A l’année prochaine!

 

Le grand beau temps s’est invité au troisième jour de la Calanques Classique avec une lumière et un parfum d’été enivrant. Le vent soutenu des deux premiers jours a cédé la place à un courant d’air ténu qui a donné du fil à retordre aux marins et à leurs montures. Ces conditions estivales ont permis aux participants et accompagnateurs de profiter une dernière fois de la course Port de Cassis – Marseille à raser les cailloux des Calanques sur cet itinéraire maritime de rêve, dont l’arrivée a été jugée devant la calanque de Sormiou. Aujourd’hui, c’est le grand cotre aurique Mariska, entre les mains de son capitaine Laurence Ramés, qui a eu les honneurs de la ligne en temps réel.

 

Des organisateurs comblés

Avec l’organisation de cet événement de début de saison pour les yachts de tradition, la Société Nautique de Marseille confirme qu’elle est l’un des clubs les plus actifs dans le domaine classique de toute la côte. Avec une belle flotte d’unités appartenant à des propriétaires français, et marseillais, elle n’est pas un « yacht shelter » – parking à bateaux, pour riches armateurs étrangers, mais un vrai club de passionnés et de connaisseurs. La création du Pôle de Voiliers de Tradition, son installation dans un monument historique tout comme le fait qu’elle possède une bibliothèque maritime unique dans la région conforte qu’elle est dans la lignée de ses fondateurs et des membres qui l’ont fait vivre depuis 125 ans.

Le mariage avec le port de Cassis est l’autre pilier de la réussite de cette manifestation unique. Le partenariat avec le Groupe Trapani Carrasco, qui en assure la gestion et l’animation, permet à bien des participants d’entrer avec délice au cœur même de ce petit port de pêche au charme préservé. La chaleur de l’accueil formidable qui leur a été réservé, ponctué hier soir par une soirée rock et un feu d’artifice, ont fait le reste.

Des bateaux et des légendes

Pour la troisième édition, la Calanques Classique a fait le plein de bateaux d’exception. L’évènement a été particulièrement marqué par retour de Palynodie II, yacht conçu et dessiné en 1962 par le cabinet américain Olin Stephens pour le charismatique maire de Marseille, Gaston Defferre. Son nouveau propriétaire, Patrick Teyssier, est tombé sous le charme de ce fin racer à la coque en bois et au mât en alu restauré en 1998 par Hervé Eliès. Fait remarquable, il a hérité de l’entière correspondance du maire de Marseille concernant le bateau, et notamment des documents rares comme celui d’une pièce d’accastillage destinée au fabriquant, dessinée de la main de « Gaston » sur un papier à en-tête du Sénat. Parmi les concurrents, l’évènement c’était également la participation de Windrush dans les mains de Jean Magnan au sortir d’un chantier de restauration de plus de trois ans réalisé notamment avec l’aide de son beau-fils. La préparation du bateau s’est achevée sur les pontons de la Nautique à 4 heures du matin la veille de la première régate, mais bateau et équipage amical et familial étaient au rendez-vous. D’autres bateaux encore méritent toute leur place de bateau de patrimoine comme le très élégant sloop Marconi à la coque noire, Lak II. Ce bateau entièrement français, ayant appartenu au Marquis D’avil, avait été mis à l’eau à la veille de la déclaration de la guerre, en 1939. Caché pendant l’occupation sous un tas de charbon, il fut racheté par le baron Bich pour servir de bateau d’entraînement des équipages français de l’Amercia’s Cup. Rendez-vous à ne pas manquer non plus pour le premier exemplaire de la série des 8 mètre Cruiser Racer, Sonda, qui fête cette année ses 60 ans. Dans l’histoire de ce bateau remarquablement restauré, une anecdote savoureuse veut que son propriétaire d’origine, membre du club écossais du Royal Northern And Clyde Yacht Club – dont le bateau est toujours membre – ait, lorsqu’il dû s’en séparé, refusé catégoriquement toutes les offres issues de ressortissants de nationalité britannique. Il fait aujourd’hui partie du Pôle de la Société Nautique. Mention spéciale au plus petit concurrent de la Calanques Classique, Kertios III un côtre bermudien de 9 mètes dessiné par André Mauric et qui a assuré le spectacle sur l’eau mené de main de maître par l’équipe de Franck Bourriot, membre du bataillon des marins pompier de la ville de Marseille qui en a assuré la restauration. Le prix du fair play revient légitiment au plus grand des participants, le splendide cotre aurique Moonbeam IV, dont le tirant d’eau ne permettant pas l’accès au Port de Cassis a fait des aller-retours tous les soirs pour rejoindre le port de Marseille et revenir chaque matin sur la ligne de départ à Cassis. Petit clein d’oeil pour Glen Maël, à Jean-Paul Vernet, avait à son bord ce week-end le comédien et réalisateur Pierre-François Martin-Laval, l’un des membres fondateur de la célèbre formation des « Robins des Bois ».

