Un vendredi 13 comme dans les films !

C’est la guerre ! Annoncé depuis plusieurs jours, le premier gros coup de tabac a touché la flotte de la Transat Jacques Vabre 2009 aux environs de minuit. En ce vendredi 13, la navigation vers le Costa Rica prend des allures de film d’horreur. 45 à 50 nœuds de vent et une mer formée rendent la navigation périlleuse et dans l’attente de jours meilleurs, les duos semblent avoir mis les enjeux sportifs entre parenthèse tant la préservation du matériel est au centre de leurs préoccupations. Les bateaux tapent, les voilures sont réduites à leur strict minimum pour éviter les embardées et les hommes souffrent plus pour leurs machines que pour eux-mêmes. Dans de telles conditions, le classement prend des allures presque anecdotiques même si le nouveau promu, Safran, est toujours leader chez les Imoca et que Franck-Yves Escoffier et Erwan Le Roux continuent à éprouver leur nouvelle monture en tête de la flotte des Multi50.

  

Il est des jours où l’on se dit que les marins ont parfois un côté masochiste. Des matins comme celui de ce vendredi 13  sont là pour le confirmer. Depuis la mer, les nouvelles se font rares et les claviers ont du être fort chahutés ces dernières heures, rendant l’écriture de messages difficile, voire impossible. Les voix trahissent l’angoisse persistante pour le matériel et la bande son ne cache rien du chaos qui domine à l’extérieur. Du Nord au Sud, si l’intensité du phénomène varie, une constante s’impose, celle d’un passage violent. La faute à cette dépression qui s’étire en longueur et distille à coup de ruades ses effets dévastateurs. Pour l’heure, les duos tiennent le choc sous voilure réduite et jouent la sécurité, pour eux-mêmes et pour les machines. Ainsi, on évite de s’aventurer trop longtemps sur le pont et on confie la trajectoire à un pilote devenu pour un temps plus qu’un simple instrument de bord. Dans des espaces confinés, à l’intérieur de ces bêtes de course, les marins tentent de se ménager un minimum de confort et de repos. Mais la tâche n’est pas aisée tant les ventres de carbone répercutent et amplifient le moindre des bruits. Autant dire qu’avec des vents avoisinant les 50 nœuds et une mer sacrément désordonnée, le niveau sonore est assourdissant. En proie à ces conditions météo depuis minuit, la flotte devrait sortir de cet enfer à la mi-journée. Il sera alors peut-être l’heure d’un premier bilan sur les options engagées ces derniers jours. Qui des sudistes, emmenés notamment par le duo Desjoyeaux-Beyou, partisans d’un contournement de la tempête, des centristes, qui trouvent aujourd’hui grâce aux yeux du classement, ou enfin des nordistes, aura eu raison ? Reste que depuis hier, la flotte est placée sous le commandement de Marc Guillemot et Charles Caudrelier Bénac en Imoca. Du concurrent le plus au Nord, Hugo Boss, à celui le plus au Sud, Foncia, la convergence est en marche et si tous sont actuellement soumis au même grand chambardement, gageons que la course n’a pas non plus perdu ses droits.

 

Chez les Multi50 aussi on souffre pour les machines. Leader bien installé dans son fauteuil, Franck-Yves Escoffier joue les bascules et se félicite de la robustesse de son Crêpes Wahou ! en rêvant à des heures plus heureuses et au portant. En mer, pour tous, les préoccupations sont les mêmes et à terre, on retient son souffle en souhaitant une sortie sans encombre. Pour les joueurs, le vendredi 13 est un jour de chance. Pour les marins, il aura des allures de mauvais scénario…

  Kito de Pavant – Groupe Bel – 4ème au classement Imoca de 5h

 « Oui je vais très bien. On carbure ici, on a entre 45 et 50 nœuds, ça secoue, mais ça se passe pas trop mal. On s’attendait à ça de toute façon, ça fait quelques jours qu’on essaie de trouver une porte de sortie mais finalement je crois qu’il n’y en a pas ! On a essayé de traverser là où c’était le plus sage, mais je ne suis pas sûr qu’on ait réussi ! On va avoir ces conditions pendant quelques heures, mais après ça devrait se calmer. Le vent devrait mollir mais par contre la mer va être de plus en plus grosse et de plus en plus forte.

Nos conditions, pour résumer, c’est du vent et une mer dure qui cogne. Ca fait beaucoup de bruit. Côté toile on est sous 3 ris ORC.

Quant à nous on est à l’abri à l’intérieur car dans ces cas là le pilote s’en sort très bien tout seul.

Non, nous n’avons pas de superstitions par rapport au vendredi 13 : pas de ça chez nous ! On espère seulement que cette journée va être une bonne et surtout qu’elle va bien terminer parce que là c’est déjà difficile…. »

  Franck-Yves Escoffier – Crêpes Whaou ! – 1er au classement Multi50 de 5h

 « C’est la guerre ici… Il ne fait pas beau, on est passé sous trois ris grand voile il y a une demi-heure parce qu’on allait trop vite, on joue la bascule, on n’y voit rien ! Il n’y a pas assez de vent pour la grand voile, c’est difficile de trouver le bon compromis. On n’avance pas vite.

Les conditions c’est 35/40 nœuds de vent et entre 3 et 4 mètres de creux. C’est certainement moins fort que ce que les autres ont dans le nord, c’est d’ailleurs bien pour ça qu’on a décidé de faire du sud ! On est sous pilote, on en profite pour charger les batteries, comme ça on sera prêt quand on pourra envoyer la bulle.

Le plus désagréable dans ces conditions c’est pour le bateau, les atterrissages sont vraiment très brutaux.

La mécanique a moins de résistance que l’être humain ! »

 Jean-François Cuzon BT – 2ème au classement Imoca de 5h

 Les conditions sont très difficiles. Depuis minuit on a entre 35 et 50 nœuds. C’est sport, c’est l’horreur, c’est vraiment impressionnant…. On essaie de préserver le bateau tant qu’on peut. La mer est forte mais l’allure ne l’est pas donc ça va. Le plus impressionnant ce sont les bourrasques, c’est très actif, le vent monte très rapidement et bascule, c’est ça qui est très difficile en fait. A priori on en a jusqu’a midi aujourd’hui puis ca devrait mollir. Ha tiens là on a 53 nœuds de vent…. D’ailleurs il faut que je vous laisse là.