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Gard, la grande évasion

par Julien Beauchot

Occitanie

Depuis la Suisse, sur la route de la Méditerranée, faisons un pas de côté pour découvrir le pays où les villages portent les noms de saints insoupçonnés : le Gard. Terre d’histoires et de contrastes, généreuse et aride, ses paysages variés et authentiques ne laissent pas indifférent.

Côté Provence

Notre escapade débute dans le premier duché de France : Uzès. C’est à travers les vignes de l’Appellation d’Origine Protégée qui porte le nom du Duché, que l’on voit poindre, au loin, sur une colline, trois tours. En se rapprochant, on guette le donjon du château ducal, car si le drapeau est déployé en son sommet, c’est que le Duc, toujours propriétaire de son bien, est en son domaine. Le bâtiment et sa restauration seront à l’origine du nouveau souffle donné à la belle endormie qu’était alors la cité. C’est ici que sera institué l’un des premiers secteurs sauvegardés instaurés par la loi Malraux visant la préservation et la mise en valeur du patrimoine.

On déambule aujourd’hui de rues en venelles, au milieu d’hôtels particuliers, d’anciennes casernes, d’églises ou de simples immeubles patiemment et superbement restaurés. Le cœur vibrant de ce labyrinthe quasiment circulaire est la place aux Herbes entourée de ses voûtes emblématiques. Depuis le XIIIe siècle, elle accueille le marché de la ville. Il faut vivre un samedi matin à Uzès pour se plonger dans les couleurs, les saveurs et les odeurs de ce moment hors du temps. C’est au doux et rond son de l’accent gardois que les produits locaux se font la part belle, avec les asperges, les olives et leur huile, la lavande, ou bien encore les fougasses ou les savons. Sans oublier le diamant noir de la région : la truffe dont la saison se déroule du 15 décembre au 15 mars. Avant de finir la visite de la ville et de ses nombreux monuments, il est impératif de déguster un verre de vin du Duché, en grignotant quelques picholines du marché.

Vive Aigues-Mortes

Plus au sud, les collines s’effacent, la mer impose son tempo à la terre, l’homme tente de dompter la nature. Bienvenue en Camargue. Sur votre droite, de blancs chevaux et de sombres taureaux. Sur votre gauche, la Tour Carbonnière, antique témoin de la seule voie d’accès des terres vers une cité royale, Aigues-Mortes. Saint Louis souhaitant en effet avoir un accès direct à la Méditerranée, il fera édifier cette cité au milieu des marais d’où il partira pour la septième croisade. D’abord dominée par la Tour de Constance, des remparts la ceinturèrent intégralement. Hauts de 11 mètres, il est possible aujourd’hui de les parcourir sur toute leur longueur, soit 1’640 mètres. Sur cette promenade pittoresque, qui permit notamment de protéger ses habitants du vent et du sable, on ne voit pas la mer à ses pieds, Aigues étant Mortes, et non Vives… Mais on découvre les marais salants et leur incroyable population ornithologique lorsque l’on regarde à l’extérieur, et une organisation au cordeau à l’intérieur. Bien que datant du XIIIe siècle, il s’agit bien d’une ville nouvelle à faire pâlir les urbanistes les plus modernes. Au détour de ses rues, après avoir dégusté une traditionnelle gardiane, découvrez ses chapelles. Les Pénitents se partagent entre Blancs et Gris, tandis que les Capucins proposent des expositions. Ici, la fougasse est sucrée, et parfumée à la fleur d’oranger, sans doute un héritage de voyages au long cours. Le canal nous emmène enfin jusqu’à la mer. Le soleil se couche derrière nous et nous avons le sentiment d’avoir découvert une terre et son âme, forgée par les strates du temps. L’envie est ardente de découvrir le reste du Gard. Cap sur les Cévennes, sur les traces de Robert Louis Stevenson ?

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