Classe A : « Pourquoi n’ai-je pas commencé plus tôt ! »

Photos : ©Bartosz Modelski/Sail Spotting

Pour de nombreux adeptes du Classe A, la référence mondiale en matière de multicoque léger, le support est addictif et il est difficile d’en revenir une fois qu’on y a goûté.

« Pour le plaisir de régater en nombre, pour le plaisir d’aller à 12 noeuds au près et plus de 20 au portant, pour le plaisir de choisir entre planer et voler, pour en finir avec le manque d’équipiers. » Les arguments avancés par l’association de propriétaires de Classe A sont sans équivoque. Ce catamaran reste depuis des années une référence mondiale. Glenn Ashby, skipper vainqueur de l’America’s Cup, qui compte onze titres mondiaux dans la série, est notamment un de ses célèbres adeptes. Avec plus de 125 voiliers classés lors des championnats du monde en août dernier à Sopot en Pologne, dont une dizaine de Suisses, la série réunit une vingtaine de nations des deux hémisphères lors de ses grands rendez-vous internationaux. Il arrive même qu’ils soient 200 bateaux, selon les sites et les éditions Jacques Valente, adepte depuis 2016, n’a d’ailleurs qu’un propos lorsqu’il s’exprime sur le sujet : « Mais pourquoi n’ai-je pas commencé plus tôt ! »

_S_04623_2017-08-21-19.37Issu du One Design

La A-Division a été fondée en Angleterre en 1956 par l’IYRU (International Yacht Racing Union), ancêtre de l’ISAF, elle-même ancêtre de World Sailing. À ses débuts, la série ne limite pas la longueur, mais stipule simplement que le support doit être un catamaran gréé en cat-boat, et manoeuvré en solitaire. Plusieurs One Design seront issus du projet, jusqu’à ce que la longueur de 18 pieds et les autres paramètres de jauge soient retenus dans le milieu des années soixante.
D’abord populaire aux USA et dans l’hémisphère sud, le bateau commence à se faire une belle place sur le Vieux Continent à partir des années quatre-vingt. L’arrivée des matériaux composites, l’intégration de foils, permettant de soulager les coques, puis de voler depuis quelques années, a encore contribué à son succès. Aujourd’hui, le calendrier européen compte une quinzaine d’événements, dont quatre sont disputés en Suisse. Le championnat national a réuni 25 bateaux en septembre de cette année.

Popularité en Suisse

Sandro Caviezel, également représentant et développeur du fameux Scheurer G7, est aujourd’hui celui qui domine les classements nationaux. 19e aux mondiaux, il se réjouit de voir arriver les jeunes en Classe A. « Nous vivons un véritable changement de génération, relèvet- il. Avant, le support était parfois considéré comme une série pour les bons régatiers en préretraite. Aujourd’hui, le plateau s’est vraiment rajeuni. » L’âge du président de la classe, Robin Maeder, 20 ans, corrobore son propos, de même que l’arrivée de Nils Palmieri, à peine plus de 30 ans. « J’ai choisi le Classe A car je voulais un projet flexible et de haut niveau. C’est une remarquable plateforme de travail. Quoique l’on fasse par la suite, il faut savoir voler en multi. L’autre intérêt et que c’est une série en perpétuel développement. Des bateaux comme le Flying Phantom ou l’Easy To Fly méritent déjà des améliorations. Alors qu’avec le Classe A, on est dans une box rule et on peut travailler pour rester à la pointe technologique. Par contre, c’est un support très exigeant et physique. C’est son seul défaut. Si on fait le choix de passer en bateau volant, il faut se donner les moyens d’évoluer, et ça requiert beaucoup de travail. Sinon, il vaut mieux rester en classique. »

Défis de taille

_S_03603_2017-08-21-19.37Luc du Bois, ancien d’Alinghi, d’ETNZ et plus récemment de BAR, est également une figure charismatique de la série. 7e ex æquo avec James Spithill lors des mondiaux d’Australie en 2009, il a encore fait une très honorable 37e place cette année en Pologne. Il apprécie le support pour les différents avantages déjà relevés, mais y voit aussi un tournant décisif : « Il existe aujourd’hui des moyens techniques relativement simples qui permettent de faciliter le vol, explique-t-il. Il va falloir prendre des décisions à court et moyen terme sur ce qui est autorisé ou pas, notamment en termes d’asservissement de certaines fonctions. Je pense que ça va devenir inéluctable. Le Classe A est réputé pour son côté évolutif et technologique. Il s’agit de rester en phase avec ça, pour que la série reste attractive et continue d’être un laboratoire. »
Une question qui ne peut être soulevée sans évoquer celle du budget. Aujourd’hui, une plateforme complètement équipée (voile et mât) coûte environ 30 000 euros. Le budget annuel de fonctionnement avoisine les 10 000 euros, pour autant que l’on reste en Europe. Il est par ailleurs possible d’acquérir un classique pour moins de 10 000 euros et de participer aux événements nationaux et en Méditerranée pour un montant plus restreint. Le juste milieu entre développement high-tech et accessibilité va donc devoir être trouvé, comme pour la plupart des classes Open. La question de la sécurité est aussi, selon les conditions météorologiques, une préoccupation. Les différences de vitesses entre les classiques et les volants sont énormes, après la bouée au vent, quand le vent souffle au-delà de 10 noeuds. Des directives ont été édictées afin que les clubs posent deux parcours à partir de 40 bateaux. Pour l’heure, lorsque tout le monde navigue ensemble, deux classements sont généralement publiés.

_S_05624_2017-08-23-19.53Futur serein

Le pire qui puisse arriver au Classe A, serait une scission avec les classiques, qui viennent pour l’ambiance, la simplicité, le plaisir à l’état pur. Les responsables de la classe ont cependant pris la mesure des enjeux, et la question n’est pour l’heure pas à l’ordre du jour. Le modèle qui fonctionne pour l’heure est un accès via un bateau classique, avant d’investir, pour ceux qui crochent vraiment, dans un foiler. Une solution pour laquelle Jacques Valent a opté. « J’ai vendu mon bateau car je me consacre à la Route du Rhum en 2018, mais à mon retour, j’irai vers un voilier volant. » Le marché est suffisamment ouvert pour permettre d’envisager une solution évolutive sans y laisser trop de plumes à chaque transaction.
Avec un peu moins d’un quart de classiques à Sopot, le ratio des prochains Championnats du monde, qui se disputeront en novembre 2018 à Hervey Bay en Australie, donnera la tendance de la flotte et une bonne idée de ce que sera son avenir probable.