Montagne – Grisons
Gagner les hautes vallées grisonnes est une expérience en soi. Si la route offre des lacets spectaculaires, c’est par le rail que l’ascension prend tout son sens, à bord du spectaculaire Chemin de fer rhétique.
Classées crescendo par leur altitude, ces trois stations helvétiques ont de quoi rivaliser en termes de loisirs estivaux. Elles se distinguent toutefois par leurs infrastructures et leur caractère : entre la plus citadine (Davos est classée plus haute ville d’Europe) et la plus ventée (Silvaplana, mondialement connue comme spot de kitesurf et de planche à voile), Arosa avance sa quête d’authenticité.
Métropole des Alpes
D’abord attiré par la réputation de Davos – siège du célèbre Forum économique – le vacancier pourrait vite aspirer à troquer les tentations du shopping contre une grande bouffée d’oxygène. Fort heureusement, l’accès à la nature est ici grandement facilité par un efficace réseau de transports publics. Un quart d’heure suffit souvent pour oublier le bétonnage.
On peut commencer par le funiculaire privé, qui – en moins de dix minutes – rejoint le merveilleux Schatzalp, ancien sanatorium devenu hôtel de charme. Intelligemment rafraîchi, le bâtiment a conservé ses structures et loggias Art Nouveau, tout en gommant l’esprit clinique de ses origines. C’est là que Thomas Mann aurait trouvé l’inspiration de sa Montagne magique.
Juste au-dessus, un chemin balisé conduit le visiteur vers un jardin botanique dont les floraisons éclatent surtout en juin-juillet, même s’il reste possible d’admirer de rares espèces jusqu’à la fin septembre. Des panneaux indiquent le nom allemand et latin de chaque végétal, ainsi que son origine. Le secteur des plantes médicinales d’Alfred Vogel expose les herbes utilisées dans la médecine naturelle.
Terre des ours
Pour gagner Arosa, la ligne ferroviaire au départ de Coire emprunte notamment le fameux viaduc de Langwies, suspendu au-dessus des gorges. Ses anciens chalets confèrent à cette région de Plessur un charme alpin, malgré le développement touristique. Plusieurs églises contribuent aussi à cette image, dont la plus ancienne (1493), avec plafond gothique tardif, et l’église catholique Maria Himmelfahrt.
En été, le site invite à la baignade dans ses deux lacs : l’Obersee et l’Untersee. Des opéras sont proposés en plein air. « Arosa Terre des Ours » est un lieu d’excursion apprécié surtout durant la saison où l’on peut observer ces plantigrades dans leur environnement naturel.
Le BelArosa est la dernière sensation de la station. À première vue, cette construction ressemble à certains autres grands hôtels du voisinage, mais – perchée comme un nid d’aigle – elle cache bien son jeu : sur son socle de pierre s’empilent une dizaine de « chalets » – ailleurs, on parlerait de suites – intégrés dans la même structure ; une prouesse technique achevée en 2024. Seul indice de sa modernité : les lignes tranchantes des piscines à débordement en acier poli qui s’élancent dans le vide. L’édifice a été conçu par le designer autrichien Martin Mattersberger et le chef de projet Jürg Kunz.
Arosa met également en évidence des savoir-faire originaux. Ainsi, le village abrite un étonnant artisan savonnier. Natif du lieu et pharmacien de profession, Beat Urech a été initié très jeune à la glycérine, à la soude et aux huiles essentielles. Il en résulte toute une gamme de savons naturels confectionnés à base d’ingrédients issus de l’agriculture biologique.
Star de l’Engadine
À seulement six kilomètres au sud-ouest de Saint-Moritz, Silvaplana attire les amateurs d’activités nautiques venus profiter de souffles permanents. Il suffit de se balader autour du lac pour repérer bon nombre de campeurs et sportifs.
D’autres vacanciers s’adonnent aux promenades le long des sentiers pédestres, dans une nature préservée. Il y a les marcheurs individualistes et ceux qui préfèrent les circuits parcourus sous la houlette de guides qualifiés. Les itinéraires sont alors établis « sur mesure » par les responsables des balades. Ces dernières durent de deux à cinq heures pour une dénivellation maximale de 500 mètres.
Via Engiadina traverse toute l’Engadine. En douze étapes, le trajet relie le village de col de Maloja à Vinadi, en Basse-Engadine (frontière du Tyrol). L’emprunter sur les hauts de Silvaplana, c’est traverser des bois de pins arolles parfumés, des ruisseaux tumultueux, des prés alpins si généreusement fleuris durant la belle saison qu’on se croirait dans un autre jardin botanique.
Mais la station est aussi saluée pour son ouverture aux courants culturels, sociétaux et gastronomiques. À l’heure où le tourisme helvétique d’altitude tente de se réinventer, elle s’engage pour une approche plus festive, plus accueillante et éco-responsable. Elle organise chaque année ses randonnées d’arrière-saison vers les plus beaux points de vue de la Bernina, dans le Bergell, sur le Corvatsch, à Maloja et au Parc national suisse. Se voulant inclusive, elle propose même à la communauté LGBTQ+ une « Pride Hiking & Culinary Week ».
« La pandémie n’aura pas eu que des effets négatifs », se félicite Claudia Pronk, directrice d’un hôtel relié aux remontées mécaniques de l’incontournable Corvatsch (3’303 m). Ces installations mettent les clients à 15 minutes du sommet. « Nous constatons une nette augmentation des Romands attirés vers notre Suisse orientale ».
À noter que Corvatsch n’abrite pas seulement le restaurant le plus élevé du canton ; les amateurs de whisky peuvent également y visiter la distillerie la plus haute du monde. L’effet de l’altitude entraînerait un processus de distillation qui débute à une température inférieure de 10°C à celle relevée sur le plancher des vaches. On nous assure que cet attribut renforcerait son arôme.




