Simon Koster & Valentin Gautier, deux solitaires pour un Class40 flambant neuf

Après avoir fait leurs armes en Mini, Simon Koster et Valentin Gautier cherchaient à acquérir un plus grand bateau. Devant l’ampleur de leur projet et de leurs ambitions, les deux Suisses ont eu l’idée d’unir leurs forces pour ne former plus qu’une équipe : le Rösti Sailing Team. Un projet de large 100 % suisse, ça ne s’était plus vu depuis les frères Bourgnon et Ravussin.

Vous êtes deux ministes, deux solitaires engagés sur le même bateau : en quoi vos profils sont complémentaires plutôt que redondants ?

©ChristopheBreschi_1672Simon Koster : Ils sont forcément complémentaires, surtout sur le plan de la gestion de projet. Valentin communique assez naturellement et cela a toujours été mon point faible. De mon côté, j’apporte mon expérience sur la construction de bateau (Simon Koster était engagé en Proto au sein de la classe Mini, N.D.L.R.), et cet aspect a pris énormément d’importance suite à notre décision de construire un bateau. Pour ce qui est de la navigation, je suis un personnage un peu plus calme, tandis que Valentin est plus nerveux et impulsif, ce qui peut aussi être un atout dans certaines situations.

Vous avez confirmé avec vos sponsors un projet sur trois ans. Quels sont vos objectifs sportifs ?

Valentin Gautier : Notre objectif principal est de participer à la Transat Jacques Vabre. Il est difficile de raisonner en termes de résultats sur cette course, car nous allons mettre notre bateau à l’eau assez tard au mois de juillet. Nous ferons notre galop d’essai sur la Rolex Fastnet en août et aurons très peu de temps pour préparer, fiabiliser et optimiser le bateau avant notre première transat. Notre objectif sportif sera d’avoir un bateau et un équipage en mode course jusqu’au bout, sans grosse casse et comprendre assez rapidement comment fonctionne notre Class40. Notre véritable objectif est d’arriver sur la Jacques Vabre 2021 avec un bateau fiabilisé aux petits oignons et un projet gagnant.

Vous construisez un Class40 de 4e génération, un bateau conçu pour gagner. Quel est son cahier des charges ?

BK-KOSTER_0479-©-Christophe-BreschiSimon Koster : En général, ces bateaux sont exigeants physiquement et pas très ergonomiques. Notre premier axe de travail est la protection du marin pour être mieux abrité en navigation et ainsi pouvoir être plus performant sur la durée. Notre deuxième axe est d’augmenter la puissance du bateau par rapport aux générations précédentes, même si la jauge ne laisse pas la porte ouverte à des révolutions. On va essayer de chercher un maximum de puissance de carène sans trop nous pénaliser dans le vent faible ou les allures portantes.

Valentin Gautier : Notre bateau est dessiné par Samuel Manuard et construit par Nicolas Groleau dans son chantier naval JPS, situé à la Trinité. Ces deux-là travaillent ensemble depuis un moment, notamment sur les trois premières générations de Class40. Nous en sommes à la quatrième, le Mach40.4. On s’appuie sur un duo avec pas mal d’expérience et c’est ce qui permet de lancer un bateau dans un timing aussi serré. Avec les simulations, on a vu qu’on arrivait à faire une carène qui marchait comme un avion au vent de travers, mais qui perdait beaucoup au vent arrière ou dans le petit temps. Il va falloir maintenant trouver des solutions pour bien placer le curseur entre performances dans certaines conditions et polyvalence. L’ergonomie est aussi un axe qui permet véritablement d’améliorer la performance. Quand on regarde les images de la Route du Rhum, on voit les mecs à l’intérieur sous pilote en train de se cramponner. Ils passaient énormément de temps à subir, sans exploiter leur bateau, sans pouvoir ni barrer, ni régler, et de ce côté il y a énormément à gagner.

Les projets des Class40 sont en général pensés pour une finalité : la Route du Rhum, et donc une course en solitaire. Vous affichez vos ambitions en double sur la Jacques Vabre, en quoi cela change-t-il votre approche dans la manière de monter le projet et de concevoir le bateau ?

Valentin Gautier : Il y a quelques choix qui diffèrent. Par exemple, sur la plupart des bateaux optimisés pour le solitaire le génois est monté sur enrouleur tandis que le nôtre sera enraillé. Cela permet de l’enlever de l’avant, de ne pas avoir tout ce poids qui traîne dans les hauts, de pouvoir le matosser, etc. On a également pris le parti d’avoir une grand-voile sur ralingue plutôt que sur chariot, ce qui la rend plus difficile à manier en solitaire, mais permet d’économiser du poids.

Vous êtes deux solitaires et retournerez forcément vers la course en solo, alors comment comptez-vous vous y prendre à l’issue de votre programme en 2021 ? Un marin repart avec la coque et l’autre avec le gréement ?

MACH40Simon Koster : Dans le meilleur des cas, nous aimerions chacun partir avec un bateau, c’est pour cela que nous allons nous donner au maximum pour avoir de belles retombées avec ce projet en double.

Valentin Gautier : Dans l’hypothèse où l’un de nous deux serait suffisamment avancé avec ses partenaires pour être en mesure de se lancer dans une campagne Route du Rhum, alors c’est ce dernier qui récupèrerait le bateau. Pour l’instant, on envisage le projet sur trois ans, il y a une Route du Rhum qui suivra et il est probable que l’un des deux opère un retour au solo à ce moment-là. Mais si cette expérience en double ouvre des portes sur un projet d’équipage suisse d’envergure… alors pourquoi pas (voir p.56 l’article sur The Ocean Race, N.D.L.R.) ?