Le principe de l’escalier

Toujours dans les hautes pressions qui stagnent au large de l’Argentine, Groupama 3 tente de gagner au maximum des milles vers le Nord. Pour ce faire, Franck Cammas et ses hommes doivent virer de bord à chaque bascule pour exploiter ces transitions : sept virements ont été effectués depuis dimanche après-midi.

Très attentifs à la moindre bascule de vent depuis ce week-end, Franck Cammas et le navigateur Stan Honey sont concentrés pour exploiter ces rotations. C’est un peu comme une régate virtuelle contre Orange 2 avec cinq années d’écart ! À ce jeu, le trimaran géant est plutôt à l’aise puisqu’il a été conçu pour ces brises faibles à modérées et contraires. Il n’empêche que l’équipage de Groupama 3 doit être très réactif, ce qui n’est pas toujours facile de nuit, sous un ciel couvert et une lune en décroissance. La progression vers le Nord s’effectue donc en escalier.

« Il y a toujours, dans ces conditions anticycloniques, un décalage entre les fichiers météo et la réalité sur l’eau : en ce moment, on est tombé dans une zone de vent faible, probablement à cause d’un gros grain sur notre droite… La brise devrait rentrer fort au coucher du soleil avec 30-40 noeuds d’Est, vent de travers : il va falloir réduire la toile, voire même installer le foc de brise ! On a du boulot parce que le vent n’est pas si régulier que cela… Mais on a bien récupéré de la fatigue accumulée dans le Grand Sud. » indiquait Franck Cammas à la vacation radio de 12h30 avec le PC Course parisien de Groupama.

Lécher la mer

La coque centrale à fleur d’eau, les barreurs se succèdent pour maintenir le trimaran géant suspendu sur son flotteur sous le vent et vers 10h00 (heure française), Groupama 3 avait effectué son dernier virement de bord de la journée. Le vent était en effet passé au secteur Nord et tournait progressivement vers le Nord-Est en début d’après-midi : la vitesse moyenne redevenait supérieure à vingt noeuds et l’écart vis-à-vis de Orange 2 commençait à se stabiliser à 325 milles…

« Le bateau est vraiment léger et très réactif, facile pour virer de bord puisque nous n’avons pas besoin de matosser (déplacer les poids). En plus, Groupama 3 est moins lourd qu’au départ de Ouessant et ça se sent car on a tout de même consommé une bonne centaine de kilos, en gasoil et en nourriture… C’est la première fois que nous faisons du louvoyage depuis le 31 janvier. On retrouve une route proche du plein Nord jusqu’à mardi matin où il faudra de nouveau tirer des bords pour atteindre les alizés de l’anticyclone de Sainte-Hélène qui sont encore à 700 milles devant nos étraves. Les températures sont déjà plus douces, avec un ciel couvert, mais on garde le ciré dehors ! »

Franck Cammas estimait qu’il ne lui faudrait pas plus d’une journée de retard au passage de l’équateur ! Le challenge est donc important sur cette phase de parcours car Orange 2 n’avait commencé à ralentir qu’à l’approche de la latitude de Rio de Janeiro, mais sa remontée jusqu’à Recife avait ensuite été assez poussive. Il devient de plus en plus acquis que le record sur ce Trophée Jules Verne reste encore incertain. Tout dépendra de la situation brésilienne…

Beaucoup de manoeuvres

L’objectif de Franck Cammas et ses hommes est donc de progresser rapidement vers le Nord, mais il n’y a pas vraiment d’alternative en termes de stratégie générale : Groupama 3 va devoir se rapprocher des côtes sud-américaines, mais sans longer de trop près le Brésil où des dépressions orageuses et donc générant des vents variables sont en train de se former… La phase à venir sera donc active dans le cockpit du trimaran géant car l’équipage va devoir enchaîner moult manoeuvres.

« Groupama 3 sort de l’anticyclone dans des vents d’une vingtaine de noeuds qui se renforcent en tournant à droite : cela va lui permettre d’incurver sa trace dès cet après-midi, en accélérant le rythme. Mais à partir mardi soir et jusqu’à jeudi, l’équipage va devoir négocier une zone orageuse le long du Brésil…» analysait Sylvain Mondon de Météo France.

