Excès de vitesse

Entre 506 et 516 milles (937 et 956 kms) en 24 heures : Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron ont mis la barre très haut la nuit dernière en cravachant à plus de 21 nœuds de moyenne pour recoller au tableau arrière de Foncia. Le leader commence d’ailleurs à ralentir en voyant le front froid s’échapper sur les Quarantièmes Rugissants. Et pendant ce temps, le peloton est une nouvelle fois ralenti au milieu de l’Atlantique Sud…

Il faudra attendre quelques jours avant que le nouveau record de distance parcourue en 24 heures par un 60’ Imoca soit validé par le WSSRC, mais il est d’ors et déjà acquis que le précédent détenteur (Hugo Boss en 2007 avec 501,3 milles) a été battu par Virbac-Paprec 3. Pour atteindre de telles vitesses, soit plus de 21 nœuds de moyenne, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron ont dû porter la grand voile à un ris et le solent travers au vent apparent (120° réel) avec une mer bien organisée (deux à trois mètres de creux) et un vent de Nord-Ouest entre 25 et 35 nœuds. Ce qui expliquerait que Michel Desjoyeaux et François Gabart, naviguant dans les mêmes conditions mais probablement avec la trinquette au lieu du génois, perdaient une quinzaine de milles dans la nuit… De toute façon, les deux duos ont fait le break et à ce rythme, ils vont carrément s’échapper avec un système météorologique d’avance !

Nouvelle barrière anticyclonique
Mais comme le front froid était ce samedi midi en train de dépasser les deux voiliers leaders, le vent va très brutalement tourner au Sud-Ouest puis au Sud en mollissant franchement à une dizaine de nœuds. Le ralentissement va être sensible, mais pas suffisant pour que le peloton, une nouvelle fois enferré dans une zone de vents faibles et irréguliers, puisse récupérer une partie de cet écart qui devient « phénoménal » ! Estrella Damm est en effet près de 400 milles plus éloigné de l’île Gough que Foncia qui devrait la contourner dimanche en milieu de journée. Et comme Michel Desjoyeaux et François Gabart pourront empanner dans une brise revenue au secteur Ouest, le bateau arc-en-ciel va aller chercher la pression plus au Sud. Et du vent, il y en a sous le 40° Sud et bien peu au-dessus… Car une très grosse tempête s’est formée sur les Cinquantièmes Hurlants et va générer des brises supérieures à 30 nœuds de secteur Ouest après le week-end, au large de l’île Gough. Seuls les deux premiers vont pouvoir en bénéficier…

Car MAPFRE est déjà en retard par rapport à ce timing serré : Iker Martinez et Xabi Fernandez concèdent plus de 350 milles et ne pourront pas éviter autant que leurs prédécesseurs la molle de Gough. Le voilier espagnol va perdre encore pas mal de milles dans l’affaire ! Moins tout de même que le peloton qui lui, aura à traverser une dorsale peu coopérative : progressant déjà à peine à douze nœuds voire moins, les six « centristes » vont mettre beaucoup de temps et d’énergie à sortir de ce bourbier atmosphérique. Le bilan s’annonce extrêmement lourd à l’orée du cap de Bonne-Espérance car ce sont pratiquement deux jours de retard minimum qui sanctionneront ces bateaux (Estrella Damm, Groupe Bel, Mirabaud, Renault ZE, Neutrogena, Gaes Centros Auditivos), et probablement trois à quatre jours pour les trois suivants (Central Lechera Asturiana, Hugo Boss, We are Water), voire une semaine pour Forum Maritim Catala qui, par sa position encore plus à l’Ouest, va souffrir énormément et très longtemps de ces calmes réapparus de nulle part !

Une porte à fixer
Toutefois, un paramètre pourrait pondérer les possibilités de Foncia et de Virbac-Paprec 3 de frapper aussi fort sur l’ancienne tête de la course : la première porte des glaces est placée dans les Instructions de Course par 42°S entre le 1°E et le 11°E, mais les textes précisent que pour des raisons de sécurité, liées en particulier à la présence de glaces dérivantes, la position peut être modifiée avant que le premier bateau ne franchisse la marque de parcours ou la porte des glaces précédente. La Direction de Course devrait donc déplacer cette ligne de sécurité car la concentration d’icebergs venus de la mer de Weddell est très importante sous le 44°S et quelques glaces sont même au-dessus de cette latitude sur la route possible des concurrents de la Barcelona World Race…

La décision de fixer la première porte des glaces sera prise avant dimanche midi en fonction des dernières données collectées par les satellites sur le déplacement des icebergs (de plus de 150 mètres de long pour être repérables). En effet, ce ne sont pas tant les glaces importantes qui posent problème puisqu’elles peuvent aussi être identifiées par les radars à bords des voiliers, mais plutôt les petits blocs qui s’en sont détachés (growlers) et qui restent invisibles malgré leur masse de plusieurs tonnes ! N’oublions pas que les neuf dixièmes du volume d’un iceberg sont immergés et qu’une masse de dix mètres de diamètre et d’un mètre de hauteur au-dessus de l’eau représente plus de cent tonnes…

