Jochen Schuemann

Quelle est ta nouvelle fonction au sein d’Alinghi ?
En fait je trouve que mon rôle n’a pas changé. Je navigue toujours pour Alinghi et suis comme avant responsable du team voile. Comme tous les membres d’Alinghi, j’ai aussi certaines obligations vis-à-vis des médias et des partenaires, que nous remplissons avec plaisir. Alinghi est devenu un symbole de réussite qui a fait naître beaucoup d’envie, c’est à la fois une marque et un facteur d’engouement pour la voile en Suisse que nous devons continuer de nourrir. Nous avons beaucoup de demandes et en tant qu’«ambassadeurs Alinghi» nous nous efforçons d’y répondre.

Comment se répartit ton temps entre le côté sportif et le côté administratif ?
En ce moment je dirais qu’il y a trois quarts d’administratif et un quart de navigation! Et dans ce quart j’inclus aussi la voile purement récréative, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Se faire plaisir à la barre, juste pour soi ou avec des amis, est également extrêmement important, et n’a rien à voir avec les entraînements et les tests nécessaires pour remporter une victoire. C’est aussi pour ça que toute l’équipe fait un break d’un an, rencontre d’autres navigateurs, s’aventure dans d’autres disciplines, ou navigue tout simplement pour le loisir. La seule obligation est de pratiquer une activité physique et de rester fit !

Pourquoi avoir choisi de vous installer à l’EPFL ?
Cela concerne les autres trois quarts du temps ! D’abord nous avons ici beaucoup plus de place qu’à Genève, il nous fallait de nouveaux locaux. Ensuite nous tenions à séparer physiquement le Team Alinghi de celui d’AC Management, qui est resté à Genève. Pour des raisons d’éthique et de sportivité il nous paraissait préférable de ne pas mélanger les défenseurs et les organisateurs de la Coupe. Nous avons alors regardé du côté de nos partenaires s’il y avait des opportunités d’espace et avons eu la chance d’en trouver dans le parc scientifique de l’EPFL. Cela présente un double avantage, pratique et symbolique: les bureaux sont grands, tout le design team nous rejoindra bientôt, il n’y a pas de problèmes de parking etc… En plus, même si ces locaux sont conviviaux, le parc scientifique crée une atmosphère de travail beaucoup plus studieuse qu’à «Down Town Genève» et donne une image high-tech et de sérieux vis-à-vis de nos partenaires.

Quelles sont tes priorités dans les 3 mois qui viennent ?
Nous devons achever notre recrutement en testant encore quelques éléments pressentis pour occuper les derniers postes vacants, ce que nous pourrons faire «en situation» à San Francisco.

Comment s’effectue le choix d’engager telle ou telle nouvelle personne, y-a-t-il une check-list bien précise ou est-ce plus au feeling ?
Nous avons effectivement une liste de critères pour chaque poste et des profiles très précis que nous recherchons. Le niveau a encore augmenté, nous avons besoin des meilleurs à chaque poste. A partir de là, il y a le caractère et le relationnel qui entrent en compte et ce n’est plus aussi facile. Nous allons vivre et travailler 4 ans ensemble, peut être plus, il nous faut être sûrs que le bon navigateur soit aussi un bon gars ! C’est notamment pour cela que nous partons à San Francisco avec une demi-dizaine de navigateurs que nous souhaitons engager, et avec le reste du team nous verrons alors si nous pouvons aller de l’avant avec eux. C’est par exemple ainsi que cela s’est passé à Trieste avec des candidats avancés: ils se sont joints à nous pour des régates, à l’issue desquelles nous avons tous ensemble débattu du pour et du contre de leur intégration. Dans un 2e temps nous organiserons à nouveau la concurrence entre nos deux équipages.

Tu trouves encore le temps de participer à certaines régates de match-race, comment les choisis-tu ?
Il y a quelques événements de match-race auxquels je tiens à participer, comme celui de Berlin en octobre qui existe depuis 10 ans. En août j’étais aussi au Grand Prix Beau Rivage Palace de Lausanne, à Cascais et à un stage de match-race organisé par l’école de voile de Thun. Blumi (Christian Scherrer) et moi y avons navigué et donné des conseils. J’essaye de varier les plaisirs et de naviguer utile.

Quelle sorte de préparation avez-vous pour la Moët Cup ?
Assez faible en fait, nous ne nous sommes pas entraînés depuis le mois de mars et nous arriverons à San Francisco deux semaines avant pour nous remettre dans le bain tous ensemble.

Oracle s’entraîne à SF depuis bien plus longtemps, ils ont un avantage, une défaite d’Alinghi aurait-elle des conséquences ?
Non seulement ils s’entraînent sur place depuis des mois, mais ils ont aussi toute leur infrastructure et logistique à cet endroit, ainsi que leur public. Ils sont chez eux et nous sommes invités. Comme je l’ai dit nous allons aussi y tester de nouvelles recrues. Bien sûr nous allons tout faire pour gagner, mais nous aimerions avant tout donner un magnifique spectacle et motiver les médias américains, leur montrer l’intérêt de cette compétition. L’essentiel est que le public ait du plaisir, ensuite que le meilleur gagne !

Si c’était toi qui choisissais la ville pour la prochaine coupe, tu opterais pour laquelle ?
Mon devoir de réserve m’interdit de te faire part de mes souhaits personnels, mais en tant que navigateur c’est sûr que j’ai une favorite! Nous attendons tous qu’AC Management ait fini d’évaluer les candidates et ait effectué son choix afin de pouvoir nous-mêmes finaliser notre programme. Je suis sûr qu’ils vont choisir le lieu idéal pour que l’America’s Cup 2007 soit un événement grandiose pour tous.

Quel va être ton propre programme de régate cet automne-hiver ?
Après la Moët Cup nous avons une autre rencontre Alinghi prévue au printemps à Newport, où nous pourrons faire naviguer ceux qui ne sont pas venus à San Francisco. L’envie ne me manque pas de prendre part aux Voiles de St Tropez, et enfin je voudrais parachever mon tour d’horizon des sites pré-sélectionnés pour la Coupe….