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Régates et fiestas jusqu’au bout de la nuit

par Jacques-Henri Addor

Semaines du Soir lémaniques

Ah …! Les Semaines du Soir …! Elles commencent en fin d’après-midi par des régates simples et agréables, au gré de l’été, lac plat, petites brises vespérales, douceur de fin de journée. Elles se poursuivent par l’incontournable apéro et un repas convivial. Sous les spots, l’ambiance décolle et la musique entre en danse. Il faut veiller à se ravitailler et à ne pas mourir de soif. Les heures égrènent ensuite leurs minutes, jusqu’au milieu de la nuit… et parfois même au-delà.

La Semaine du Soir du Club de Voile de Lausanne est l’une des plus anciennes. 105 ans au compteur. Elle illustre à merveille les origines de ces régates d’été. Au profit des beaux jours, elles cimentent les liens sociaux au sein d’un club. Tel est le dénominateur des Semaines du Soir : on tire quelques bords en fin d’après-midi, et place à la partie festive! Au point que la partie voile remplit parfois un rôle presque secondaire, prétexte, en regard de la participation des non-régatiers à la « fête au village »

Règlements de comptes au CVL

Il y a trois quarts de siècle, les Semaines de la Voile avaient le profil de véritables joutes âprement disputées. Pierre Mercier raconte que tous les soirs n’ont pas été aussi festifs qu’aujourd’hui. « Enfant, j’allais régater avec mon père André, à bord de Nausicaa. J’avais été frappé par deux choses. Dans les vestiaires du Cercle de la Voile (CVL de l’époque, à Ouchy), dont il reste un bâtiment analogue, la NANA, Johnny Cornaz dit « Le Chinois » et Jean-Philippe Descoeudres avec sa gueule de boxeur s’empoignaient verbalement pour de bêtes questions de refus de tribord ! C’était un monde très masculin qui n’acceptait
guère les femmes en régate. Ça a certainement pesé sur le développement des séries. Alors que parmi les régatiers de l’époque, le luthier Pierre Gerber, à la sensibilité incontestable, disait : «Tenir une barre, c’est comme tenir l’archet d’un violon. Les Semaines du Soir étaient l’occasion de passer des soirées entre amis. Avant la TV et les réseaux par téléphone. » L’ancienne présidente Chantal Rey souligne l’engagement des organisateurs : « On cherchait toujours l’originalité maximale. Pour la 100 e , nous avons eu plus de 50 bateaux. Le vendredi soir, nous avons introduit la régate déguisée ! Un équipage est allé jusqu’à décorer leur bateau, et un autre est venu en montagnards, avec un cor des Alpes ! Ça foutait les poils ! Mais ce qui nous filait la pétoche, c’était la crainte d’un incident. Lors d’une semaine musclée, un dériveur a chaviré et il a fallu attendre l’intervention du sauvetage.»

Barques à Rolle ? On s’encanaille !

Très courue depuis son lancement dans les années 1980, la Semaine du Soir de Rolle a toujours été aussi joyeuse que… piégeuse. Un plan d’eau de rêve, un décor magnifique, des groupes de musique, mais un lieu relativement exigu pour accueillir jusqu’à 600 personnes. Le président, Christophe « Caneton » Berthoud insiste : « C’est un must pour animer un club. C’est davantage la semaine des habitués, qui viennent se retrouver, que celle des jeunes qui veulent d’abord régater. Aujourd’hui, les gens sont moins disponibles. Avant, on a compté jusqu’à 60 bateaux sur l’eau, aujourd’hui il n’en vient que 30. Une semaine jusqu’à force 3, ça va. À force 5, c’est plus stressant. À Rolle, le sauvetage fait la surveillance tous les soirs. Pour éviter qu’un gars bourré tombe à l’eau et se noie. Attention aux fins de soirée ! »

Founex fait pêter les winches !