En fonction de la position de cette porte, la trajectoire des deux leaders va être modifiée : si elle reste sur le 42°S, Foncia et Virbac-Paprec 3 vont être tentés de raccourcir leur route en descendant jusqu’au 44°S où il y a plus de pression ; si elle est remontée sur le 40° soit à la même latitude que l’île Gough, la voie optimale sera nettement plus au Nord et donc aussi moins rapide. Les écarts avec le peloton qui lui aussi pourra incurver plus au moins sa voie vers la première porte des glaces, vont en dépendre pour les jours à venir…

Classement du 22 janvier à 15 heures :
1             
FONCIA à 19 584 milles de l’arrivée
2              VIRBAC-PAPREC 3 à 20 milles du leader
3              MAPFRE à 357 milles
4              ESTRELLA DAMM Sailing Team à 392 milles
5              GROUPE BEL à 398 milles
6              MIRABAUD à 461 milles
7              RENAULT Z.E à 474 milles
8              NEUTROGENA à 484 milles
9              GAES CENTROS AUDITIVOS à 548 milles
10            HUGO BOSS à 667 milles
11            CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 672 milles
12            WE ARE WATER à 748 milles
13            FORUM MARITIM CATALA à 879 milles
ABN         PRESIDENT

Ils ont dit :
Jean-Pierre Dick, Virbac-Paprec 3 :
« C’est une belle performance, non ? Virbac-Paprec 3 va vite depuis deux jours. Le vent et la mer sont bien orientés pour cela. Loïck est juste est train de se réveiller. Eh ! Loïck, on vient de battre le record des 24h ! C’est super (rires) ! Nous allons encore aller vite les cinq prochaines heures, on va peut-être encore l’améliorer. Nous sommes prêts dans notre tête pour les 40e Rugissants mais, là, nous étions sous pression depuis 48h : nous n’avons pas eu le temps de préparer le bateau. Avec les conditions plus clémentes qui arrivent, nous allons tout inspecter. Le plus important, c’est de rester en course, de ne rien casser, de rester au contact avec la tête de la flotte. Il ne faut pas lâcher Foncia ! Le Virbac-Paprec 3 est taillé pour ça… Il est vraiment phénoménal ! »

Loïck Peyron, Virbac-Paprec 3 : « Ces dernières 24h, le vent n’a pas arrêté de changer : nous avons tourné avec lui et nous avons gardé un angle constant avec le vent. Apparemment nous allons relativement vite depuis 24h : Jean-Pierre a fait des calculs savants et nous arrivons à 516 milles en 24h donc ça glisse bien et cela montre que nous arrivons à nous débrouiller et que ce beau navire a du potentiel ! Après, ça va ralentir car le bateau à voile est ainsi fait, il est évidemment tributaire du vent. Et le vent va forcément se calmer car ce front qui nous propulse en ce moment va finir par nous dépasser. On commence à voir les grands oiseaux des mers du Sud. J’aime bien ça ! Il va y avoir une petite bagarre avec nos amis Mich’ et l’ami Gabart près de l’île Gough»

Dominique Wavre, MIrabaud : « Les anticyclones jouent à cache-cache avec nous et pour l’instant, c’est nous qui perdons ! Le vent est assez instable, la mer est relativement calme avec une petite houle de face qui rééquilibre un peu le bateau : nous avançons à 10/12 nœuds. Renault Z.E et Neutrogena sont positionnés derrière nous où il y a plus de vent que devant. Il y a un effet accordéon car ceux de derrière se rapprochent : la situation est délicate à négocier et elle le sera encore jusqu’à ce que nous soyons sortis de cet anticyclone de Sainte-Hélène. Pour le moment, nous gérons la situation au jour le jour, car c’est difficile de faire des stratégies à long terme. La seule chose sûre, c’est que le bateau va bien et que l’équipage est en pleine forme. A partir de ce soir, ça va être difficile et c’est seulement dans deux ou trois jours que nous allons retrouver du vent régulier. »

Liste des 14 équipages engagés
Central Lechera Asturiana
: Juan Merediz (ESP) – Fran Palacio (ESP)
Mapfre : Iker Martínez (ESP) – Xabi Fernández(ESP)
Estrella Damm Sailing Team: Alex Pella (ESP) – Pepe Ribes (ESP)
Foncia: Michel Desjoyeaux (FRA) – François Gabart (FRA)
Fòrum Marítim Català: Gerard Marín (ESP) – Ludovic Aglaor (FRA)
GAES Centros Auditivos: Dee Caffari (GBR) – Anna Corbella (ESP)
Groupe Bel: Kito De Pavant (FRA) – Sébastien Audigane (FRA)
Hugo Boss: Andrew Meiklejohn (NZL) – Wouter Verbraak (NED)
Mirabaud : Dominique Wavre* (SUI) – Michèle Paret* (FRA)
Neutrogena: Boris Herrmann (GER) – Ryan Breymaier (USA)
Président :Jean Le Cam (FRA) – Bruno García (ESP)
Renault :Pachi Rivero* (ESP) – Antonio Piris (ESP)
Virbac-Paprec 3: Jean-Pierre Dick* (FRA) – Loïck Peyron (FRA)
We Are Water :Jaume Mumbrú (ESP) – Cali Sanmartí (ESP)
* deuxième participation