pas grand-chose. Le plat de résistance est devant nous » commentait Armel Le Cleac’h, de son côté. De fait, il reste, aujourd’hui, aux concurrents de cette 10e Transat AG2R LA MONDIALE les deux tiers du parcours à réaliser : 2 400 milles. Un océan à traverser.

 

Faire la route ou investir dans le Sud ?

      Telle est la question. Chacun élabore sa stratégie pour les heures et les jours à venir. Dans l’immédiat, le flux modéré de secteur Nord-est pour 15 nœuds en moyenne, va s’orienter doucement au Nord en fin de journée. Sous tribord amure, certains pourront mettre un peu de Nord dans leur route mais, globalement, il n’y aura pas de grandes options. Les tandems devront essentiellement se concentrer sur la bonne marche de leur bateau. « Si tu n’avances pas, t’es marron » rappelait Jean Le Cam – qui fête ce mardi son 51e anniversaire – à la mi-journée. Tenir le rythme, placer les empannages au bon moment : voici le programme qui attend les marins d’ici à vendredi. Jusqu’à cette date, le vent sera bien établi et propice à la vitesse, au largue serré ou au grand largue. Par ailleurs, une houle de Nord-ouest se renforcera pour atteindre 2-3 mètres, ce qui favorisera les glissades. Ensuite, l’anticyclone au Sud-ouest des Açores commencera à marquer quelques signes de faiblesse avec une baisse de pression en son centre. Par conséquent, l’alizé faiblira partiellement. « Il faudra trouver la meilleure route pour contourner ce système. Soit couper le fromage avec moins de vent, soit faire le tour en allant plus vite. Ce sera une question de compromis » a détaillé Armel Le Cleac’h.

 C’est reparti pour Groupe Bel

      Après leur collision avec une baleine hier, aux alentour de 13 heures, Kito de Pavant et Sébastien Audigane (Groupe Bel) ont repris la mer ce mardi midi. L’escale technique à Santa Cruz, sur l’île de Tenerife, a duré une dizaine d’heures et le safran tribord endommagé a pu être remplacé en un temps record. « Nous tirons des bords pour nous dégager du Nord-est de l’île de Tenerife. Nous avons encore une heure de louvoyage et après nous pourrons faire route directe vers La Palma. 24 heures environ se sont écoulées depuis notre accident avec la baleine et nous estimons à une trentaine d’heures notre retard sur les premiers à La Palma. Nous n’avons pas vraiment eu le temps de réfléchir, il a fallu organiser l’échange du safran et faire venir Hervé, mon directeur technique. Cela a été une sacrée galère pour lui, car il a fait 10 heures de voiture jusqu’à Madrid pour prendre le premier avion ce matin. Nous nous sommes bien sûr posés la question de repartir ou non. Il y a beaucoup de paramètres à évaluer dans ces circonstances mais, dans la mesure où l’on peut réparer le bateau et qu’il peut naviguer, nous allons jusqu’au bout de l’histoire, même si le résultat final ne sera pas à la hauteur des objectifs initiaux. Le bateau n’est pas à 100% de ses capacités mais il navigue» a expliqué Kito de Pavant, joint par téléphone à 13h30.

 

Trophée de la performance du jour AG2R LA MONDIALE :

 

      Le Trophée de la performance du jour AG2R LA MONDIALE est attribué à Gaspé 7. Antoine Koch et Joseph Brault ont parcouru 225,7 milles en 24 heures.

   Ils ont dit :

 Yann Eliès, skipper de Generali Europ Assistance : « Il n’y a pas de problèmes pour nous ! On aurait été content d’être devant mais ça n’a pas l’air simple devant, donc c’est nickel ! On est dans un scenario idéal et on va jouer avec ce qu’on nous propose. On a le sentiment de ne pas avoir été payé comme il fallait dans notre option, mais on a tous trouvé des bons surfs. La houle est super bien placée et il fait chaud. Ca ne se fait pas tout seul, c’est du boulot mais c’est super sympa ! On récupère un peu en ce moment. Jérémy fait dix milles routages par jour … il est menotté à la table a carte ! C’est sympa de naviguer ensemble. J’espère qu’on sera bien placé à la fin. »

