Les foils mettent le feu au lac

Face à leurs concurrents archimédiens, les bateaux à foils souffrent d’un sérieux handicap. En effet, si en mode volant ils sont imbattables, il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit de régater par des airs si doux (moins de 8-10 nœuds) qu’ils refusent à leurs coques de décoller. Souffrant de leur surface mouillée supérieure, les bateaux à foils sont alors aussi entravés que l’Albatros de Baudelaire. A des stades de maturité différents, trois projets sont actuellement menés sur le lac pour essayer de résoudre cette délicate équation. Le premier, déjà bien connu puisque présenté l’an dernier, est le catamaran à foils Syz&Co. Sa particularité est d’être issu d’une feuille presque blanche. Le résultat : un prototype extrême qui a nécessité un énorme travail d’ingénierie. Le deuxième ne naviguera pas sur le lac avant 2010 : il se nomme Hydroptère.ch. Comme son nom l’indique, le projet est mené par la même équipe que celle de l’Hydroptère qui a poursuivi tout au long de l’année dernière sa campagne de records au large de Marseille. L’originalité de l’Hydroptère.ch réside dans le fait qu’il sera d’abord un bateau laboratoire en vue de la construction, à terme, d’un maxi capable de s’attaquer à tous les records de navigation hauturière, y compris le tour du monde. Le troisième nouveau venu dans cette catégorie des bateaux de 32 à 35 pieds devrait sortir d’ici juin des chantiers Ventilo. Là, c’est encore une autre approche qui a, semble-t-il, été choisie : bien qu’il s’agisse également d’un catamaran, long de 35 pieds, le futur bateau aura, selon une source bien informée, toutes les caractéristiques d’un multicoque classique, notamment au niveau des dérives et des safrans, mais aussi les attributs d’un bateau à foils, puisqu’il pourra être équipé d’appendices en T. Il sera d’ailleurs lancé comme un bateau conventionnel ; ce n’est qu’à partir de la fin de l’été qu’il devrait chausser ses premiers foils pour tenter l’aventure du vol.

Syz&Co au taquet

Mis à l’eau au cœur de l’hiver, Syz&Co a repris d’arrache-pied sa campagne d’essai lacustre ; avec quelques mauvaises surprises, comme le bris du mât, début mars, en raison de haubans trop fragiles. Comme le dit Jean Psarofaghis, un des concepteurs de l’engin, « Il est plus facile de voler en avion qu’en bateau ». Pas de quoi se décourager pour autant, car l’équipage a un objectif ambitieux : battre, dès cette année, tous les records de vitesse lémaniques et participer, bien sûr, à toutes les régates. Mais Jean Psarofaghis ne méconnaît pas les difficultés de l’entreprise : « Pour parvenir à nos fins, nous n’aurons pas trop d’une saison complète. Et encore faudra-t-il que nous puissions former un équipage de professionnels de 4 à 5 personnes cohérent et stable tout au long de cette année ». Avec des coques de 32 pieds (9,75 mètres), une longueur hors-tout de 11,7 mètres (avec le bout dehors) et un tirant d’air de 16,3 mètres (15,4 mètres pour le mât en carbone), Syz&Co ne pèse guère plus de 800 kilos. Ce régime minceur est d’ailleurs au cœur du programme et explique pour une grande part sa complexité. Le catamaran est ainsi un pur projet high-tech, avec ses inévitables corollaires : prix très élevé, fragilité des matériaux et délicate mise en œuvre.

Un hydroptère lacustre

Présent depuis neuf ans dans l’équipe de l’Hydroptère, l’ingénieur Jean-Mathieu Bourgeon attend avec impatience la mise à l’eau de l’Hydroptère.ch, auquel l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) collabore. « Le début de la fabrication de l’Hydroptère.ch a été retardé car nous souhaitions prendre le temps de construire un programme scientifique, de mettre en place une démarche cohérente, en adéquation avec nos projets et nos objectifs. De plus, après le chavirage de l’Hydroptère (en décembre 2008, ndlr), nous avons décidé de continuer à mener nos deux projets de front, même si cela implique de décaler un peu les plannings initiaux ». Concernant l’Hydroptère.ch, « Tout est actuellement défini, dont la maquette et les structures, poursuit Jean-Mathieu Bourgeon. Il s’agira bien d’un bateau laboratoire qui devrait préfigurer le futur maxi que nous envisageons à l’avenir et dont le programme sera la chasse à tous les records océaniques. Notre objectif, avec l’aide de l’EPFL, est d’améliorer constamment la polyvalence du bateau en travaillant sur la géométrie de la plateforme et sur les appendices. Et le lac est pour nous un endroit idéal puisqu’il propose des conditions de vent et de vague très variées, comme un tour du monde, version miniature ».

Les Mozart du composite

Les caractéristiques du futur Hydroptère.ch sont les suivantes : ce sera un catamaran avec un coqueron central, style D35, d’une longueur de 35 pieds (env.10,5 mètres) et d’une largeur de 10 mètres. Son poids à vide : 1,3 tonne et 1,9 tonne avec un équipage de 5-6 personnes et les ballasts pleins. Il sera doté de deux safrans latéraux et les longs flotteurs seront des coques à redan. L’EPFL est le conseiller scientifique officiel de l’Hydroptère, à ce titre cinq laboratoires travaillent en étroite collaboration avec l’équipe du trimaran et notamment le Design Team. Le travail de l’EPFL porte par exemple sur la compréhension du phénomène de cavitation qui survient sur les appendices à très haute vitesse ; d’autres recherches sont également menées sur la déformation de la structure, l’hydrodynamique, les matériaux composites et les images vidéo. La construction de l’Hydroptère.ch a commencé. Le chantier naval B&B à la Trinité-sur-Mer fabrique la plateforme puis se chargera des appendices tandis que le chantier suisse Décision devrait travailler sur les coques. Pour Jean-Mathieu Bourgeon, ces deux chantiers sont des « Mozart du composite ».