Cauchemar pour Gutek à l’approche du Cap Horn

 

Le skipper polonais dévoile des problèmes de quille dans le troisième sprint de la VELUX 5 OCEANS

 

Zbigniew ‘Gutek’ Gutkowski s’apprête à franchir aujourd’hui le Cap Horn dans des circonstances particulièrement stressantes à bord de son Eco 60 Operon Racing. Le skipper polonais a confié à l’organisation qu’il entendait d’inquiétants bruits sourds à l’intérieur son bateau alors qu’il dévalait d’immenses vagues à l’approche du Cap Horn. Après une inspection minutieuse, Gutek a constaté avec horreur que les fixations reliant la quille à Operon Racing bougeaient.

Il semblerait qu’une pièce composite couvrant ces deux attaches soit cassée, ce qui permet à la quille de quatre tonnes de bouger sur 3mm au-dessus du voile de quille. Ces mouvements sont à l’origine des bruits sourds entendus par le skipper polonais lorsque son bateau accélère dans la pente des vagues.

Les conditions météorologiques à l’approche du Cap Horn n’ont pas amélioré la situation. Gutek raconte avoir failli chaviré à deux reprises, balayé par des vents de 75 nœuds et des vagues de 15 mètres, alors qu’il tentait de résoudre les problèmes de quille à bord d’Operon Racing.

« J’ai eu très peur », confie Gutek. « Nous sommes si près du Cap Horn. C’est la partie la plus difficile de cette étape, après plus de 4000 milles parcourus. J’en ai presque pleuré. Mais j’ai reçu beaucoup de messages de soutien et d’encouragement et j’ai aussi eu le point de vue de l’architecte qui a construit cette quille. Elle est conçue de telle façon qu’elle devrait tenir ».

Le problème pourrait être lié à un incident survenu quelques jours après le départ de Wellington, lorsque Gutek a heurté un arbre immergé.

L’équipe organisatrice de la VELUX 5 OCEANS est en contact permanent avec Gutek et surveille de près sa progression vers le Cap Horn. Le MRCC (Maritime Rescue and Coordination Centre) est également au courant de la situation. Derek Hatfield, actuellement troisième, 30 milles derrière Gutek, est prêt à intervenir si besoin. Les organisateurs ont en outre pris contact avec l’architecte d’Operon Racing ainsi qu’avec des spécialistes des systèmes hydrauliques qui ont conseillé à Gutek de garder sa quille inclinée de manière à réduire les mouvements.

« Dès que nous avons été informés ce problème, nous avons contacté le MRCC au Chili », explique David Adams, Directeur de Course de la VELUX 5 OCEANS. « Nous leur avons dit que nous suivions un bateau avec un problème de quille, mais qu’il n’y avait pas d’inquiétude majeure. Nous avons également prévenu Derek Hatfield et nous savons qu’il peut rejoinder la position de Gutek dans un délai de cinq à huit heures si nécessaire. La situation est délicate pour Gutek, mais il la gère avec un grand professionnalisme en faisant de la sécurité sa priorité ».

À 12h00 UTC, Gutek était à 68 milles nautiques du Cap Horn. Il prévoit de continuer sa route vers Punta del Este en Uruguay, 1300 au Nord du Cap Horn.

« Je suis maintenant en mode survie », avance Gutek « Je veux rentrer à terre en un seul morceau. Je vais essayer de rejoindre Punta mais mon premier objectif est de franchir le Cap Horn ».

Mis à l’eau en 1991, Operon Racing (ex Bagages Superior) est le plus vieux bateau de la flotte et affiche trois tours du monde au compteur.

Déclarations du skipper :

 

« Dans les vents très forts que nous avons eus, le bateau était soulevé par les vagues de manière anormale. J’ai alors entendu un bruit étrange. Un bruit sourd. J’ai d’abord pensé que cela provenait du pont, mais je ne pouvais pas le localiser. Ensuite j’ai remarqué qu’une des vérins de quille avait bougé. J’ai cru que quelque chose s’était relâché, donc j’ai essayé de revisser le tout avec un système bricolé à bord, mais ça continuait de bouger. Quand le bateau a tapé plus fort dans les vagues, j’ai remarqué que la quille bougeait aussi. J’ai vraiment pris peur et j’ai tout de suite appelé l’équipe de la course pour les informer de ce problème. J’ai réussi à coincer la quille pour réduire les mouvements latéraux ».

« Le bruit dépend de la force avec laquelle le bateau tape dans les vagues. Le bateau s’arrête et la quille vient frapper dans un bruit très fort. C’est un peu mieux quand le bateau est sur le côté. Ce n’est pas un bruit métallique, c’est plus un bruit sourd. Cela fait vibrer le vérin et la cloison la plus proche et je peux le sentir dans mes jambes ».

« Je ne connais pas l’origine de ce problème, mais cela peut-être quand j’ai heurté un arbre la première nuit après le départ de Nouvelle-Zélande. C’était un choc assez violent. Mais cela peut aussi être l’usure de la pièce ».

« En Nouvelle-Zélande nous avons pu regarder si la quille avait des problèmes structurels, mais nous n’avons pas pu vérifier le système de bascule. Pour cela, il faut démonter la quille et l’ensemble du système en vérifiant toutes les pièces une par une ».

« J’ai vraiment eu peur. Nous sommes presque à la fin de la course, ou en tous cas à la fin de la partie la plus difficile. Il ne reste plus que 300 milles à parcourir dans le Sud. Dans l’Atlantique, les conditions seront différentes, il y a des moments de répit ».