Yacht Racing Forum : à Lorient, les échos des pontons font le tour du monde

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Organisé chaque automne par le Suisse Bernard Schopfer, le Yacht Racing Forum a embarqué les professionnels de la course au large venus du monde entier pour 48 h de débats sur l’évolution de la voile. Architectes, clubs, coureurs, designers, organisateurs d’événements et sponsors ont échangé sur les enjeux majeurs de notre sport. Cette plateforme est unique au monde. En attendant la prochaine édition à Bilbao les 25-26 novembre 2019, Skippers revient sur quelques nouveautés et sujets évoqués, et vous offre pour conclure la sélection des 20 photos finalistes du Mirabaud Yacht Racing Image.

America’s Cup : accélérateur de R&D

Photo-qui-va-avec-paragraphe-GunboatPour l’ensemble du panel intervenant sur ce thème, même avec trois challengers, l’America’s Cup concentre tellement de ressources (financières et humaines) que chaque campagne permet des avancées spectaculaires en matière de technologie et de design dont profite ensuite l’univers de la voile. Elle bénéficie de compétences et de temps pour tester divers scénarios qui, autrement, ne pourraient jamais être explorés.

Progrès technologique VS facteur humain : où placer le curseur ?

Pour Quentin Lucet du cabinet VPLP, il serait théoriquement possible de gagner quatre jours sur un Vendée Globe avec les Imoca de dernière génération, mais la question est de savoir si le marin a la capacité physique de suivre la machine. Dans la même veine, l’asservissement électronique des foils fait toujours débat. Pour l’architecte Renaud Bañuls, l’asservissement ou non des foils est un problème philosophique : « Accepte-t-on ou non de diminuer l’impact du marin au profit de l’intelligence artificielle ? Il est tout à fait envisageable de concevoir un bateau autonome, mais je pense que l’élément central d’une course doit rester le marin luimême. », a-t-il commenté.

Le mariage de l’Imoca et de l’ex Volvo fait débat

La course qui prendra la suite de la Volvo Ocean Race se disputera à bord d’Imoca 60 et ouvre ainsi une toute nouvelle dimension pour cette classe spécialisée dans la course en solitaire. Pour Bruno Dubois, ancien manager de Dongfeng, c’est surtout le choc de deux cultures qui se profile : « Ce n’est pas seulement la fusion de deux classes, mais de deux mentalités de marin, et croyez-moi… Elles sont très différentes. Dans un équipage de cinq personnes, on se passe du navigateur sur les manoeuvres car son temps est mieux utilisé à la table à cartes. Ça donne seulement quatre équipiers disponibles pour gérer le bateau et dans le monde anglo-saxon, on n’appelle pas cela de la course en équipage ».

Star Sailors League : une Nations Gold Cup basée en Suisse !

Les fondateurs de la Star Sailors League ont annoncé vouloir lancer un championnat du monde de voile par nation s’inspirant de la Coupe du monde de football. Représentée par l’ancien champion olympique de Finn Mateusz Kusnierewicz (POL), la Nations Gold Cup ambitionne de rassembler 40 équipages pour sa première édition en 2021. Les entraînements devraient débuter en 2019 à bord de quillards de 45 à 50 pieds, de type RC44 ou équivalent, sur une base du lac de Neuchâtel acquise à cet effet. Tout un accompagnement marketing est également prévu pour aider les régatiers à monter leur équipe nationale. Les champions Robert Scheidt et Torben Grael seraient déjà en train de mettre sur pied un équipage pour représenter le Brésil. Qui pour représenter la Suisse ?

Lorient – Les Bermudes – Lorient

La double transat sans escale en équipage née en 1979 devait revenir le 5 mai 2019, mais en raison d’une Route du Rhum particulièrement « casse-bateau » chez les Ultime et certains Imoca, la compétition a été repoussée à une date ultérieure. Bardés de technologies, ces bateaux ne devraient pas avoir de mal à pulvériser l’ancien temps de référence (34 jours) sur ces 5780 milles, un parcours stratégiquement ouvert.

De Virtual Regatta à la Clipper Round the World

Lancé en 2006, ce jeu en ligne multijoueur rassemble des centaines de milliers de régatiers virtuels sur les plus grands événements (notamment la Route du Rhum). Son fondateur Philippe Guigné recueille de nombreux témoignages de joueurs qui n’avaient jamais touché à un bateau, que Virtual Regatta a alors converti à la voile, et notamment au travers de la Clipper Round the World ! Aussi présent au Forum, le vidéaste Stan Thuret a d’ailleurs déclaré avoir « appris » sur Virtual Regatta avant de se lancer en Mini.

YRF18_RT0804Gunboat : à la pointe de la technologie

Partenaire du Yacht Racing Forum, le chantier Gunboat (passé l’an passé sous pavillon français) est intervenu sur les attentes des propriétaires en matière de performance et de sécurité. Son managing partner Benoit Lebizay n’était d’ailleurs pas surpris de trouver parmi les délégués un propriétaire de Gunboat, et quelques représentants de propriétaires potentiels. Il a été séduit par la qualité des intervenants du symposium design et technologie, et notamment leur démonstration de l’importance de la trainée aérodynamique et de sa courbe exponentielle sur les bateaux volants, une fois ces derniers libérés des contraintes hydrodynamiques.

La voile mal défendue ?

Pour Nathalie Quéré (directrice de campagne AkzoNobel sur la Volvo Ocean Race, vue auparavant chez Infonet alors sponsor d’Alinghi), la voile doit sortir de son carcan et mieux se vendre. La voile devrait être représentée auprès de forums et de plateformes de marketing sportif rassemblant tous les sports, de type Sport Leaders ou Sport Industry, de manière à attirer des sponsors globaux qui lui permettraient de mieux se développer. Pour celle qui s’apprête à créer son agence, la multiplication des circuits parallèles brouille l’image de la voile et ne facilite pas la compréhension pour les sponsors potentiels.

SAIL in Festival à Bilbao

« Je n’ai jamais aimé les choses faciles, mais j’aime bien les rendre faciles », concédait l’an passé Loïck Peyron lors d’un atelier à propos de ce festival qui célèbre la culture de la voile. Il ne s’agit ni d’une régate ni d’un salon, et les organisateurs lui ont façonné une dimension culturelle. Le festival SAIL in s’articule autour de quatre piliers : ateliers, discussions, expositions, films. Une bonne occasion de s’aérer l’esprit en se rendant début mars à Bilbao ? Sailingestival.com.