Mirabaud, journal de bord du mardi 1er février 2011

Une mer dure, et chaotique !

Première tentative d’appel du Mirabaud :

– Allo, ici Dominique ?

– Salut Dom, je viens aux nouvelles, comment vas-tu ?

– Humm, ça va, les conditions sont assez dures.
(Silence entrecoupé de bruits inquiétants, froissements, voiles qui claquent). Rappelle-moi plus tard, là on a un problème…

Deuxième tentative, une demi-heure plus tard :

– Salut Dom, peut-on parler maintenant ?

– Oui, désolé pour tout à l’heure. Les conditions sont très difficiles. Il n’y a pas beaucoup de vent mais la mer est grosse et désordonnée. Quand tu as appelé, une grosse vague a pris le Mirabaud par le travers et nous a couchés ; j’ai dû aller donner un coup de main à Michèle sur le pont…

– La situation est rétablie ?

– Oui, ça va. Mais on souffre… Nous ne sommes pas maîtres de notre trajectoire en raison des portes mises en place par l’organisation pour nous protéger des glaces. Du coup nous sommes à la merci des systèmes météo. En ce moment, par exemple, nous devons faire cap sur la prochaine porte, plein vent arrière, tout droit en direction d’un anticyclone.

– Il n’y a pas d’alternatives ?

– Aucune. On se dirige sur du vent faible et on navigue à un angle défavorable. C’est très frustrant. Et devant ils vont se prendre une grosse dépression dans le nez, ce n’est pas mieux… Allez, je te laisse, il faut que je remonte sur le pont !

– OK, courage !

Le redouté banc des Agulhas

Le Mirabaud navigue désormais dans l’océan Indien, loin au nord du parcours que les marins empruntent habituellement et qui les mène au sud des îles Kerguelen.

Il se trouve à la limite du redouté banc des Agulhas, au sud du Cap de Bonne-Espérance, qui est – avec le Cap Horn – l’un des deux plus grands sommets de la navigation océanique. Pris entre l’Atlantique et l’Indien, cet accident géographique est reconnu pour la dureté de sa mer et la violence du vent qui y soufflent.

Le Cap de Bonne Espérance est aussi surnommé le Cap des Tempêtes. Quand les dépressions venues de l’Atlantique rencontrent les courants des Agulhas, des vagues énormes peuvent se créer. Ce mélange d’eaux froides, qui viennent rencontrer les eaux plus chaudes de l’océan Indien, génère l’un des courants le plus fort de la planète. À la limite de la ligne des fonds des 200 mètres, le courant des Agulhas se faufile vers le Sud à une vitesse de quatre à cinq noeuds. Il s’agit d’un phénomène de masse d’eau qui peut circuler sur 160 kilomètres de large et à plus de 300 mètres de profondeur. Quand ce courant s’oppose à la succession des tempêtes de Sud-Ouest, il en résulte la création de véritables montagnes d’eau.

À partir de ce point, les coureurs entrent dans le Grand Sud, la zone la plus dure de la compétition.

Des quarts de deux heures

Dominique et Michèle adoptent actuellement un rythme de quarts de deux heures. « Nous devons beaucoup barrer car le pilote ne tient pas dans cette mer très dure », explique Dominique. « Donc on passe près de deux heures à la barre puis on essaie de se reposer un peu. Mais il faut aussi travailler notre navigation et nos options stratégiques, même si elles sont limitées, et manger, réparer ce qui doit l’être, assurer l’entretien courant… La bonne nouvelle c’est que nous avons récupéré une bannette et que nous pouvons désormais nous coucher. La raison ? Nous avons mangé toutes les provisions qui s’y trouvaient… »