Une étape au sprint

La plus grande part des solitaires a maintenant rallié le port d’Horta. Avec comme le veut l’usage, le lot de navigateurs satisfaits, ceux qui tirent un bilan mi-chèvre mi-chou, et ceux qui, forcément, sont déçus de leur course. Premier bilan d’une étape qui, si elle fut avalée à grande vitesse, a néanmoins provoqué des écarts qui provoquent un premier tri au sein de la flotte.

 

Entre ceux qui peuvent prétendre encore à la victoire finale, ceux qui veulent se battre pour un podium et ceux qui reportent tous leurs espoirs sur une deuxième étape, les motivations ne sont pas forcément les mêmes dans la perspective de la deuxième étape. Pour l’heure, les solitaires profitent de l’accueil des Açoriens, exceptionnel comme toujours, passent des heures à refaire le match autour d’un verre… Objectif premier pour tous : combler le déficit de sommeil avant de profiter des îles.

 

Prototypes : duel franco-allemand ou match à quatre ?

Joërg Riechers (mare.de) et Bertrand Delesne (Prati’Buches) ont un avantage certain sur leurs deux poursuivants Sébastien Rogues (Eole génération GDF Suez) et Andrea Caracci (Speedy Maltese) qui pointent tous les deux à plus de trois heures du leader. Mais on sait ce qu’il en est des courses océaniques : le retour, s’il est toujours marqué par la présence de l’anticyclone au dessus des Açores, peut opérer une dispersion de la flotte. Le vent de nord-est peut inciter les uns comme les autres à choisir des stratégies divergentes entre monter au nord pour tenter d’accrocher des régimes de vents portants ou composer avec une trajectoire plus proche de la route directe. Attention à la tentation pour les deux leaders de se focaliser sur leur adversaire immédiat et d’oublier qu’un outsider peut encore tirer son épingle du jeu.

Derrière ces quatre concurrents, certains voudront sûrement prouver que leur classement de la première étape n’est qu’un accident de parcours. Nicolas Boidevezi (GDE) et Thomas le Normand (Financière de l’Echiquier) pourraient bien venir jouer les trouble-fêtes et démontrer qu’ils n’ont rien perdu de leur talent. Attention toutefois aux options extrêmes motivées par la tentation de faire un coup.

Enfin, les conditions météorologiques seront déterminantes. Pour peu que la flotte rencontre des vents contraires plutôt puissants, certains bateaux plus anciens pourraient se retrouver à la noce, par rapport à certains prototypes flambants neufs qui risquent de payer le prix d’une chasse au poids qui les condamne à lever le pied dans certain type de mer.

 

Série : match-racing à haut risque

En série, la situation paraît plus simple, Davy Beaudart (Innovea Environnement) et Xavier Macaire (Starter) ayant creusé un écart significatif sur le reste de la flotte. Jean-Marc Allaire (Baker Tilly AG2R La Mondiale) pointe déjà à plus de huit heures des deux premiers. Le risque majeur pour les deux leaders étant de se livrer à une sorte de surenchère, renforcée par la faiblesse de l’écart entre les deux bateaux, moins de trente minutes. Il va falloir, pour chacun, trouver le bon tempo entre le rythme que l’on imprime pour prendre le meilleur sur l’autre et la limite qu’il ne faut pas dépasser sous peine de casser du matériel. Mais on peut imaginer une bagarre intense où comme dans la première étape, les deux concurrents se retrouvent à naviguer à vue. Pour le podium, si l’on considère que trois heures d’écart ne sont pas insurmontables, ils sont encore quatre à pouvoir venir le chiper à Jean-Marc Allaire. Robert Rosenjacobson (NED 602) démontre qu’on peut être le doyen de la flotte et conserver tout son mordant. Jean-Marie Oger (JMO Sailing), Ysbrand Endt (Mediabrein) ou bien encore Hugo Lavayssière (Hervé Sail Design) ont toute légitimité pour croire en leur bonne étoile.

 

En attendant de se plonger dans les fichiers météos, de rentrer à nouveau dans leur bulle, les solitaires vont pouvoir profiter du programme des réjouissances proposé par l’équipe d’Armando Castro, grand ordonnateur de la course aux Açores. Entre visite guidée de l’île de Faial, régate de baleinières et diverses soirées, il se pourrait que l’envie d’en découdre et d’arriver au plus vite aux Sables d’Olonne se mêle de cette nostalgie qui nous prend quand on quitte, pour un trop long temps, des amis précieux.

 

 

Histoires de solitaires :

Jérôme Lacuna (I feel good) : « J’ai accumulé les galères. Dès le départ, je ne pouvais pas utiliser le pilote en mode vent. Ensuite, j’ai fissuré mon mât. Il faut que je trouve de quoi le manchonner pour le retour. Et comme c’était avant tout une course de vitesse, j’ai payé ma préparation tardive. Pourvu qu’au retour, on ait du jeu avec des passages de fronts, des bascules. »

 

Jean-Marc Allaire (Baker Tilly AG2R La Mondiale) : « Je ne pensais pas qu’entendre la voix de Denis Hugues (le directeur de course) à la vacation me ferait aussi plaisir chaque jour. J’ai eu du mal à me mettre dans le match ; j’ai dû résoudre des problèmes de connexions de mes pilotes. Du coup, il a fallu plus de deux jours avant que je trouve mon rythme. »

 

Nicolas Boidevezi (GDE) : « Après le golfe de Gascogne, je dormais dans mon bateau, quand tout à coup j’ai entendu quelqu’un qui sifflait comme un fou. J’ai d’abord cru que je rêvais, je suis sorti et j’ai vu Andrea (Caracci) qui était bord à bord avec moi, toutes voiles choquées. Il n’avait vu personne sur le pont  et voulait savoir si j’étais à bord… Je suis sorti, j’ai fait signe de la main, il a abordé ses voiles et hop ! Il a filé…»

 

Pascal Chombart de Lauwe (Xanlite) : « Je suis vraiment tellement heureux d’être ici. Pour moi, c’est une petite victoire sur moi-même. Je reconnais, j’étais tendu au départ. Je me demandais comment j’allais réagir pendant huit jours seul en mer. Et puis, tu trouves ton rythme et plus le temps passe,  plus c’est du bonheur. Il aurait fallu faire huit jours de plus, ce n’était plus un problème. »