Bol d’or Rolex

Il en aura fallu de la patience, pour terminer ce Bol d’Or Rolex. Tellement de patience que 247 des 529 concurrents au départ n’ont pas résisté aux langueurs provoquées par les molles, trous d’air et autres absences de vent de cette 67e édition.

Vainqueur après 16h29’43’’ de marasme, le D35 Okalys (Grange) l’emporte devant Ferrier Lullin (Cardis) et Cadence (Demole). Ces deux derniers équipages occupent la dernière place du podium malgré leur statut d’amateur. En classe 1, les grands monocoques ont vu la domination des Psaros 40 se confirmer. Les nouveaux Ventilo M2, plus légers, ont profité de ces airs balbutiants pour tenir la pôle position pendant plus d’un tiers de la course. MacArthur était en dernière position, Bertarelli encalminé et Russell Coutts disqualifié. Les superstars de la voile n’ont pas brillé le samedi 11 juin dernier, à l’occasion de la 67e édition du Bol d’Or Rolex. Elles n’ont en tout cas pas résisté au savoir-faire de l’équipage d’Okalys, emmené par le skipper français Loïck Peyron. Au bord du lac, les spectateurs se sont massés sur les débarcadères. Sur l’eau, un nombre impressionnant de bateaux suiveurs a accompagné les voiliers dans le Bol d’Or le plus long depuis 1983. En pleine nuit, Gonet & Cie (Coutts) et Axiom (David) arrivent tous feux éteints. La sanction est tombée dimanche après-midi. Disqualifiés par le jury, la star de l’America’s Cup et le vainqueur de l’an passé n’ont pu que regretter amèrement les faux contacts de leur système électrique respectif. Les trois bateaux qui pouvaient gagner définitivement les trophées sont quittes pour remettre ça l’année prochaine. Alinghi attendra encore un peu pour s’emparer du Challenge Bol d’Or Rolex. Le Challenge du Bol de Vermeil, lui, récompense les monocoques. Cette année, il était promis à Taillevent II et Tilt. Le premier dispose encore d’une année pour gagner définitivement le trophée. Le deuxième peut encore compter sur les deux prochaines années pour accéder au sacre éternel. Gageons que la 68e édition sera âprement disputée par ces deux concurrents.

Les plus petits monocoques ont fait preuve de courage et d’obstination pour terminer. Les Surprise représentent le cinquième du nombre total des voiliers du Bol d’Or Rolex. Vainqueur cette année, Jean-Pascal Chatagny, sur Mayer Opticien, décroche une deuxième victoire, après celle de l’an 2000. «On a eu de la chance. Une risée de Vaudaire nous a poussés du Bouveret au Petit-Lac pendant la nuit. Il a ensuite suffi de contrôler le Genevois Michel Glaus et son Teo Jakob jusqu’à l’arrivée». Jean-Marc Monnard emporte la victoire à la barre d’Oyster, le bateau d’Eric Delaye. «Au début, en allant sur le Bouveret, on n’a rien compris à la situation météo. A partir du moment où nous nous sommes dits qu’il s’agissait d’une petite vaudaire, les choses ont commencé à mieux aller». L’ancien tacticien du D35 Zebra 5 d’Etienne David réussit ainsi l’exploit de gagner deux Bol d’Or Rolex d’affilée, dans les deux catégories (multi et mono). Deux victoires qui s’ajoutent aux deux déjà acquises sur Taillevent et à deux autres en Mumm 30. Les trois «sister-ships», Tilt, Da Capo et Syz & Co ont suivi dans la demi-heure, devant les immenses Taillevent II et French Connection. Passetougrain V de Bugnon l’emporte chez les Toucans pendant que les Français de Tix Way dominent le classement des Grand Surprise. Tout avait pourtant commencé comme d’habitude, à 9h, entre la Perle du Lac et le Quai de Cologny. Les stars prévues étaient là, d’Ellen MacArthur à Ernesto Bertarelli, en passant par Dominique Wavre, Loïck Peyron, Karine Fauconnier et Russell Coutts. Même Mike Horn avait rapatrié son trimaran de l’expédition Arktos pour l’occasion. «L’ennuyeuse» aventure lacustre du marcheur polaire s’achève au port de Pully.
Au signal de départ, faute de vent, rien ne bouge. Le D35 Gonet & Cie, barré par Russell Coutts, attrape une bouffée d’air et mord la ligne. La faute coûte «50 minutes de pénalité». Dans le Petit-Lac, un timide séchard léchouillle les voiles. Les Ventilo M2 plus légers, volent la vedette au D35. Pire! Les deux leaders, Banque Raiffeisen (Huguenin) et Team Seven (Geiser) viennent du lac de Neuchâtel et caracolent devant tous les spécialistes du Léman. Le D35 Ferrier Lullin les prend en chasse. L’équipage de Philippe Cardis finit par les dépasser dans un maigre rebat, suivi par Alinghi (Bertarelli) et Okalys (Grange). A 17h59’, Okalys passe en tête au Chaland du Bouveret. Alinghi, alors deuxième, tire un bord du côté suisse. «On a tiré un bord à mi-lac dans l’axe d’Okalys. Lui est revenu vers la bouée du Bouveret avec une bouffée de sud-ouest. Nous n’avons pas eu cette chance. Le vent s’est totalement arrêté», explique Christian Wahl. Du coup, le cata rouge et noir s’enterre au large de Montreux. L’équipe de Bertarelli regarde passer douze concurrents avant de se sortir de ce pétrin. Le retour n’est pas beaucoup plus venté. Les deux leaders se marquent en attendant l’arrivée d’une bouffée de vent de sud-ouest. Les airs arrivent avec la nuit et une centaine de petits monocoques, sous spi. L’ambiance tranche avec la tension qui règne sur le pont des D35. Une côte de bœuf grille, certains chantent, tous se préparent à passer une longue nuit sur le pont.

Dans le Petit-Lac, Loïck Peyron distance Philippe Cardis et franchit la ligne d’arrivée à 1h29 du matin. C’est l’explosion de joie. Le propriétaire Nicolas Grange exulte: «Je cours après une victoire au Bol depuis 10 ans. C’est notre Route du Rhum à nous. C’est une immense satisfaction, l’aboutissement d’un gros travail». Eric Monnin, habitué des Bols d’Or en Surprise, rigole: «quatorze heures, c’était court pour moi». Loïck Peyron, lui, en a gagné d’autres. Mais la victoire du Bol d’Or Rolex ne lui est pas indifférente: «J’ai le sentiment du travail bien fait de toute une équipe». Le maître voilier Alain Marchand et les cinq autres membres de l’équipe ont le sourire jusqu’aux oreilles. La fête peut commencer!

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