Sonda : yacht de tradition de la Calanques Classique 2011

Par ailleurs, les « Calanques Classique » ont donné le coup d’envoi au processus de désignation du Yacht de Tradition de l’année, organisé par le journal « Les Echos Série Limitée ». Ce prix est décerné pour la troisième année au voilier jugé le plus remarquable, par sa restauration, son étiquette navale et le comportement de son équipage. Il est attribué au terme d’une sélection étalée sur six épreuves partenaires, aussi bien en Méditerranée qu’en Atlantique. Chaque fois, un jury local sélectionne un voilier dans dans trois catégories de taille : moins de douze mètres, de douze à dix huit mètres, plus de dix huit mètres. Ces bateaux sont invités à concourir pour le titre national du Yacht de tradition de l’année qui sera remis à Paris, en décembre, à l’ouverture du Nautic, porte de Versailles. Pour chacune de ces classes, ont été jugés dignes de représenter les Calanques Classique à Paris, les voiliers Sonda, Windrush et The Blue Peter. Parmi ce tiercé, le voilier Sonda a été élu « Yacht de tradition » de l’épreuve.

Auparavant, une préselection de neuf voiliers avait également mis en lice les bateaux Yen Li, Glen Mael, Lak, Nagaïna, Irina et Mariska. Tous avaient de superbes arguments à faire valoir : des aventures humaines, des heures d’efforts et de sacrifices pour rendre gloire à ces voiliers si riches d’histoire. Le jury local est néanmoins tombé d’accord sur le trio final. Il était composé de Mme Edith Martin Chave-Frilet, marraine de l’épreuve et présidente du comité de sélection, Jean-Christian Fandeux, président du jury national du Prix du Yacht de tradition de l’année, François Le Brun, grand reporter aux « Echos », Alice Potheau, régatière et rédactrice du Snimouse, Jean Trapani, président du chantier naval Trapani et coorganisateur de la manifestation, Maguelonne Turcat, attachée de presse et Pierrick Jeannoutot, photographe de mer et graphiste. Cette année, le Musée de la marine s’associe aux organisateurs du Prix. Il mettra en majesté le grand vainqueur final dont une photographie géante sera exposée au Palais de Chaillot pendant toute l’année 2012.

Ils ont dit :

Bernard Amiel, Président de la Société Nautique de Marseille : « Sur la régate : cette première régate de bateaux de tradition permet les grandes retrouvailles d’armateurs et d’amateurs qui ont le plaisir de se retrouver en début de saison. Sur l’esprit : pendant 3 jours les équipages partent ensemble, reviennent et vivent ensemble. Pour garder cette symbiose, il sera nécessaire à l’avenir que la Calanques Classique soit sur invitation. Les bénévoles, les partenaires, les fidèles comme les nouveaux.

Jean Trapani, Groupe GTC « Tout s’est tellement tellement bien passé qu’il est difficile d’imaginer mieux. Pour autant nous savons tous que tout est perfectible. Nous allons réfléchir a améliorer tel ou tel détail sachant que il règne dans cette manifestation un esprit de festivité et de convivialité remarquable, et que souvent dans ce type de situation l’équilibre est précaire et l’alchimie difficile à réaliser ».

Edith Martin-Chave, Frilet, marraine de Calanques Classique 2011 « Je remercie sincérement la Société Nautique et son président d’avoir pérennisé le souvenir de la famille Fabre au travers d’un trophée qui a été réalisé dans une authentique pierre de Cassis, une des toutes dernières extraites de la carrière avant sa fermeture définitive en 2010 »

Fabrice Payen, skipper White Dolphin « Pour nous, le rendez-vous de la Calanques Classique est devenu incontournable. Après avoir fait 3ème en 2009, 2 en 2010, c’est la victoire cette année ! Nous avons la chance d’avoir un grand bateau et nous avons été tout à fait à l’aise dans le vent soutenu. »