Une adonnante ne fait pas le printemps

– Virbac-Paprec 3 gagne 50 milles en 24 heures sur son dauphin MAPFRE
– Estrella Damm et Neutrogena peinent à trouver l’alizé
– GAES Centros Auditivos continue de reprendre des milles à ses prédécesseurs
Tout va bien et pourtant. Les cinquante milles gagnés sur MAPFRE sont, d’évidence, une satisfaction pour Virbac-Paprec 3. Mais, avec l’expérience qui les caractérise, on serait étonné que Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron vendent la peau de l’ours avant de l’avoir tué. La situation entre les Canaries et Gibraltar est des plus confuses et n’autorise encore aucun pronostic définitif. A l’arrière, rien n’arrête GAES Centros Auditivos. Dee Caffari et Anna Corbella ont repris 300 milles en 48 heures au duo Estrella Damm – Neutrogena.

C’est ce qu’on appelle en langage de régatier, une belle cuillère. Virbac-Paprec 3, bien que sorti du Pot au Noir plus à l’ouest que son second, a profité d’une bascule progressive des vents sur la droite pour se recaler progressivement presque dans l’axe de MAPFRE qui, distant de près de deux-cents milles du leader, ne bénéficie pas des mêmes régimes de vents. Iker Martinez et Xabi Fernandez, rompus aux joutes tactiques entre trois bouées, savent à quel point ce coup est imparable et se contentent, pour l’heure, de faire parler la vitesse de leur bateau.

Manège enchanté ou cirque infernal

Condamnés à une course de chevaux de bois, où tout le monde navigue sur la même route, les deux médaillés olympiques attendent l’atterrage sur l’archipel des Canaries pour espérer passer à l’attaque. Ayant navigué en entrainement entre les îles de Lanzarote, Fuerteventura et Gran Canaria pendant des semaines, ils connaissent les pièges de l’archipel sur le bout des doigts et n’espèrent qu’un faux pas de leur adversaire pour sortir leur botte secrète. Autre bateau réglé comme un métronome, GAES Centros Auditivos reprend régulièrement des milles aux concurrents qui le précèdent. Le seul tandem féminin de la course n’en finit pas d’aligner les meilleures performances de la flotte en vingt-quatre heures et selon les augures, il se pourrait bien que leur chevauchée ne trouve pas de frein avant le Pot au Noir.

C’est un tout autre manège qui attend Alex Pella et Pepe Ribes d’une part, Ryan Breymaier et Boris Herrmann de l’autre. Les deux équipages ont beau faire, ils n’arrivent pas à s’extirper de l’influence du front ondulant qui circule aux alentours du 15ème Sud. Grains, variations du vent sur 180°, changements de voiles en série, réglages permanents, les marins n’arrivent pas à gagner les quelques milles qui leur permettraient de se soustraire à ce succédané de Pot au Noir, décidément très éprouvant. Le visage et la voix de Ryan Breymaier, à la vacation de ce matin, trahissait bien cette lassitude. Mais à l’inverse des attractions d’un quelconque Luna Park, ici pas question de descendre à l’issue du premier tour de manège…

Fermer la porte du grand sud derrière soi

Dans le grand sud, les derniers concurrents encore sous les hautes latitudes s’empressent de pouvoir mettre du nord dans leur route. Ici, c’est l’automne qui commence et dans cet hémisphère baigné par les eaux de l’Indien et du Pacifique sud, les changements climatiques sont brutaux et rapides. En ajoutant à cela que les nuits deviennent plus longues que les jours, on comprend que tous veuillent maintenant en sortir au plus vite. Forum Maritim Catala n’était plus, au classement de 16h, qu’à cent milles des Malouines alors qu’Hugo Boss qui avait annoncé son intention de partir dans l’après-midi était toujours à quai. En queue de peloton, We Are Water s’apprêtait à faire le dos rond avant sa dernière tempête avant le Horn et la délivrance à venir derrière. A 3700 milles plus au nord, le printemps a déjà commencé. Raison de plus d’éviter les courants d’air.

Classement du 21 mars à 15 heures (TU+1) :

1 VIRBAC-PAPREC 3 à 2563,1 milles de l’arrivée

2 MAPFRE à 192,2 milles du leader

3 RENAULT Z.E à 874,2 milles

4 ESTRELLA DAMM Sailing Team à 1124,4 milles

5 NEUTROGENA à 1150 milles

6 GAES CENTROS AUDITIVOS à 1977,7 milles

7 HUGO BOSS à 3904,4 milles

8 FORUM MARITIM CATALA à 4015,4 milles

9 WE ARE WATER à 5815,4 milles

10 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 8987,2 milles

ABN FONCIA

ABN PRESIDENT

ABN GROUPE BEL

ABN MIRABAUD

Ils ont dit :

Iker Martinez, MAPFRE : « Nous avons passé la zone de calmes du Pot au Noir et nous sommes maintenant plus tranquilles. Nous sommes au près, avec un bon vent et nous espérons que l’écart avec Virbac-Paprec 3 ne grandisse pas pour l’instant. Il ne reste pas beaucoup d’opportunités pour remporter la Barcelona World Race… C’est compliqué. Pour l’heure c’est important de ne pas perdre plus de distance. D’après les prévisions météo, il n’y a pas beaucoup d’opportunités pour attaquer. Il va falloir être patient, aller vite. Si il y a une opportunité dans les Canaries nous la saisirons. C’est une zone que l’on connaît très bien pour s’y être beaucoup entrainés. Physiquement, tout va bien. Les trois campagnes olympiques nous ont vraiment aidés à garder la forme. Ce qui risque de nous manquer, c’est de la nourriture et du gazole. Mais en Espagne, on dit que quand on a faim, on devient plus intelligent. »

Ryan Breymaier, Neutrogena: « Durant la nuit, nous avons subi des grains de grêle sans vent. Actuellement, les vents reviennent un peu mais de l’ouest. Nous n’allons pas vite, mais nous continuons vers le Nord.

J’imagine que nous allons avoir des problèmes au Pot au Noir comme tout le monde. J’aimerais bien que les autres restent dans la pétole et que nous nous continuions, mais ce n’est pas toujours comme ça que les choses se passent. Je n’ai pas bien regardé les prévisions au Nord de l’Équateur. J’espère que nous aurons du vent, peu importe la direction. »

Dee Caffari, GAES Centros Auditivos, en direct avec l’équipe de direction de GAES: « Nous essayons de faire un bon travail pour vous et que ce soit agréable à suivre. Merci à vous de nous avoir permis d’être ici. C’est important que tout le monde prenne plaisir.

Pour l’arrivée je pense que cela va être grandiose. Avoir un sponsor espagnol local et d’avoir une équipière espagnole locale à bord, ça fait une grosse différence. Je pense qu’Anna ne mesure pas complètement l’ampleur de l’arrivée. Je pense que cela va être impressionnant et qu’elle va être un petit peu secouée par tout cela.»