Nouveau record et un spectacle haut en couleur

Alors que l’année dernière, les querelles autour du règlement et l’intégration des Multi avaient incité plusieurs favoris à renoncer à une participation, la 58e édition de la Rund Um Bodensee a de nouveau réuni toute la fine fleur du lac de Constance. Pour le local Ralph Schatz, naviguant sur un catamaran Extreme 40 loué, c’était l’occasion de prendre sa revanche sur 2007. Faute de vent, il n’avait alors manqué la victoire que de très peu. Naviguant également sur un Extreme 40, le Néerlandais Johnny Hutchcroft comptait bien lui mettre les bâtons dans les roues, tout comme Wolfgang Palm sur son Wild Lady, équipé d’un lest d’eau et d’une quille pendulaire. Parmi les favoris, on comptait également le Psaros 40 SYZ&CO de Werni Hemmeter, vainqueur en 2007, le Basic Logic de Werner Deuring, le Libéra optimisé BTV de Fritz Trippolt et les trois autres Libéra au départ. Concentrant toutes les attentions, les stars de la manifestation étaient incontestablement les deux Class America de 2003, propriétaires de la société Supersail. Dotés d’une quille raccourcie, ils sont basés depuis cette saison à Langenargen où ils peuvent être loués pour des Incentives. A la Rund Um, ils étaient barrés par les deux skippers de Lindau Franz Buhmann et Lukas Hummler. L’envie de se mesurer une fois dans sa vie aux superbes armes de la prestigieuse America’s Cup, ou du moins passer la ligne en leur compagnie et de vivre la première confrontation de ces bolides avec la concurrence high-tech d’un lac suisse aux premières loges, a certainement motivé plus d’un marin à s’aligner. Avec 450 bateaux inscrits, c’est une centaine de bateaux de plus que l’année dernière qui a passé la ligne au large de Lindau.

Une météo capricieuse

Avant le départ, les spéculations de savoir qui des favoris s’imposera finalement et remportera le «Ruban bleu» vont bon train. Pourtant, un pronostic s’avère difficile. «La Rund Um a ses propres lois, le vent joue un rôle crucial. De nombreux bords de près dans des vents faibles à moyens favorisent les Class America, les conditions musclées sourient plutôt aux Psaros et par vent de nord, les catamarans seront difficiles à battre. Un autre point capital sera également la manière dont les équipages gèreront les pétoles durant la nuit», se hasarde toutefois Christine Holz, la présidente du club organisateur Lindauer SC. Ceux qui espèrent des prévisions précises pour évaluer leurs chances doivent déchanter. Le dernier bulletin du service météo allemand ne donne guère de renseignement sur les conditions qu’attendent les organisateurs et les 2500 participants. Selon le bulletin, il faut compter avec un vent de force 1 à 3, soufflant principalement d’ouest en est. Des rafales et des orages sont également possibles. Peu avant le départ à 19h30, c’est effectivement un léger vent qui se lève, mais au contraire des prévisions, il s’agit d’un vent du nord incitant une grande partie de la flotte à se positionner directement devant Lindau, à l’extrémité nord de la ligne de départ longue de 2,5km. Peu après l’impressionnant départ, suivi par les nombreux spectateurs massés sur les quais, le vent bascule brutalement vers l’ouest gagnant considérablement en puissance. Par moment, la police mesure jusqu’à 6 Beaufort. Pour certains participants, c’en est trop. Quelques minutes seulement après s’être élancée, la flotte déplore déjà six démâtages, trois collisions et une voie d’eau. Dans le courant de la nuit, les déclarations de dégâts matériels continuent à affluer dans le bureau du comité de course. Particulièrement touchés, les Libéra peinent à maîtriser les conditions difficiles. Seul Libéra à terminer la course, Lilo de Markus Ficht termine 11e. Autre abandon célèbre, celui du BTV de Fritz Trippolt. Malgré les nombreuses avaries, 384 bateaux réussissent à terminer le parcours de 100km menant de Lindau à Meeresburg, Über-lingen, Romanshorn et retour dans les temps. Les spectateurs ont pu suivre la course grâce au tracking par GPS et le newsticker via Internet ainsi que dans la grande tente du LSC.

Jonny Hutchcroft sort le grand jeu

A la tête de la flotte, les premières décisions tombent déjà après quelques minutes de course. Il faut se rendre à l’évidence: les deux Extreme 40 seront difficile à battre dans ces conditions, même dans les bords de près. Rapidement, ils dépassent le Wild Lady, auteur d’un magnifique départ, donnant l’impression que le bolide de Wolfgang Palm se trouve encore au mouillage alors qu’il doit bien avancer avec 10 nœuds! Autre concurrent de taille, le Class America de Franz Buhmann démontre tout son potentiel. Face aux Psaros et aux Libéra beaucoup plus légers, le gigantesque bateau gagne rapidement du terrain. Lukas Hummler sur l’autre Class America est loin derrière. Handicapé par des problèmes techniques à l’avant du bateau, il a passé la ligne de départ en dernière position et s’est privé de son génois qu’il essaie vainement de recoller au peloton. Finalement, Hummler et son équipage réussissent à régler les problèmes. C’est toutes voiles dehors que l’ex-Germany récupère son retard. La victoire du «ruban bleu» se joue entre les deux Extreme 40. Le reste de la flotte n’a rien à opposer aux deux catamarans. Après avoir pris la tête dès le départ, le Néerlandais Jonny Hutchcroft réussit à conserver sa position de leader jusqu’au bout. Pendant qu’une foule impressionnante de ses compatriotes se rassemble à Berne pour le début de la «fête oranje» de l’Eurofoot, Hutchcroft termine le parcours sur le lac de Constance en seulement 4 heures, 41 minutes et 37 secondes, battant ainsi l’ancien record de Joschi Enter réalisé en 2000 sur son Libéra Principessa de presque 23 minutes. Avec 60 secondes de retard, Ralph Schatz du YC Meeresburg termine deuxième. Wild Lady, le premier monocoque, suit une heure plus tard déclassant les deux Class America de plus d’une demi-heure!

Une réussite de A à Z

Autre point fort de cette édition spectaculaire de la Rund Um, la fête du 100e anniversaire des Schärenkreuzer a réuni 44 unités, principalement des 30m2 SI. Pour fêter l’événement, le comité de course, dirigé par Hubert Henzler, leur a offert un départ individuel. Armés de leurs traditionnelles cornes de brume et de leur boule noire, ils se sont lancés dix minutes avant la flotte principale sur le petit parcours qui leur était réservé (Lindau-MeeresburgRomanshorn-Lindau). Clôturant le week-end riche en émotions et rondement mené par les organisateurs, la grande fête d’anniversaire samedi soir a été un autre grand moment pour les participants, du moins pour ceux qui avaient encore leur mât sur le bateau.