Veiller aux grains

Nuit active pour les solitaires de la Route du Rhum – La Banque Postale alors que le premier concurrent a déjà laissé la mi-parcours dans son sillage. A désormais 1 500 milles de l’arrivée à Pointe-à-Pitre, Franck Cammas domine toujours le sujet. Tout juste ralenti par la succession de grains de ces dernières heures, le skipper de Groupama 3 devance Thomas Coville (Sodebo) de 297 milles et Francis Joyon (Idec) de 341 milles. En Multi 50, le leader Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou!) se prépare à ce front avec la plus grande des vigilances. Chez les Imoca en revanche, on profite d’un léger répit après la perturbation. Roland Jourdain (Veolia Environnement) tient toujours la corde de cette régate sur l’Atlantique, devant Jean-Pierre Dick (Paprec – Virbac 3) et Armel Le Cléac’h (Brit Air). Enfin, en Class 40 et en catégorie Rhum, Thomas Ruyant (Destination Dunkerque) et Andrea Mura (Vento Di Sardegna) s’accrochent toujours fermement à leurs fauteuils.

 

  L’agitation nocturne règne sur l’autoroute des Antilles. Ainsi, le leader, Franck Cammas, vient-il d’enchaîner des heures d’une navigation éprouvante à bord de son Groupama 3 : une instabilité dans l’air, des grains occasionnant des manœuvres incessantes et un vigilance de tous les instants… autant dire qu’on a connu ambiance plus festive à bord du maxi-trimaran vert.  Pourtant, si la négociation du front s’est révélée fidèle aux craintes du skipper en termes de « confort » et de sollicitations, elle ne laisse au matin que d’infimes traces sur le classement, Thomas Coville pouvant tout juste compter sur trois milles grappillés pendant la nuit. Sur les traces du premier, la bagarre fait toujours rage entre Francis Joyon (Idec) et Yann Guichard (Gitana 11). Distancé par Cammas, les trois poursuivants restent toujours en attente de la réponse à la fameuse question : qui des nordistes ou des sudistes ? Pour l’heure, le Nord à les faveurs du classement mais pour combien de temps encore? Chez les Multi 50 également, le leader tient en respect son dauphin. Avec 80 milles d’avance sur Yves Le Blévec (Actual), Franck-Yves Escoffier aborde le front avec expérience et lucidité, le triple vainqueur de l’épreuve n’étant pas homme à tenir cette avance pour définitive. A bord de Crêpes Whaou! on anticipe et on se dit déjà que la suite s’annonce autrement plus complexe à gérer. En attendant le nouveau casse-tête, Loïc Fecquet (Maître Jacques) poursuit, doucement mais sûrement, sa jolie course vers Pointe-à-Pitre, à la barre de l’ancien trimaran d’un certain Franck-Yves Escoffier…  

Au contact sur l’Atlantique   En monocoque, plus que jamais on croise le fer et on joue l’engagement. Installé en tête de la flotte depuis mercredi Roland Jourdain tient la forme des grands jours. La page du front est tournée et les 30 à 35 nœuds de vent alternant avec les zones de molles aussi. La journée est au portant et à la glisse, une parenthèse pas si enchantée que ça si l’on en croit la complexité annoncée pour les jours à venir et la négociation imposée des petites dépressions tropicales à l’approche de l’arc antillais. En attendant, le skipper de Veolia Environnement devance désormais Jean-Pierre Dick, dauphin depuis ce matin, et Armel Le Cléac’h. A bord des plus petits monocoques, on se prépare à affronter le fameux front dans quelques heures et on s’arme de la plus grande des vigilances pour essayer de parer à toute éventualité. Thomas Ruyant caracole toujours en tête devant Samuel Manuard (Vecteur Plus) et Jorg Riechers (Mare.de). Avec 18,7 milles d’avance sur le deuxième et 31,4 milles sur le troisième, le skipper de Destination Dunkerque ne s’est pas définitivement envolé mais consolide son avance petit à petit. Enfin, imperturbable, Andrea Mura occupe toujours la première place en catégorie Rhum. Derrière lui, Pierre-Yves Chatelin (Destination Calais) et Charlie Capelle (A’Capella) s’accrochent, au propre comme au figuré, en témoigne leur rencontre la nuit dernière. Au cœur de l’Atlantique la bataille faire rage…    

