Un Bol d’Or en tête de course

Il était annoncé «complexe». Il a «déçu en bien» comme on dit sur les rives du Léman. Comprenez par là que le Bol d’Or Mirabaud fut un tantinet plus fluide que prévu, en tout cas en ce qui concerne la tête de course. Mais que l’on se rassure, cette septantième édition ne fut pas un long fleuve tranquille pour autant. Les 526 concurrents au départ, le 14 juin dernier, en ont eu pour leurs frais d’inscription. A bord des D35, Alain Gautier recevait son coéquipier Michel Desjoyeaux, les jeunes de Zebra 7 s’offraient les services de Franck Cammas, Alinghi embarquait Tanguy Cariou et Murray Jones. En fait d’un résidu de bise, c’est des airs légers qui accompagnent le départ. Le Zen Too de Stève Ravussin s’installe en tête, accompagné de son sister ship Cadence et du M2 Banque Piguet. Parmi les catas de la tête de course, le Full Pelt de Joe Richard fait preuve d’une étonnante vélocité dans les tous petits airs. Il n’en va pas de même de ceux qui ont choisi de longer la côte française. Dans un premier temps, ce côté-là ne
paie pas du tout. Il devient intéressant vers la fin de matinée. Un long ruban de monocoque s’échappe soudain de ce côté-là, au nez et à la barbe des multicoques. Vers 11h30, c’est un Toucan qui est en tête du Bol d’Or.
La cavalcade de l’ancêtre est de courte durée. A Yvoire, un courant de nord-ouest, d’abord timide, embarque les multicoques en direction du Bouveret. Les airs traversent le lac. La flotte est uniformément répartie. Devant Lausanne, Foncia passe à l’attaque. Michel Desjoyeaux à la
barre, l’équipage en mouvement perpétuel pour régler l’assiette du bateau, et c’est une place de gagné sur Smart Home. Au chaland du Bouveret, il est 14h. Ravussin passe en tête devant Foncia et Smart Home. Le M2 Team Parmigiani est sixième. Le premier monocoque, Oyster
Funds, passera à 15h51, devant Full Pelt et Digital BDO. Chose inhabituelle dans l’écrin de montagne qui entoure le Haut Lac, aucune transition ne se fait sentir. Le retour sur Lausanne se fait donc rapidement. Dans le Petit Lac, au même moment, le vent s’est arrêté. La flotte des Surprise et bateaux similaires est coupée en deux: Il y a ceux qui ont pu s’échapper à temps et ceux qui sont restés prisonniers avant Yvoire. Les otages devront attendre la fin d’après-midi avant de décoller dans le Grand Lac.
Arrivé sur Lausanne, Zen Too est soumis à un dilemme: traverser ou continuer côte suisse en prenant le risque de tomber dans une zone tampon à Morges. Le tacticien Nicolas «Canard» Berthoud, décide de fondre sur Lausanne. Zen Too est suivi par le trio de tête. Mal leur en prend. A peine passés Evian, le vent tombe. Alors qu’il est largement en tête, le trio est stoppé. Toutes les jumelles se tournent vers la côte suisse. Dans une prairie qui surplombe Saint-Prex, quelqu’un a fait un feu. L’herbe est humide. Une épaisse fumée se dégage de l’âtre. Sans le savoir, le paysan qui brûle ses mauvaises herbes est un élément clé de ce 70e Bol d’Or. La colonne monte verticalement, puis s’incline doucement en direction de Genève. Pour Zebra 7, en embuscade sur la côte suisse, c’est le signal. Les jeunes ont choisi de faire une tactique «collégiale». Chaque décision s’est prise à la majorité. «Il y a eu beaucoup de discussions. C’était très démocratique à bord», rigolera Franck Cammas à l’arrivée. Un couloir de Joran, de 500 mètres de large, déroule un tapis rouge, à 90 degrés de la côte. Suivis par Okalys et Alinghi, les jeunes et Franck Cammas s’y engouffrent sans demander leur reste. L’aubaine dure jusqu’à Yvoire où une nouvelle zone tampon stoppe les leaders vers 17h. Le face à face entre le Decision 35 et les Surprise arrêtés dure quelques instants. Des risées s’installent ensuite devant l’étrave de Zebra 7. Les 1300 kilos du catamaran noir prennent leur élan dans un tout léger bisotton. Côte française, Okalys est bloqué. Derrière, dans l’axe, Alinghi ne bouge plus non plus. Le vent s’installe devant Zebra 7 comme la mer s’est écartée devant Moïse. Et le miracle continue jusqu’à la ligne d’arrivée. Un dernier empannage à la Belotte. A bord, personne n’ose piper un mot. Chacune se concentre sur les réglages. «Nous avons vraiment fait l’effort de régler et de rester concentrés jusqu’à la ligne d’arrivée», témoigne Julien di Biase, recruté par son compagnon d’Oracle BMW Racing pour l’occasion. Et ça passe jusqu’à la ligne d’arrivée! Neuf heures et trente-quatre minutes après le départ: Canon, explosion de joie, champagne et baignade forcée.   Le calvaire des poursuivants, lui, n’est pas tout à fait terminé. A la hauteur de Genthod, une nouvelle mistoufle lui tombe dessus. Et c’est encore un franc-tireur qui va passer. Le M2 Team Parmigiani est resté à la côte française. C’est là que le vent redémarre en premier. Le barreur Michel Vaucher prendra son exploit comme lot de consolation de sa mauvaise Genève-Rolle-Genève de la semaine précédente: «Nous avions beaucoup travaillé mentalement avant cette course pour nous remettre de nos déboires de la Genève-Rolle. Il a fallu pas mal d’abnégation. L’inspiration et la vitesse ont fait le reste». Zen Too, grand animateur de ce Bol d’Or, termine quatrième. «On aurait pu aussi être huitième. C’est le Bol d’Or, il faut un peu de chance et voilà. Nous sommes contents d’avoir fait vivre cette édition». A 22h42, le premier monocoque Oyster Funds passe la ligne. Le Psaros 40 barré par Boaron est suivi de Full Pelt, l’étonnant monocoque britannique de Joe Richard. L’immense Digital-BDO de Vuilliez ferme le podium. Derrière, la course bat son plein. Le premier Surprise, Tarangau, mettra 21h 07min et 37s à se débarrasser de sa centaine d’alter ego. Pour beaucoup, il est le véritable vainqueur du Bol d’Or.

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