Voiles de Saint-Tropez

C’est un bateau aux couleurs de la Suisse qui a fait l’événement pendant la 11e édition des Voiles de Saint-Tropez, du 26 septembre au 4 octobre. Mariska, le 15 M JI de 1908, tout juste sorti de restauration*, amarré chaque jour à l’une des plus belles places à quai, dans le joli port de la côte varoise, a fait l’admiration des clients installés à la célèbre terrasse du café Sénéquier. Pour Christian Niels, un constructeur immobilier de 55 ans, propriétaire du bateau depuis 2006, la participation de Mariska aux Voiles de Saint-Tropez est l’aboutissement d’un rêve : « C’est en voyant Tuiga régater dans ce qui s’appelait alors la Nioulargue, il y a une quinzaine d’années, ici même à Saint-Tropez, qu’est née ma passion pour la voile classique. Je m’étais alors dit que si on veut le plus beau bateau du monde, c’est forcément un voilier comme Tuiga et, aujourd’hui, Mariska. » Comme une grande partie des 123 voiliers de tradition présents cette année à Saint-Tropez, Mariska vient à peine de participer aux Régates royales de Cannes et à la Classic week de Monaco. C’est même dans la Principauté, en hommage à Tuiga, que Mariska a été remis offi ciellement à l’eau après deux ans passés aux chantiers des Charpentiers réunis de la Ciotat, à quelques encablures de la presqu’île rendue célèbre par Brigitte Bardot. « J’ai trouvé en France une qualité d’artisanat exceptionnelle, se félicite Christian Niels. Et j’avais à cœur de commencer à faire naviguer le bateau dans la région qui l’a vu renaître. »

3 500 équipiers venus du monde entier
Mais les Voiles de Saint-Tropez ne sont pas seulement un rendez-vous des amoureux de vieux gréements. Pendant une semaine, avec les 150 voiliers modernes, ce sont quelque 300 bateaux qui se sont confrontent dans la magnifique baie, au pied du massif des Maures. Faute de place, moins de la moitié trouve un abri au pied de la statue du Bailli de Suffren. Les autres sont au mouillage dans la rade ou à quai, aux Marines de Cogolin. A l’occasion des Voiles, les quais de Saint-Tropez affi chent d’ailleurs, pendant une semaine, un visage bien différent de celui qu’on lui connait l’été avec ses gigantesques yachts à moteur. Les derniers jours du mois de septembre, des bateaux construits parfois il y a bien plus d’un siècle côtoient les voiliers les plus modernes du moment. Les futuristes Wally attisent ainsi la curiosité des badauds, avec leurs batteries d’écrans d’ordinateurs fl uorescents. Mais pour Christian Niels, comme pour les 3 500 équipiers présents cette année, les Voiles de Saint-Tropez sont avant tout une compétition : « Tous les propriétaires comme moi investissent autant dans la mise au point que dans l’équipage pour que le nom de leur bateau soit à l’honneur. »

Des nuits trop courtes…
La Suisse a été cette année largement représentée. Julien Haarman et Roman Brunisholz ont ainsi trouvé un embarquement sur Imagine, un IMX 45, dont le port d’attache est Saint-Tropez. Ils s’amusent d’être traités de « petits Suisses » puisque « c’est gentiment dit avec l’accent de Pagnol ». Julien participe pour la 5e fois aux Voiles, tout en se qualifiant de « voileux du dimanche ». Adepte du dériveur sur le Léman, il a embarqué pour la première fois à Saint-Tropez pour boucler les 1 000 milles du permis hauturier. « J’ai alors découvert le vrai Saint-Tropez, celui de la Société nautique, avec ses régates de haut niveau tout au long de l’année. Et la semaine des Voiles est un mélange formidable de compétitions acharnées et de fêtes. » Les nuits des marins sont souvent courtes après les animations offi cielles : sardinade sur la jetée, concours d’équipages à la Ponche, tournoi de jeu de boules place des Lices… Pour Roman, formé par le Centre d’entraînement à la régate de Genève sur le Luthi 34 Perchette, cette première participation aux Voiles est « une gigantesque claque ». « Je vois ici tous les bateaux de légende dont je rêve depuis toujours, comme tous les Pen Duick d’Eric Tabarly. Et je participe à des régates de très haut niveau où tout le monde veut finir en beauté la saison. » Roman n’en revient toujours pas d’avoir pris un café sur le Vieux port à côté de Peter Holmberg, le barreur américain d’Alinghi pendant la 32e America’s Cup, venu aux commandes de Sojana, un Farr 115 de 35 mètres.

«L’un des derniers grands rassemblements en Méditerranée»
Plus habitué à ce beau monde, Jean-Luc Lévéque constate cette année que les modernes s’avèrent plus sensibles à la crise que les classiques, et que les étrangers se sont moins déplacés que d’habitude : « Les GP42 étaient absents, les TP peu nombreux, les grands racers ont brillé par leur absence. Du coup, notre Sly 53 s’est retrouvé dans la même catégorie que certains bateaux modernes de 100 pieds. Par contre les Toffinou sont venus en masse, je n’ai pas vu beaucoup d’autres voiliers descendus depuis la façade atlantique. » Directeur de la voilerie Europ’Sails, le Genevois met la priorité sur la navigation avec ses clients, et apprécie « l’un des derniers grands rassemblements en Méditerranée, avec la Rolex ». « L’année prochaine, nous y naviguerons sur Taifun, le 8m JI aurique de Thierry Plojoux, actuellement en rénovation à Corsier Port. » Jean-Marie L’Huillier, propriétaire depuis 3 ans du splendide Oiseau de feu, un cotre marconi de 21 mètres, construit en 1937 et restauré en 1990, apprécie l’intensité des régates. Mais il ne digère pas d’avoir dû laisser la première place de sa catégorie à Rowdy, « un bateau qui ne peut pas accueillir confortablement, comme nous huit clients qui se joignent aux cinq membres de l’équipage. » Comme son ami Bernard Divorne, créateur, en 1976, de la Régate des Vieux bateaux à la Tour-de-Peilz, il estime qu’ « il n’y a pas beaucoup de sites aussi beaux que la région de Saint-Tropez pour naviguer ». Certes, ils préfèreraient tous les deux qu’une semaine entière soit consacrée aux seuls voiliers de tradition, mais ils n’ont qu’une idée en tête : revenir l’année prochaine.

* voir l’article « Quand les classiques transcendent les générations » du Skippers n°33 ou dans la rubrique Chantiers & salons de www.skippers.tv