Ils ont dit   Franck Cammas (Groupama 3)   « La nuit est active car on est rentré dans une zone avec pas mal de grains donc il a fallu manœuvrer en permanence et être disponible pour les écoutes. C’est instable, hier je suis passé dans le front j’ai ramassé beaucoup de pluie dans la figure et ensuite il n’y avait plus de vent, j’ai du renvoyer de la toile. Depuis j’ai beaucoup manœuvré pour rentrer dans une zone plus stable.
Pendant 2 heures je n’avais pas un vent établi et en plus on était au près donc ce n’était pas top. C’était prévu que ce front soit difficile à passer. Mais là on est sorti donc je suis content. Je m’attends à retrouver une zone de portant. Je suis pas sous gennaker, ça à commencer à glisser. On a toujours une mer un peu croisée assez brutale, Groupama 3 passe un peu au-dessus des vagues, avec beaucoup de bruit. Quand la mer sera calmée et le gennaker envoyé ce ne sera pas mal, d’ici le milieu de la journée. Ce n’est pas le bon moment pour se reposer, j’ai essayé mais je me suis fait surprendre par un grain, ca m’a vite réveillé ; je surveille, il ya a beaucoup de nuages noirs, ca m’empêche de dormir ».  

Roland Jourdain (Veolia Environnement) « Oui ca va, ca va mieux, le front est passé, donc voilà une bonne chose de faite. J’ai vu des fronts bien pires mais ce sont toujours des moments de stress. On a fini notre session de sud, puis le vent a molli très rapidement pour tomber, et là on rentre dans le noir ! Le vent tourne régulièrement et dès qu’il rentre. C’est là l’instant de doute, quoi faire ? Comment le faire ? … et quand le vent rentre à 30/35 nœuds, tu commences à faire le sous-marin et la mer rentre dans le bateau, donc tu réduis la toile et tu laisses aller. Il y a eu 1h30 de vent mou un peu compliqué et ensuite c’est revenu, c’était quand même chaud ! Quand tu es recouvert par la mer, tu évites de prendre des risques et c’est vachement bien quand ca passe ! Pour la suite on est bâbord amure pendant un bout de temps. Aujourd’hui ça glissera au portant avec du vent mais il va y avoir des décisions à prendre au final, c’est compliqué ces situations de petites dépressions tropicales, donc maintenant il faut faire de la vitesse mais aussi regarder comment on amorce la dernière partie du parcours. Une dépression tropicale, ça fait du vent fort, elles peuvent être nerveuses, et on peut les prendre du bon ou du mauvais côté. Tout ça perturbe notre système d’alizés, notre autoroute favorite !  »  

Franck Yves Escoffier (Crêpes Whaou!) « J’ai enfin très bien dormi, peut-être 2 heures d’affilée à la bannette avec le pilote ! Ca me permet d’attaquer la deuxième partie de la course en forme ! Le père Yves (Le Blévec) a dû reprendre un peu, j’ai traversé de la molle. J’ai eu quelques manœuvres de changement de voiles, pour attaquer cette dépression. Le front n’est pas très fort et il faut toujours que le bateau soit rangé. C’est un sacré boulot, mon gennaker doit faire 175 m², je suis obligé de taper dessus pour que ca rentre ! Soit les sacs sont trop petits, soit les voiles sont trop grandes ! Dans tous les cas il faut être restauré et reposé. Un bateau n’est jamais fiable ; il suffit de voir Sidney (Gavignet) qui avait un bateau non seulement très élégant mais aussi très fort, avec un marin très bon. Moi demain je peux casser ! Je prépare bien le bateau, j’ai renforcé mon système de lashing. Mais c’est sûr que si j’avais attaqué pendant quelques jour