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Rivet à la barre

par Quentin Mayerat

 

 

 

Après son joli coup tactique le long de l’île d’Yeu, Frédéric Rivet (Vendée 1) maintient son leadership devant… Jérémie Beyou (BPI) et Fabien Delahaye (Port de Caen-Ouistreham). Passés à l’intérieur de Belle-Île en milieu de nuit, les 46 solitaires progressent rapidement sous spinnaker dans une brise de Nord-Est.

 

C’est vers 3h du matin que le vent s’est franchement orienté au Nord-Est, après un louvoyage parfois laborieux entre l’île d’Yeu et l’entrée de l’estuaire de la Loire. Et si après l’île vendéenne, la flotte s’était de nouveau regroupée et suivait la même trajectoire, il n’en était pas de même au large de Noirmoutier lorsque la brise imposait de tirer des bords pour gagner dans le Nord-Ouest. Le gros du peloton choisissait plutôt le large quand certains comptaient sur la marée pour se recadrer vers la bouée SN1, indiquant l’entrée de la Loire… Si la hiérarchie variait un peu au fil des bords et si chacun pouvait tenter un petit décalage pour se démarquer, les écarts restaient extrêmement faibles quand les spinnakers commençaient à fleurir au large de La Baule. Le vent de Nord-Est s’installait rapidement et la flotte déboulait à plus de huit nœuds pour passer à l’intérieur de Belle-Île, marque de parcours à laisser à bâbord. Et tout le monde était rivé à la barre pour glisser vers la pointe de Penmarc’h…

 

Les gros bras aux avant-postes

 

Fort de son coup tactique à l’île d’Yeu, Frédéric Rivet (Vendée 1) ne lâchait rien et conservait le commandement. Mais la pression était forte dans son sillage avec Jérémie Beyou (BPI), Fabien Delahaye (Port de Caen-Ouistreham), Morgan Lagravière (Vendée) et Erwan Tabarly (Nacarat) à un jet de lance-pierre ! D’ailleurs après avoir parcouru cent milles depuis le départ des Sables d’Olonne, les deltas sont infimes puisque 90% de la flotte étaient inclus dans un périmètre de cinq milles… Pour l’instant, il n’y a donc pas de chamboulement prévu dans le classement général. Reste qu’il faut tenir ce tempo jusqu’au raz de Sein, à 80 milles des étraves…

 

Or à ce rythme, les leaders vont aborder la pointe de la Bretagne vers midi ce lundi toujours dans un flux de secteur Nord-Est, mais le courant de marée va justement s’inverser à cette heure : les premiers pourraient donc faire le break en passant le raz de Sein sans avoir à affronter le jusant contraire quand leurs poursuivants et surtout les retardataires vont buter contre la marée descendante pendant plus longtemps. Il devrait y avoir alors plus d’écarts pour l’entrée en Manche et deux solutions sont envisageables : soit repartir au large pour passer sous Ouessant par le chenal du Fromveur, soit s’engager dans le chenal du Four en passant devant Le Conquet. Certes le courant n’est pas aussi puissant (coefficient 35) que lors de la troisième étape (coefficient 89), mais il y a tout de même jusqu’à trois nœuds contraires…

 

Et puis c’est aussi aux alentours de ce moment que le vent pourrait rebasculer au secteur Ouest avec l’arrivée d’un front par l’Atlantique. Il y a donc encore pas mal de paramètres à gérer avant de dérouler sa route vers les îles Anglo-Normandes : la flotte n’aura même pas parcouru la moitié de cette ultime étape ! Et même au portant, la remontée de la Manche reste une zone à risques avec les effets de côte et les îles qui parsèment la trajectoire vers Dieppe.

 

Ils ont dit

 

Frédéric Rivet (Vendée)

« C’était super sympa hier en passant devant la « maison », le long de l’île d’Yeu, avec le bateau Vendée ! Après, j’ai réussi à me recaler sans trop perdre de terrain et depuis le début de la nuit, on est à la bagarre avec Jérémie, Fabien et Morgan. On est sous spi serré sous l’île de Groix : on est assez concentré dans ces conditions et on ne lâche pas trop la barre. On devrait atteindre Penmarc’h vers 9h… »

 

Jérémie Beyou (BPI)

« Les conditions sont assez proches des modèles, même si on a eu un peu plus de brise au départ que prévu pour aller à l’île d’Yeu. J’essaye de ne pas perdre mes habitudes : c’est toujours plus simple quand on est devant. Je n’ai pas pris de risques et je suis bien concentré sur l’objectif. J’essaye de me reposer un peu, mais il n’était pas si établi que ça, le vent cette nuit. Il a fallu alterner spi serré et génois plusieurs fois. Mais jusqu’à Penmarc’h, c’est du tout droit. »

 

Fabien Delahaye (Port de Caen-Ouistreham)

« Les conditions sont agréables avec quinze nœuds : je suis plutôt à l’attaque sous petit spinnaker serré. J’ai bien réussi à décrocher certains collègues, dans le tableau de Fred Rivet. C’est un bord de vitesse pure où il faut bien choisir sa toile et là, je fais un peu le trou avec mon petit spi… On vit penché et j’ai pu faire trois petites siestes dans la nuit. J’écoute un peu de musique quand tout se passe bien. »

 

Morgan Lagravière (Vendée)

« Ça s’est plutôt bien combiné depuis le début, avec un bon premier près : j’ai pu m’extirper un peu du gros de la flotte pour attaquer. Je pense que c’était plutôt de bon augure. Après on a attaqué un long bord de près jusqu’au début de Belle-Île quasiment, avec des fortes oscillations du vent. J’étais plutôt bien dans le timing ce qui fait que pour le moment tout se passe bien pour moi. Fred (Rivet-Vendée 1) a fait un très beau coup au niveau de l’île d’Yeu. Je ne sais pas si c’est parce qu’il habite là-bas ou si c’est une coïncidence mais en tout cas chapeau, il revient de loin, c’est vraiment super ce qu’il a fait ! Je viens d’affaler le spi, je suis sous foc : on était sous spi serré il n’y a pas très longtemps mais le vent a bien refusé. Les conditions ne sont pas très clémentes pour écouter de la musique, c’est plutôt concentration, petites siestes de temps en temps même si ce n’est pas évident parce que ça bouge beaucoup : il faut en permanence réadapter le réglage des voiles. L’ambiance, c’est plutôt optimiser la vitesse du bateau plutôt que de prendre du temps pour soi. »

 

Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls)

« Je suis un peu amarré à la barre sous spinnaker serré : je vis comme un moine ! Il y a 17 nœuds de vent, sur une mer plate. Certes, je suis un peu sous le paquet, mais c’est une position intéressante. Il y a eu un petit carambolage au départ à la bouée Le Nouch, et mon chandelier a plié au niveau du ballast. J’ai réussi à colmater la fuite. »

 

 

 

 

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