Otmar Keller

En 2004 il croise à nouveau le célèbre entraîneur qui lui présente Jochen Schümann. Le courant passe bien entre ses deux passionnés de sport, et le directeur sportif d’Alinghi convainc Otmar de l’intérêt de sa mission en tant que préparateur physique des marins, même si sa seule expérience de la voile se résume à … sa naissance au bord d’un lac ! Des bobos de sportifs, il en a vu un certain nombre, et la richesse de son expérience dans d’autres disciplines constitue un plus indéniable pour conseiller le directeur sportif (Jochen Schümann) et gérer le capital santé des équipiers du prestigieux Defender suisse. Il partage d’ailleurs cette tâche primordiale avec le Hollandais René de Vries, physiothérapeute et spécialiste de la médecine sportive.

Un équipage de marins n’est pourtant pas une équipe sportive comme les autres, elle est notamment beaucoup plus hétéroclite. Chez Alinghi, les âges du sailing team s’échelonnent de 26 à 51 ans, les tailles de 1,70m à 1,99m , les poids de 70kg à 115kg, et les rôles de chacun sont très différents. Au-delà des entraînements de base et des échauffements, il convient donc de constituer des groupes cohérents de préparation physique, et de trouver le bon équilibre entre les besoins et les attentes de chacun. Les blessures les plus fréquentes viennent du dos, des épaules et des coudes, tout particulièrement sollicités. Affaler, tirer, soulever, mouliner, sans compter les chocs à répétition, certaines méthodes permettent de limiter les risques tout en augmentant les performances.

Jusqu’à présent, la préparation physique était relativement sous-exploitée dans la voile, alors que de gros progrès ont été accomplis en matière de prévention dans les sports de compétition. Dès son arrivée, Otmar Keller a mis l’accent sur le travail du tronc, en privilégiant son renforcement et sa stabilité. Conjuguer les deux se traduit par une diminution des blessures et une puissance accrue dans les bras et les jambes. Parallèlement, l’endurance des équipiers a fait l’objet d’une attention soutenue car elle se révèle primordiale pour passer les caps des longues journées sur l’eau et à terre (avant et après) d’une part, et d’autre part, pour récupérer entre deux régates. Une meilleure endurance permet en effet de retrouver ses forces beaucoup plus rapidement après un effort intense, ainsi qu’a pu l’observer Otmar dans une expérience précédente lorsqu’il s’occupait d’un pilote de F1.

Selon les postes de chacun, la nature et l’intensité des exercices varient naturellement, d’autant plus qu’il faut prendre en compte une autre variable, le degré de maturité du sportif. Aussi talentueux soient-ils sur l’eau, les plus jeunes n’ont pas forcément l’habitude de la compétition de haut niveau et doivent apprendre à devenir des athlètes. Un travail sur la force pure peut alors être recommandé.

La communication est donc omniprésente, aussi bien entre Otmar et les sportifs qu’avec Jochen Schümann, qui définit les objectifs et établit le programme sportif. Le feedback des marins est immédiat, ils ne se privent pas d’annoncer la couleur lorsqu’un nouveau concept ne leur correspond pas. Il faut alors mieux expliquer les tenants et les aboutissants, voir au-delà de cette étape et considérer l’exercice et ses résultats dans leur ensemble. D’ailleurs, Otmar ne se prive pas non plus de prendre en compte l’expérience des marins venus de Luna Rossa, Team New Zealand ou Oracle et d’en puiser le meilleur pour peaufiner ses propres méthodes. Il discute également avec d’autres entraîneurs sportifs de la Coupe, mais «chacun garde ses petits secrets» !

Plus récemment, mais «on ne peut pas tout faire à la fois», la nutrition a fait son apparition progressivement dans le programme de prévention et de préparation des marins d’Alinghi. «A ceux qui ont pour habitude de ne manger que des oeufs et du bacon le matin, nous leur avons conseillé de varier cette alimentation avec des céréales». Bien sûr il n’est pas question d’imposer quoi que ce soit, «on peut manger de tout mais au bon moment et en bonne quantité». Là aussi, les besoins de chacun varient selon la nature de leur travail ; les protéines s’avérant notamment de rigueur pour les équipiers appelés à développer leur musculature. L’élément indispensable de base pour tous reste l’apport en eau, souvent complété par des boissons isotoniques. Souvent exposés de longues heures au soleil au milieu de l’océan, les marins voient leur dosage de carbo-hydrates soigneusement étudiés. Selon le programme de la journée, les différents sucres participent aussi à l’équilibre général du sportif, qui devrait selon les cas en absorber des rapides, des lents et/ou des moyens. Réputé pour la qualité de ses spécialistes dans tous les domaines, Alinghi compte d’ailleurs sur les conseils de Christophe Mannhart, qu’Otmar considère comme le meilleur diététicien suisse.

Retrouvez les portraits précédents en archive sur www.skippers.ch, rubrique Team Alinghi par UBS, ainsi que des descriptifs de tous les membres sur www.alinghi.com, rubrique Team.