360 milles d’avance sur le temps de référence

Par 52° Sud et 172° Est, Groupama 3 était positionné pratiquement à l’opposé du point d’arrivée à Ouessant ! Avec 360 milles d’avance sur le temps de référence ce jeudi midi, soit une bonne demi-journée, Franck Cammas et ses hommes taillent la route dans des conditions presque idéales au Sud de la Nouvelle-Zélande.

En fait, ce n’est pas tout à fait le phare de Créac’h qui correspond au point opposé du globe où se situaient Franck Cammas et ses hommes ce jeudi midi, mais plutôt Dublin… Car le vent de secteur Sud-Ouest à Ouest de 25 à 30 noeuds qui souffle au large de l’île Campbell, à 350 milles au Sud de la Nouvelle-Zélande, a permis au trimaran géant de gagner dans le Sud-Est, ce qui est particulièrement positif en terme de gain au but : plus le bateau navigue dans le Sud, plus sa distance à parcourir vers le cap Horn est courte. C’est le principe de la « mer est ronde » (Deniau) : non seulement Groupama 3 grappille des milles sur Orange 2 depuis les îles Crozet, mais en plus il a moins de chemin à effectuer pour aller jusqu’au troisième cap du Trophée Jules Verne !

« La lune est apparue depuis deux nuits : il y a une belle clarté qui nous facilite le contrôle à la barre et les manoeuvres s’il y en a à faire. En plus, nous sommes passés derrière un front : il y a de belles trouées dans le ciel avec des étoiles. Et là, nous sommes passés à moins de trois milles de l’île d’Auckland, la première terre que nous avons vue depuis le départ de Ouessant… C’était sympa : une île très sauvage, aucun humain, des cascades d’eau qui dégoulinaient dans la mer ! C’est le bout du monde, perdu dans l’océan Pacifique… » déclarait Franck Cammas à la visio conférence de 12h30 avec le PC Course parisien de Groupama en présence de Maïtena Biraben.

L’antiméridien demain

Toujours en arrière d’une dépression qui circule sur le 60° Sud, Groupama 3 bénéficie d’une brise un peu irrégulière en force et en direction, mais sur une mer qui ondule de plus en plus harmonieusement : les vitesses de trente noeuds ne sont donc pas difficiles à tenir, ni le bateau ni l’équipage ne souffrent. Et ces « bons » milles gagnés sont encore au programme pour les prochains jours : un front est en train de rattraper le trimaran géant, ce qui apportera une bascule de la brise au secteur Nord-Ouest, une rotation extrêmement favorable pour glisser vers le cap Horn. Un rocher pelé et sinistre que les routages annoncent pour la fin de semaine prochaine… La libération, la sortie, la fin, la borne qui marque l’extrémité des mers du Sud sur un tour du monde.

« Jeudi, nous ne serons pas loin du cap Horn : ce sera une vraie délivrance parce que nous allons repartir dans des contrées plus clémentes et chaudes. Car là, il fait de plus en plus froid ! Mais c’est aussi ce que nous sommes allés chercher… Le huis clos que nous vivons depuis 25 jours ne pose pas de problème : les mouvements d’humeur sont toujours négatifs, alors on se retient et on compose avec… Mais on commence à bien se connaître ! »

Deux fois le même jour !

 « Quand c’est monotone, c’est bon signe ! Cela veut dire que la trajectoire est rectiligne et que nous avançons vite… Que le vent est stable et régulier. Parce que c’était monotone, nous avons pu progresser vite dans l’Indien ! Là, cela a un peu changé dans la mesure où nous sommes plus au Sud et en bâbord amure : la mer est différente, le ciel est plus dégagé. Nous sommes toujours en heure TU (temps universel de Greenwich) mais il fait nuit : il est minuit local pour nous ici. »

La prochaine ligne virtuelle qui marque ce tour du monde, est l’antiméridien, la longitude 180° à 600 milles environ dans l’Est de la Nouvelle-Zélande, qui indique l’opposé au méridien de Greenwich ! Comme l’a écrit Jules Verne dans son roman « Le tour du monde en quatre-vingt jours », Franck Cammas et ses hommes auront droit à deux fois un même 26 mars…  

Lire le résumé dans le Skippers d’avril-juin