 Sylvain Pontu, co-skipper de iSanté : « A cette heure, d’habitude, c’est mon quart de repos, mais comme on est en train de faire pleins de trucs, je suis réveillé et actif ! On fait un gros coup de ménage et on se prépare pour la deuxième partie de la course ! On est à onze milles de la marque, pour moi c’est assez symbolique comme passage. On a fait une belle première partie de course car on est au-delà de nos objectifs. A partir de La Palma, ça va être une deuxième étape donc on va se donner à fond pour faire une belle course. On a un petit déficit de vitesse au portant, mais on est dans le match ! On a des sacs de matossage très pratiques a bord, et quand le vent fluctue, je passe mon temps à les bouger, c’est essentiel, c’est comme un réglage ! »

 Antoine Koch, skipper de Gaspé 7 : « Tout va bien, on est content d’avoir fini la première partie de la course mais on n’est pas très content, car il y a quatre bateaux devant ! On était vraiment bord à bord avec Brit Air mais ils nous ont laissé là, donc on a une revanche à prendre ! La course est encore longue, on est dans une situation qui ouvre encore des choses. Depuis le Cap Finistère, les routages donnaient des temps de passage très proches en fonction des options, donc ça n’a pas été facile de choisir. Il y aura sûrement des petits éléments perturbateurs à négocier pour la suite, mais c’est bien ! On a un rythme établi, on n’est pas fatigué, ça s’enchaine, c’est très agréable. Depuis le départ on est bien en mer, tout parait naturel, c’est fluide et le temps ne parait pas long ! »

 

Yannick Bestaven, co-skipper de Save The Rich : « Ca va bien à bord! On vient enfin de passer la porte de passage donc on est en train de naviguer le long de La Palma avec un paysage magnifique, c’est très beau ! On a un peu raté notre route le long de l’Espagne, maintenant on roule tout droit dans l’Atlantique, donc on va se rattraper ! On regarde beaucoup ce qui va se passer. La situation va être compliquée : on y réfléchit beaucoup et longuement avant de trouver la voie. C’est à ces allures que le bateau est marrant et sympa. C’est un peu ambiance Hawaï à bord ! »

 

Franck Le Gal, co-skipper de Gedimat : « C’est la fin du premier tronçon, un nouveau départ commence. Si on nous avait dit qu’on serait placés devant Nicolas Lunven, Jean Le Cam et compagnie, on aurait signé de suite des deux mains ! On bosse pour la suite et on s’amuse bien ! Notre erreur a peut-être été de trop se centrer sur la marque de parcours et de ne pas assez anticiper sur la trajectoire à long terme. »

 

Jeanne Grégoire, skipper de Banque Populaire : « Ca va : il fait beau, la mer est belle ! Le bateau va vite, dans la bonne direction, tout va bien dans le meilleur des mondes ! On était content de ne pas passer la porte en 4ème position. On n’a pas vu le paysage car il faisait nuit. Avec les autres on s’est dit « on passe la porte, on ferme à clé et on la cache ! ». On a tous eu un coup au moral quand Kito a appelé pour son avarie. Là, il n’y a rien d’extra ordinaire à faire dans les jours qui suivent. Il faut juste tenir le rythme. Si Sam et Romain pouvaient se prendre un gros grain, une bonne douche épaisse et de la grosse pétole, ça nous permettrait de les rattraper, mais je doute qu’ils soient d’accord ! »

 Nicolas Troussel, skipper de Crédit Mutuel de Bretagne : « Les voiles ne sont pas déchirées donc ce n’est pas mal ! C’est sûr on est allé vite ! On était sous le bon angle et puis on s’est dit qu’il fallait cravacher donc on a un peu attaqué ! On s’est bien reposé, on a fait des siestes pendant la nuit, mais il reste un peu de chemin et plein de choses à faire. Pendant la première partie, on pensait que les bateaux allaient s’arrêter un peu plus dans la dorsale. On a bien collé, mais la navigation était plaisante : ça aurait été rassurant d’être plus devant mais on va se battre pour revenir même si ça ne va pas être simple ! »

 Jean Le Cam, co-skipper de Generali : « Ca se passe nickel, on a eu un début de course pas très bon, et puis une option le long du Portugal qui aurait pu payer mais qui n’a rien donné ! On vient de passer les Canaries et là on est dans le coin avec les banquiers : le Crédit Mutuel de Bretagne! Il se passe des choses tous les jours … si tu n’avances pas, t’es marron ! Après, il faut être sur les réglages tout le temps et essayer d’aller moins mal que les autres. A partir de maintenant, il y en a qui vont passer à droite et le reste à gauche. Il faudra attendre le prochain passage pour voir ça ! Mais ceux qui passent à droite ne vont pas revenir à gauche et inversement ».