Un quatre mâts nommé désir

Concepteur et architecte du projet dans lequel il embarque trois amis d’enfance, Jean-François Andrier n’en est pas à son coup d’essai. Dans les années 1980-1990, il avait déjà sévi en créant de toutes pièces un trimaran… à foils ! A l’époque, le carbone n’existait pas et il était trop lourd pour voler. Le concept était pourtant très innovant puisque ses foils étaient rétractables et réglables dans les trois dimensions, à l’image d’un certain foiler Syz&Co… Pas de gros cabinet d’architectes dans ce projet, le docteur en physique Andrier fabrique tout dans son jardin à l’abri d’un hangar. Même la souferie qui a servi pour les essais est « fait maison » ! Son inspiration lui vient ni plus ni moins des avions multiplans de la 1ère guerre mondiale. Ce côté artisanal pourrait faire sourire si les études réalisées dans ce projet ne révélaient pas un rapport poids/puissance dépassant les M2 et les D35. L’utilisation de matériaux high-tech permet à cet engin sans nom (celui du futur sponsor ?), mais breveté, de rester très léger. Déjà fabriqués, les flotteurs pèsent 45kg. Le bras de liaison sera constitué à partir d’un morceau de mât de l’Hydroptère.

La double originalité de ce « Cat Quat’ » de 25 pieds consiste à lier le multigréement à une plate-forme à coques pivotantes (la coque sous le vent s’avance par rapport à la coque au vent au fil de l’abattage). Ainsi qu’ils l’ont constaté sur la maquette au 1/5, le couple de chavirage est nettement plus faible que sur un multi à gréement classique car le centre vélique est positionné plus en arrière et plus bas (à 5-6m au-dessus du pont, contre le double par exemple sur un D35), ce qui diminue les risques d’enfournement. La perte de performance traditionnellement constatée sur le multigréement est ici évitée par le décalage des coques pivotantes. Selon leur théorie, la déformation contrôlée de la plate-forme permet de maintenir les axes des plans de voilure fixes, perpendiculaires à l’axe du bras de liaison. La bôme est fixe et il n’y a ni vide-mulet ni écoute, c’est l’articulation du bras de liaison qui donne de l’incidence aux voiles. En souferie, il ressort que leur écartement élimine les turbulences et ne nuit pas au rendement.

Comme le souligne l’un des quatre copains de l’aventure, Jean-Marc Dubouloz, « Ce qui nous motive dans ce projet c’est de pouvoir vérier sur l’eau si nos développements intuitifs seront aussi concluants qu’en souferie ». Naviguant ensemble depuis trente ans en Toucan et Surprise au large de Nernier et Yvoire, ils aimeraient pouvoir un journir le Bol d’Or avant la nuit.