C’est quand on n’est pas à la maison qu’on ressent davantage le sentiment d’appartenance à son pays d’origine et que, même la routine manque ! D’autant plus quand on est obligé de passer des semaines en pleine mer, en se nourrissant de lyophilisés et en dormant selon des cycles imposés par la vie à bord.
Bien que le train-train quotidien puisse parfois être agaçant, on a envie de le retrouver après un tour du monde. Charles Caudrelier, responsable performance, et Yann Riou, media man à bord de Groupama 4, répondent à nos questions après leur triomphale victoire à Lorient.
Les aller-retour à la maison ont été rares et précieux en ces derniers 8 mois. Combien de fois êtes-vous rentrés en France ?
Charles Caudrelier : « Je suis déjà rentré deux fois depuis le départ de Groupama 4 en septembre dernier, lors de l’étape brésilienne à Itajai et de celle portugaise à Lisbonne. Mais c’est seulement à Lorient que j’ai eu le sentiment d’être vraiment chez moi, car j’ai pu y passer une semaine entière, alors que les autres fois, je n’y restais que deux ou trois jours. On avait seulement le temps d’atterrir. Cette semaine je suis même allé chercher mon fils à l’école ! »
Yann Riou « Je suis parti de Lorient en même temps que Groupama 4, en septembre de l’année dernière. Je ne suis rentré qu’une seule fois, à Noël. J’étais en vacances dans les Alpes mais je n’ai pas eu l’opportunité de venir à Lorient, où je vis actuellement. Ça fait du bien de retrouver son chez soi !».
Pouvez-vous me dire ce qui vous a le plus manqué lors de ce tour du monde ?
Charles Caudrelier : « Ce qui m’a le plus manqué ? Le soleil et la chaleur, je suis ravi de les avoir retrouvés ici à Lorient (rires : le temps n’est pas très ensoleillé et sec à Lorient). Il n’y a rien qui m’a vraiment manqué, puisque ma famille m’a suivi sur la majeure partie du périple. Ce sont plutôt les crêpes et les copains qui ont fait défaut! J’étais content d’être où j’étais, ça a été une expérience que je n’oublierai jamais ! ».
Yann Riou : « C’est un tout, un peu la Bretagne, ma région d’origine, ma vie sociale d’ici, ma famille et mes amis, mon appartement. Essentiellement il s’agit de mes activités extra-professionnelles et des proches… J’ai rêvé à plusieurs reprises d’araignées et de langoustines ! J’adore les crustacés. Et dans une moindre mesure, j’ai rêvé de crêpes bretonnes. L’équipe à terre s’est bien occupée de nous à notre arrivée et on a eu droit à une grosse assiette de langoustines et à des crêpes ».
Avez-vous l’impression que quelque chose a changé depuis votre départ sur la Volvo Ocean Race en novembre dernier ?
Charles Caudrelier : « Ce qui a changé ? Rien de particulier pour l’instant. Peut-être nous, en tant que marins, avons changé après cette Volvo Ocean Race. … Ah oui !!!Une chose qui a changé est le président. Ce n’est pas négligeable ! »
Yann Riou « Non, rien de particulier a changé… Juste des petites choses, la vie a évolué, elle ne s’est pas arrêtée mais je ne remarque pas de changements radicaux. La base fixe de Groupama sailing team a changé un petit peu, puisque le village de la Volvo Ocean Race en a modifié un peu la conformation. »
Le plus beau moment de cette étape lorientaise…
Charles Caudrelier : « L’arrivée à Lorient a été magique parce qu’on était au bout d’une étape difficile et stressante et qu’il y avait beaucoup de monde à nous attendre. Ça a été très touchant. Il y avait le grand public et aussi beaucoup de représentants de la voile française, ils étaient contents de nous voir gagner en France. Ça a été un moment important pour la voile française. Il pleuvait et il faisait froid à notre arrivée, mais on a tout de même été très bien accueillis. »
Yann Riou « Lorient est une escale complétement à part pour moi : elle est très différente des autres. C’est une longue escale : c’est la première fois qu’on a eu autant de temps de libre. J’ai finalement pu rencontrer des gens que je n’avais pas vu depuis longtemps. J’ai pu sortir du monde de la Volvo Ocean Race pendant une semaine… pour une fois ! Lorient représente trop de choses pour moi, j’aurais du mal à la comparer à d’autres étapes mais, objectivement, je vois que le village est l’un des plus beaux. »
Vos plus beaux souvenirs au tour du monde?
Charles Caudrelier : « Certainement à Cape Town. L’arrivée restera l’un des plus beaux souvenirs de la course pour moi : découvrir l’ambiance et l’atmosphère de l’arrivée, avec les familles qui sont venues à notre rencontre en bateau. La vie à Cape Town est en outre très agréable, le centre ville est magnifique. »
Yann Riou « Le moment plus beau a été quand j’ai aperçu les Glénans, lors de notre arrivé à Lorient. Je suis sorti du bateau, j’étais très occupé, je devais envoyer des images, il fallait que je range deux, trois affaires… Il y a eu un moment où j’ai sorti la tête du bateau et j’ai vu ces îles emblématiques et… cinq minutes après la patrouille de France est passée au dessus de nos têtes. Ça a été un grand moment, vraiment. Un autre moment fort a été le passage du Cap Horn, je ne l’oublierai jamais ! »
Retrouvailles, repos et performance sportive ont été les principaux ingrédients de cette « pause » lorientaise. Peut-on toutefois parler de « pause » alors que cette édition de la Volvo Ocean Race ne s’est pas encore achevée ? Même si l’équipage de Franck Cammas a conforté sa place au niveau du classement général, il reste en effet encore des cartes à jouer pour les prétendants au titre décerné à Galway. Il faudra atteindre le résultat de l’In-port Race de Galway le 8 juillet prochain pour souffler vraiment.
Les deux marins ne semblent pas toutefois avoir réellement envie de prendre une grosse pause après cette belle aventure. Si Yann Riou compte poursuivre sa collaboration avec Franck Cammas et Groupama sailing team, Charles Caudrelier souhaite embarquer sur un Mod 70 pour participer au Tour de l’Europe et préparer le Vendée Globe 2016 à bord d’un Open 60’. Le retour au train-train ne devrait pas avoir le temps d’agacer les deux marins français…