 Tableau de marche de Groupama 3
(départ le 31 janvier à 13h 55′ 53 » TU)

 (Nombre de milles parcourus par rapport à la route optimale du Trophée Jules Verne)

 Jour 1 (1er février 14h TU) : 500 milles (retard = 94 milles)
Jour 2 (2 février 14h TU) : 560 milles (avance = 3,5 milles)
Jour 3 (3 février 14h TU) : 535 milles (avance = 170 milles)
Jour 4 (4 février 14h TU) : 565 milles (avance = 245 milles)
Jour 5 (5 février 14h TU) : 656 milles (avance = 562 milles)
Jour 6 (6 février 14h TU) : 456 milles (avance = 620 milles)
Jour 7 (7 février 14h TU) : 430 milles (avance = 539 milles)
Jour 8 (8 février 14h TU) : 305 milles (avance = 456 milles)
Jour 9 (9 février 14h TU) : 436 milles (avance = 393 milles)
Jour 10 (10 février 14h TU) : 355 milles (avance = 272 milles)
Jour 11 (11 février 14h TU) : 267 milles (retard = 30 milles)
Jour 12 (12 février 14h TU) : 274 milles (retard = 385 milles)
Jour 13 (13 février 14h TU) : 719 milles (retard = 347 milles)
Jour 14 (14 février 14h TU) : 680 milles (retard = 288 milles)
Jour 15 (15 février 14h TU) : 651 milles (retard = 203 milles)
Jour 16 (16 février 14h TU) : 322 milles (retard = 375 milles)
Jour 17 (17 février 14h TU) : 425 milles (retard = 338 milles)
Jour 18 (18 février 14h TU) : 362 milles (retard = 433 milles)
Jour 19 (19 février 14h TU) : 726 milles (retard = 234 milles)
Jour 20 (20 février 14h TU) : 672 milles (retard = 211 milles)
Jour 21 (21 février 14h TU) : 584 milles (retard = 124 milles)
Jour 22 (22 février 14h TU) : 607 milles (retard = 137 milles)
Jour 23 (23 février 14h TU) : 702 milles (avance = 60 milles)
Jour 24 (24 février 14h TU) : 638 milles (avance = 208 milles)
Jour 25 (25 février 12h TU) : 712 milles (avance = 365 milles)
Jour 26 (26 février 14h TU) : 687 milles (avance = 430 milles)
Jour 27 (27 février 14h TU) : 797 milles (avance = 560 milles)
Jour 28 (28 février 14h TU) : 560 milles (avance = 517 milles)
Jour 29 (01 mars 14h TU) : 434 milles (avance = 268 milles)
Jour 30 (02 mars 14h TU) : 575 milles (avance = 184 milles)
Jour 31 (03 mars 14h TU) : 617 milles (avance = 291 milles)
Jour 32 (04 mars 14h TU) : 492 milles (avance = 248 milles)
Jour 33 (05 mars 14h TU) : 445 milles (avance = 150 milles)
Jour 34 (06 mars 14h TU) : 461 milles (avance = 58 milles)
Jour 35 (07 mars 14h TU) : 382 milles (retard = 100 milles)
Jour 36 (08 mars 14h TU) : 317 milles (retard = 326 milles)

Record WSSRC de l’équateur à l’équateur (par les 3 caps)

Orange 2 (2005) : 33j 16h 06′

L’équipage et l’organisation à bord de Groupama 3

Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës

  • Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean
  • Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff
  • Navigateur hors quart : Stan Honey monte sur le pont pendant les manoeuvres
  • Un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer, un quart de repos total

• Chaque quart dure trois heures sauf entre 12 et 18 heures TU ou ils ne durent que 2 heures.

 Le record à battre

Détenu depuis 2005 par Bruno Peyron sur Orange 2 en 50 jours 16 heures 20 minutes à 17,89 noeuds de moyenne. Étaient à bord : Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës.