Se préparer au pire

Texte :

Au large du Cap-Vert. Nous sommes cinq copains de toujours à convoyer notre nouveau voilier pour les Antilles où nos épouses nous attendent. Les samedis soir, entre nous, que nous soyons au chalet, aux Pâquis ou ici au milieu de l’Atlantique, c’est fondue au menu. Fred, notre cuistot, nous a fait la surprise le jour de l’approvisionnement. Or, nous sommes samedi soir. Les odeurs qui montent inondent le cockpit où nous aimons nous retrouver pour l’apéro et le dîner avant de prendre nos quarts pour la nuit. C’est le rituel…

Cap-vert Feu Extincteur

© Gilles Morelle

Soudain le safran décroche. À peine le temps de nous regarder dans les yeux que le bateau part au tas. Vite, lâcher les écoutes ! Fred sort, hurle : « La fondue a valsé dans le carré ! Le feu a pris dans la cuisine ! Vite, trouvez l’extincteur ! » Son accès est déjà condamné par les flammes. Ça sent le roussi. Tant pis pour la fondue, le pire est à venir. Sommes-nous prêts à l’affronter ?

Cap-vert Signaux Arrivé

© Gilles Morelle

Et c’est à cet instant que je me réveille en sursaut. Un drôle de rêve à la limite du cauchemar. Mon cerveau est encore en pleine ébullition. Il faut dire que la journée a été bien chargée en ce premier jour de stage de survie ISAF et il va me falloir du temps pour en coucher le contenu sur le papier, échanger et digérer le tout.

De la théorie à la pratique

Éteindre un feu, monter à bord d’un radeau de survie, faire une manœuvre d’homme à la mer, allumer un feu à main, remonter à bord un homme à la mer, communiquer avec les Secours… Sur le papier, cela reste plaisant avec moult croquis et explications, mais il n’empêche que le stress monte d’un cran, car, à vrai dire, nous ne nous étions jamais posé autant de questions. Quelle serait notre réaction dans des circonstances dramatiques ? Serions-nous à la hauteur ?

Cap-vert Stage régatier, skipper ou équipier CCS, propriétaire, marin d’eau douce ou marin au long court Piscine

Un stage pour tous : régatier, skipper ou équipier CCS, propriétaire, marin d’eau douce ou marin au long court… © Amory Ross

Mais vient le temps de la pratique. Nos combinaisons de survie et nos sourires narquois nous transformeraient en Bisounours si l’instructeur n’était pas là pour nous remettre au carré. Sauter à l’eau, nager seul ou en groupe, monter dans le radeau de survie, le retourner, nager dessous… Autant d’exercices faits dans la joie et la bonne humeur. Autant d’exercices qui paraissent enfantins au port, mais qui permettent d’avoir le bon réflexe dans les situations délicates, et autant de réflexions qui fleurent dans la tête.

Un formateur de choc

Avoir Thierry Dubois comme instructeur n’est pas des plus déplaisants. Il faut dire que ce monsieur dispose d’un certain bagage : seul et naufragé au beau milieu des 40es rugissants, à la limite des glaces. Trois jours de survie totale sur sa coque retournée dans des eaux proches de 0°C. Des heures de réflexion, et de doute, aujourd’hui mises à profit et divulguées avec générosité. Il faut ouvrir grand ses oreilles, car ses conseils sont précieux, tout aussi précieux que notre vie.

Cap-vert Former au pire Apprendre Piscine

Il n’y a pas de profil type pour se former au pire. Il y a juste une volonté d’apprendre, de partager pour partir plus serein. © Amory Ross

En effet, suivre un stage de survie, c’est apprendre avant tout à éviter de se retrouver en situation de survie… et à décupler un bon sens marin. Parfois, nous nous sentons revenir sur le banc des écoliers avec quelques schémas fort simples d’équilibre des voiles et d’équilibre du bateau… avec un leitmotiv : garder de la vitesse à notre bateau, avec ou sans mât… Combien de situations catastrophiques auraient pu être évitées si l’équipage avait réussi à conserver un peu de vitesse ?

Si vis pacem, para bellum

Construire son bateau, en louer un, en acheter un pour sa croisière en Corse ou son année sabbatique n’est pas une démarche anodine et mérite réflexion : un gouffre sépare le matériel à embarquer, imposé par la loi, et ce qui est nécessaire à chacun à bord même du bateau.

Essayez avant ! Attendriez-vous d’être dans le froid, sous la pluie, de nuit sur l’autoroute pour savoir où se trouve votre roue de secours et comment la changer ? Eh bien, sur un bateau c’est pareil. Ce n’est pas le jour où il vous arrivera malheur qu’il faudra s’enquérir du matériel de sécurité à bord. Il ne suffit pas de connaître sa place, mais aussi avoir testé son usage.

Il y a foule de petits détails à bord qui feront toute la différence une fois en mer dans une situation difficile. Quelques exemples :

• La barre franche de secours de votre bateau à barre à roue. Savez-vous où elle se trouve ? L’avez-vous déjà testée ?

• La ligne de vie qui, correctement installée, permet de rester à l’intérieur du bateau…

• Votre radeau de survie. Savez-vous ce qu’il y a dedans ? Le plus simple est de vous rendre à un Salon nautique et de le voir, si possible en exposition. Ou alors, faites-en le tour lors de sa révision. Vous serez alors bien surpris de ce que vous y trouverez. À vous de compléter l’obligatoire par le nécessaire. Et toujours, souvenez-vous que le radeau est le dernier recours. Tant que votre navire flotte, vous êtes plus en sécurité à son bord que brinqueballé dans un radeau de survie…

• Votre voile tempête, comment se met-elle en place ? C’est simple : il faut l’endrailler sur votre étai. Ah ! J’ai un génois enrouleur. Pas de problème, on pose un étai largable. Ah ! Au port, sans vent, installer l’étai largable n’est déjà pas une mince affaire… Alors en mer par tempête, qu’en sera-t-il ?

Un livret pédagogique est fourni lors du stage avec des conseils, des anecdotes, des échanges, le vécu… Mais même une encyclopédie tout entière ne ferait pas le tour complet du sujet, et ce n’est donc pas l’ambition de ces trois pages de Skippers qui a pour simple but de vous inciter à vous inscrire et à vivre ce stage ISAF. Ensuite ? À vous d’en tirer les conclusions qui vous permettront de ne pas vous retrouver dans des situations d’urgence en navigation, ou savoir les gérer, car nous ne devons pas nous voiler la face : l’accident n’est jamais programmé.

Toutes les infos sur www.cepim.fr et www.cruisingclub.ch