Yves Carcelle

L’an passé, après la victoire d’Alinghi, les rumeurs allaient bon train sur le maintien de la présence ou pas de Louis Vuitton lors de la prochaine Coupe. Quel fut le principal moteur de votre motivation pour renouveler votre partenariat et qui étaient vos plus fervents supporters durant la phase de négociation ?
Nous avons accueilli la victoire Suisse avec enthousiasme. La Coupe allait enfin revenir en Europe après 150 ans ! Nous avons rapidement repris les discussions avec ACM, commencées avant même la victoire d’Alinghi en finale. Nous l’avons fait dans la discrétion mais aussi avec détermination. Ce silence a sans doute suscité des rumeurs. Nous étions décidés à poursuivre notre collaboration avec l’America’s Cup qui, après 20 ans, fait partie du patrimoine de notre maison.

Les collaborateurs de Louis Vuitton ont été nos plus actifs supporters, mais je crois aussi qu’ACM n’était pas fâché de pouvoir s’appuyer sur l’expérience de nos équipes.

Le rôle d’organisateur, et non pas simplement de sponsor, a toujours beaucoup compté pour Louis Vuitton, qu’en est-il aujourd’hui ?
Depuis 1983 nous étions «co-organisateur» de la Louis Vuitton Cup et responsable de la communication et du centre de presse de l’ensemble de l’événement.

La victoire suisse a changé la donne.

ACM a de grandes ambitions pour la Coupe et veut développer l’événement de façon spectaculaire. Il faut s’en réjouir. Notre rôle sur le plan de l’organisation est différent et notre visibilité dans la Coupe sera encore beaucoup plus importante.

Nous aurons cette fois-ci un rôle de collaboration auprès d’ACM dans de nombreux domaines qui nous sont chers.

Louis Vuitton était le chronométreur officiel de la Louis Vuitton Cup, mais sera dorénavant celui de l’America’s Cup aussi, pourquoi était-ce important?
Le «Timing» de l’épreuve donne une grande visibilité télévision qui a été déterminante dans le lancement de notre activité montres lors de la dernière Louis Vuitton Cup.

En terme de produits, des nouveautés sont elles prévues dans le prolongement de cet engagement ?
Nous y pensons, rendez-vous à l’automne.

Disposez vous de moyens pour accompagner la création de nouveau défis, dont le nombre jusqu’à présent peu élevé font craindre le pire à certains observateurs ?
Voilà un domaine où Louis Vuitton peut apporter un soutien à ACM. Au Japon, par exemple, nous avons dans le passé aidé à la mise en place d’une équipe japonaise, non par son financement, mais grâce à notre connaissance du pays. Nous allons, auprès d’ACM, tenter de susciter un nouveau challenger japonais pour la prochaine Coupe et je suis convaincu qu’une dizaine d’équipes au total seront au départ de la Louis Vuitton Cup 2007.

Face à la puissance d’Alinghi et d’Oracle, quelles seront les conditions d’un véritable suspense pendant la Louis Vuitton Cup ?
Oracle BMW et Alinghi ont certes pris un peu d’avance par rapport aux nouveaux venus mais la Coupe est encore loin et il est probable que le retard – si retard il y a et je ne suis pas un spécialiste – pourra être comblé. La situation serait bien différente si la Coupe avait lieu dans 18 mois !

Le contrat avec AC Management prévoit il un apport financier en rapport avec le nombre de challengers participant finalement à la Coupe ?
Je ne peux pas dévoiler les termes de notre partenariat mais vous comprendrez que la Coupe n’aurait pas la même valeur, et le même impact, si l’idée était de revenir aux duels purs et durs qui ont marqué 120 ans de son histoire. La coupe 2007 ne sera pas un duel Alinghi/Oracle BMW mais regroupera, je l’ai dit, bien d’autres équipes aux chances intactes.

Le choix de Valence en tant que ville organisatrice apporte-t-il un plus à Louis Vuitton d’un point de vue commercial ?
Valence était, avec Marseille, notre souhait même si l’essentiel, encore une fois, était le retour de la Coupe en Europe.

L’Espagne est jeune, dynamique, passionné par la voile dans le sillage de SAR Juan Carlos et la Coupe y sera bien.

Par rapport à d’autres pays européens, l’Espagne offre un grand potentiel à Louis Vuitton. Nous allons certainement bénéficier localement d’une visibilité accrue qui va nous aider à progresser plus rapidement.

La Louis Vuitton Cup se trouve aujourd’hui à Genève, avez-vous senti un impact sur les performances de Louis Vuitton en Suisse ?
Louis Vuitton a connu en 2003 une croissance soutenue de ses ventes en Suisse. Cette évolution se prolonge d’ailleurs au premier trimestre 2004. Nous avons décidé de relocaliser et d’agrandir le magasin de Zürich, nous ouvrirons un magasin à Lugano fin mars et nous envisageons aussi d’ouvrir un magasin à Gstaad en décembre. Si ce dynamisme résulte d’abord d’un certain nombre de facteurs internes à l’entreprise, nous avons également pu constater dans nos magasins que la victoire d’Alinghi avait redonné une grande confiance et fierté à tous les Suisses. Comme d’autres, nous profitons certainement d’un “effet Alinghi”.

Vous-même, avez vous le temps de naviguer, dans quelles circonstances ?
Je ne suis qu’un amateur, mais je loue un voilier pratiquement tous les étés pour naviguer avec famille et amis.