Vers un étirement de la flotte ?

 

La nuit a été belle pour les seize concurrents toujours en course de la Transat Bénodet ��“ Martinique, les grains ayant laissé la place à un vent relativement stable, à la fois en force et en direction. Pour tous, l’heure est donc plus que jamais à la glisse. Reste que le groupe de tête, toujours emmené par Erwan Tabarly (Nacarat), bénéficie ce jeudi matin, d’un angle légèrement plus favorable et surtout d’un peu plus de pression pour le reste de la flotte. Une flotte qui devrait donc s’étirer au fil des heures qui viennent.

 

« C’est tranquille, ça glisse, le ciel est dégagé : c’est agréable » a résumé Erwan Tabarly, toujours chef de file, ce matin à la vacation. Au portant, poussé par une vingtaine de nœuds d’est nord-est, le skipper de Nacarat poursuit à bonne allure sa progression vers les Antilles, avec, une nouvelle fois, plus de 200 milles parcourus en 24 heures. Idem pour Thomas Rouxel (Bretagne – Crédit Mutuel Performance), Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham), Nicolas Lunven (Generali), Jeanne Grégoire (Banque Populaire) et Romain Attanasio (Savéol). Ce dernier, légèrement décalé au sud, se révèle plus rapide que ses adversaires directs désormais tous alignés sur une même trajectoire ou presque. Plus rapide aussi que la deuxième moitié de la flotte qui fait route vers la Martinique avec à la fois un angle moins favorable et un peu moins de pression dans les voiles. De fait, l’alizé faiblit par le nord, il ne fait donc pas bon d’être au nord du 27°N ce jeudi. « Cela va nous permettre de creuser durablement l’écart. C’est une bonne chose » a commenté Erwan Tabarly cependant bien conscient qu’aux avant-postes, rien n’est joué, bien au contraire. De fait, la course de vitesse se poursuit. Chacun se concentre sur la bonne marche de son bateau, affine ses réglages pour tenter de grappiller quelques longueurs et reste à l’affût de la moindre petite oscillation du vent ou d’un nuage. Chacun est à la recherche du meilleur angle pour une belle glisse sur la route directe. « Il faut être vigilant. Je regarde les classements. J’observe les autres. Cela permet d’avoir de bon repères pour ajuster sa trajectoire au plus juste » a détaillé Nicolas Lunven, exprimant par ailleurs sa déception de ne pas être parvenu à se détacher de Thomas Rouxel avec lequel il navigue bord à bord depuis hier malgré de longues heures passées à la barre cette nuit. « Je crois que le pilote va prendre le relai » se résignait le Vannetais « Dans 20 nœuds de vent, il fonctionne de façon optimale » commentait pour sa part Erwan Tabarly. Autant le laisser travailler et en profiter pour se reposer puis surveiller la suite ». Et pour cause, une dépression – pas très creuse mais assez vaste – s’établit dans le nord des Antilles. Celle-ci va avoir pour effet, dans un premier temps, de forcer l’orientation des vents à l’est sud-est sur la route des solitaires dans la journée de demain ce qui continuera de favoriser la vitesse. Cependant, dans un deuxième temps, elle pourrait engendrer une rupture de l’alizé et donc un coup de mou. Voilà donc un week-end bien indécis en perspective.

Ils ont dit :

Erwan Tabarly (Nacarat) : « La nuit a été plutôt agréable sans grain. C’est tranquille ça glisse, le ciel est dégagé, c’est agréable. Les bateaux vont tous à la même vitesse à peu près. Le vent est plutôt stable, c’est une bonne chose. Jusqu’ici, je me focalisais sur les bateaux autour de moi mais le fait est qu’on va creuser durablement sur ceux derrière car on a plus de pression. Devant, c’est agréable que les bateaux soient regroupés. Je suis sûrement plus relâché aujourd’hui que pendant les 2 /3 jours de coupe de vent où j’étais au taquet ou plus speed. J’ai tout donné à ce moment-là. Maintenant je me repose bien. La nuit je ne barre quasiment pas. Je me réveille régulièrement pour voir si le vent n’a pas basculé, si les voiles sont bien. Je recharge les batteries, j’essaie d’avoir les idées claires pour les derniers jours. Pour faire une bonne analyse des choses. On a encore du vent jusqu’à l’arrivée mais on risque d’avoir un passage délicat. On devrait avoir une transition avec de la molle et ça va bloquer l’ouest. On va tous passer au plus près, j’espère sans tomber dedans. Ca va être délicat c’est sûr car c’est pénible de naviguer dans peu de vent surtout qu’il a toujours de la mer. Si la bulle est sur notre route il faudra faire avec. »

Nicolas Lunven (Generali) : « Je me suis acharné toute la nuit à barrer mais je n’arrive pas à aller plus vite que Thomas Rouxel ! Mais je vais y arriver, je vais trouver une solution ! Hier toute la journée on était bord à bord. Les conditions sont très agréables, j’ai une vingtaine de nœuds de vent. Le bateau glisse bien, on est au portant. Je suis avec ma petite veste, il fait bon. Il y a un petit nuage qui est passé, mais rien de bien grave. La lune éclaire bien la mer, on voit les étoiles, les conditions sont idylliques ! Ca va durer un moment ce genres de conditions. Peut-être pas jusqu’à l’arrivée, mais on n’aura pas de changement majeur je pense. Si on arrive à creuser l’écart c’est toujours bien, mais il ne suffit pas d’appuyer sur le bouton ! Romain (Attanasio) est très rapide, je suis vigilant car l’alizé est un vent pas très bien modélisé par les fichiers météo. Parfois des changements ne sont pas prévus. On peut avoir de petites surprises. Je regarde les classements avec attention. »