Stephane Kandler

Vous avez mis fin à 31 victoires d’affilée d’Alinghi en match race, comment expliquez-vous cette performance ?
C’est le travail qui paye. Nous y avons cru, nous nous sommes accrochés et nous avons tenu jusqu’au bout. Nous avions commencé l’Act 8 en battant Team New Zealand, nous le finissons en prenant l’avangate sur Alinghi, c’est une énorme fierté et une très belle récompense pour tout l’équipage.

Quelles sont aujourd’hui les forces et les faiblesses de K-Challenge ?
Notre force réside principalement dans l’esprit de corps de l’équipe et dans la foi qui la motive, nous constituons un groupe qui est animé par une seule et même ambition, et qui se donne sans compter. Quant à notre faiblesse, elle se résume à notre manque de moyens, notre budget est le plus modeste de tous les challengers. La veille de notre victoire sur Alinghi, nous avions de gros problèmes de matériel et n’étions pas sûrs de les surmonter à temps, faute d’argent. D’ailleurs dans l’Act 9, les problèmes de matériel se sont accumulés et nous ont coûté cher au classement. Ces problèmes sont tout à fait surmontables et se résoudront avec l’arrivée de nouveaux sponsors, et nous nous battons pour les convaincre.

Depuis le lancement de votre projet en 2001 quelles ont été les plus grosses surprises ?
D’une certaine manière, nous avons été surpris du peu d’intérêt en France pour soutenir un Defi français de l’America’s Cup, le processus pour convaincre sponsors et autorités a été beaucoup plus long que nous le pensions initialement.

Bizarrement personne ne croyait qu’il était possible d’avoir un challenger compétitif en France, nous avons maintenant prouvé que c’est pourtant bien le cas. La bonne surprise est venue du déroulement général des Louis Vuitton Acts de Trapani : tout a convergé pour faire de cet événement un succès. Le public était massivement présent, le niveau des régates très élevé, l’organisation bien rodée, les médias ont très largement couvert les courses, l’engouement a été général et le déclic de la Coupe s’est fait à ce moment-là selon moi.

Quel est votre programme jusqu’en 2007 ?
En rentrant de Trapani nous avons continué à naviguer un peu pour effectuer des tests sur le bateau, mais cet hiver nous levons le pied, nos budgets ne nous permettant pas pour l’instant de mettre le turbo dès maintenant. Dès que nous aurons consolidé notre base financière, nous pourrons faire construire un nouveau bateau et reprendre les entraînements.

Quelle place visez-vous en 2007 ?
J’ai toujours dit que l’objectif était de remporter l’America’s Cup, pas juste de participer. Nous pouvons aller jusqu’au bout, avec un budget raisonnable, mais certes pas dans n’importe quelles conditions. Notre victoire sur Alinghi a démontré que notre méthode était bonne. Alinghi avait remporté 31 victoires à la suite cette année, nous nous sommes imposés dans le 32e match disputé, et il s’agit de la 32e America’s Cup ; les superstitieux y verront un bon signe pour K-Challenge !

A vos debuts Alinghi était votre référence, qu’en est-il aujourd’hui ?
C’est clair qu’Alinghi est toujours la référence, ils sont notamment très forts dans l’organisation et le marketing, et font tout avec qualité. J’ai par ailleurs un faible pour Emirates Team New Zealand, qui a énormément de coeur et n’a de loin pas le même budget. Leur équipe carbure au sport pur et c’est aussi beau. Je pense qu’il y a une voie à explorer entre les deux.

Que pensez-vous du nouveau format de l’America’s Cup apporté par ACM ?
Depuis le tout début j’ai cru à ce concept d’America’s Cup sur 3-4 ans. D’une manière générale, tout le monde en profite car il y a bien plus de repères et de possibilités de comparaison avec en outre une visibilité accrue pour le public et les sponsors. D’ailleurs il n’y a jamais eu autant de sponsors dans la Coupe qu’à ce jour. Ce sont les petits syndicats comme le nôtre qui profitent le plus de ce système car on peut observer les plus performants et le cas échéant s’en inspirer. C’est à Trapani que la démonstration du bien-fondé de cette approche a été faite, c’est là que les gens ont compris ce en quoi consistaient les Louis Vuitton Acts. Je ne pense pas qu’il soit possible d’envisager la Coupe autrement dorénavant.

De votre côté, où en êtes-vous avec vos sponsors ?
Trapani nous a permis de concrétiser un nouveau partenariat technologique avec CTA / Mecalog Group, qui a le statut de «Supporter». Nous avons le soutien de la Fédération Française de Voile, alors que la marque de vêtements Aigle et la ville de Gandia nous accompagnent depuis deux ans déjà, et nous devrions annoncer un nouveau sponsor lors du Salon nautique de Paris. En parallèle, des discussions sont en cours en vue de signer un contrat avec un sponsor principal.

Est-ce que cette aventure est compatible avec les activités de K-Yachting ?
Les activités de vente de bateaux Kod33 et de charter continuent, les organisations d’événements aussi, mais c’est un gérant qui s’occupe de K-Yachting. Naturellement, je n’ai plus le temps de m’y impliquer personnellement car je suis à 100% dans K-Challenge et la Coupe.