Une première étape riche d’enseignements

Ils sont enfin arrivés à Nice. Partis d’Istanbul samedi dernier, les six concurrents engagés sur cette première &# 233;tape du Tour de l’Europe n’imaginaient sûrement pas à quel point,ce parcours entre mers Egée, Ionienne et Tyrrhénienne serait aussi exigeant et semé de chausse-trappes. Il reste que cette étape a confirmé certaines tendances pressenties par l’IMOCA quand la course n’était encore qu’un projet.

Premier enseignement qu’il faut saluer à sa juste mesure : pour la première fois, les navigateurs français subissent la loi d’un équipage étranger dans une course de 60 pieds IMOCA. Ce que n’avait pas réussi l’armada britannique lors des précédents épreuves océaniques, l’équipage de Guillermo Altadill (1876) l’a fait. Et de la plus belle manière quand on laisse dans son sillage un Michel Desjoyeaux (Foncia), double vainqueur du Vendée Globe, un Kito de Pavant (Groupe Bel) particulièrement affûté ou un Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), vainqueur de la derni ère Barcelona World Race. Si l’internationalisation de l’IMOCA est déjà une réalité, la victoire de l’équipage espagnol est une sacrément bonne nouvelle pour l’avenir de la classe. Gageons que la deuxième étape qui mènera la flotte de Nice à Barcelone décuplera les envies de récidive de Guillermo et ses complices.

Deuxième constatation : la faiblesse des écarts entre les bateaux de tête prouve à quel point le plateau est homogène et combien les performances des uns et des autres semblent proches. Seuls deux bateaux n’ont pas pu se mêler à cette confrontation. Veolia Environnement et DCNS, les filières du talent, englués dans des calmes au passage des îles de la mer Egée ont vu se refermer devant eux toutes les portes que la météo avait ouvertes au quatuor de tête. Au delà de la frustration légitime qui a dû habiter les & #233;quipages de ces deux bateaux, on peut s’attendre à une vive réaction lors du sprint qui mènera la flotte de Nice à Barcelone en passant par les Baléares.

Un heureux mélange des genres

Enfin, l’équipage se révèle particulièrement enrichissant pour l’ensemble des navigants. Pour les skippers, naviguer en course avec l’appui de son équipe technique et sous le regard extérieur de quelques invités de luxe permet d’envisager l’avenir avec un œil légèrement nouveau. C’est l’occasion de valider des options architecturales, des choix de voile. Enfin l’Istanbul Europa Race est aussi l’occasion pour tous les navigateurs de commencer à préparer la dernière échéance de la saison 2009, la Transat Jacques Vabre : à l’exception de François Gabart qui rejoindra Kito de Pavant à Barcelone, sur tous les autres bateaux, les navigateurs ont embarqu 33; dès le départ d’Istanbul celui qui les épaulera en novembre du Havre au Costa Rica. Une preuve de plus que le brassage des compétences et des cultures est générateur d’une richesse évidente.

Au départ d’Istanbul, la flotte des six 60′ IMOCA partait un peu dans l’inconnu : une mer peu familière où les navigateurs viennent rarement tremper l’étrave (tout au moins en course) ; un schéma inédit où la course en équipage permet de préparer les prochaines échéances en double comme en solitaire ; une confrontation des bateaux au maximum de leur potentiel. Cette première étape a déjà amené son lot d’enseignements : la partie orientale de la Méditerranée demande un niveau d’exigence  particulièrement élevé entre les pièges des îles et les petits airs ; le plateau, même s’il est réduit, ne manque pas de qualités ; enfin, savoir composer avec la chaleur, le manque de sommeil, une vigilance indispensable et la fraicheur d’un équipage sont autant de qualités indispensables pour prétendre à la victoire. A ce petit jeu, l’équipage de 1876 a montré qu’il n’avait pas grand-chose à envier aux plus chevronnés des habitués de la classe IMOCA. De bon augure pour l’avenir.

Enfin, l’accueil des concurrents à Nice par Christian Estrosi, Maire de la ville et Ministre de l’Industrie présentait un caractère symbolique fort. Sa présence est aussi l’occasion de rappeler que derrière chaque IMOCA qui navigue, c’est la mobilisation d’une petite PME. Préparateurs, équipes techniques, pool de communication, ne sont qu’une des facettes de la somme de compétences qu’il faut agréger pour monter un projet fiable. Architectes navals, chantiers de haut de gamme, voiliers high-tech sont autant de sous-traitants qu’il faut mobiliser pour aller au bout de l’aventure. En ces temps malaisés pour l’économie européenne, il est bon de savoir que des dynamiques économiques existent

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