À Founex, le Club Nautique fête sa 20e Semaine du Soir. Entraîné par son président, Jérôme Sutter, le comité d’organisation déploie des trésors d’imagination pour qu’elle soit festive, avec la navigation au premier plan. « On organise un bar sur la digue, pour montrer aux gens ce qu’est la voile et leur expliquer la régate. Sous la tente, on a installé un vieux Star coupé en deux – qui a participé aux JO ! –, comme deuxième bar. On invite des groupes de musique live, on organise une soirée karaoké, et le vendredi, c’est régate et soirée déguisée ! L’équipage le mieux déguisé remporte le challenge du « Founachu », une ancre qui pèse son poids et arbore les plaques à la mémoire de tous les gagnants. »

Villeneuve, une des pionnières

La Semaine du Soir de Villeneuve a fait parler d’elle dès sa création, au milieu des années 1980, sous l’impulsion de Roland Pellet, son initiateur. Loin alentour, on s’intéressait à venir au bout du Haut-Lac, à la Semaine de la Voile de Villeneuve – quand bien même ce peut être un «trou d’airs» comme un ventilateur tempétueux ! Parmi tous les clubs organisateurs de Semaines du Soir, le CVVi attire une quarantaine de participants – en diminution ces dernières années. À Villeneuve aussi, l’« after » réunit orchestres, restaurateurs et vignerons. Autant d’activités qui permettent de garnir les caisses du Club. Mais la participation des bateaux est en baisse, retombée à 20 bateaux alors qu’elle était à 40, dans ses belles années. Autres formules pour faire du chiffre : la paëlla géante qui régale plus de 300 convives.

Versoix, semaine tabassée et endeuillée

Mais il y a aussi des épisodes de triste mémoire, aux Semaines du Soir. À Versoix, celle de 1999 s’est terminée par un lourd bilan : un noyé et 9 bateaux coulés. Philippe Durr était à bord du 8 m JI Lafayette. « Nous avions une bouée à virer en direction d’Yvoire. Au départ, il soufflait un petit séchard. Au retour, un coup de vent violent provenant de l’aéroport s’est abattu sur la flotte, la décimant. Neuf bateaux ont coulé par éco-page (remplissage latéral). Papillon, le 15 m SNS de Vincent Zanlonghi, un Toucan, un Yngling, le Lacustre Roxana de l’Aga Khan, un 30 m… bref, l’apocalypse. À bord de Roxana,  » Gibus  » ne savait pas nager. C’est Robert Favre, utilisant sa veste de quart comme gilet de sauvetage, qui le sauve. Moins de chance pour Guy Budry. On ne voyait plus rien, et il y avait une grêle du tonnerre. Dans la tempête, il cherche sa femme. Il la trouve et la sauve. Lui, ne sachant pas non plus nager, se noie. » Benoît Deutsch, moniteur de voile au CNV et chef de base, complète : « En 1999, on n’avait pas de radar pour voir arriver les orages.» Philippe Durr se souvient aussi de cette kermesse folle qu’était la Semaine du Soir de Versoix : une centaine de bateaux, 900 personnes à terre pour faire la nouba ! Il l’a organisée pendant 10 ans, avec le boulanger du coin, Pierrot Marguerat comme starter. Au début, il n’était prévu de régater qu’un seul soir…

SNG, l’initiative des Firmenich

À la SNG, on ne célèbre pas la Semaine du Soir, mais la Semaine de la Voile. Son origine est liée à la famille Firmenich, qui a organisé la première édition devant chez eux, à Genthod, dans les années 1960. Eric Arnulf retrace trois étapes de cette Semaine de la Voile : « Dans les années 1980, il y avait un départ à Asnières aux environs de 14 h, et on régatait jusqu’à 19 h. En 2000, le départ a été ramené à la SNG, avec des départs entre 17 et 18 h. La semaine a perdu de son importance. Plus récemment, grâce à Véronique, la mythique cheffe starter de la Nautique, la semaine a repris du poil de la bête, notamment grâce à la régate costumée du vendredi. »

©DR

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