668 milles nautiques ! 1 237 kilomètres ! voici le nouveau record de distance parcourue en 24 heures par un bateau à voile et en solitaire. Le navigateur Francis Joyon a établi hier soir un nouveau record absolu de vitesse sur 24 heures, en tenant seul à bord de son trimaran géant de 29 mètres IDEC, l’époustouflante moyenne horaire de… 27,83 nœuds !*
Francis Joyon avait quitté vendredi dernier la Trinité-sur-Mer, cap sur les Açores afin de chercher les conditions idéales pour s’attaquer au temps référence détenu jusqu’alors par Thomas Coville avec 628,5 milles nautiques établi en 2008 lors de sa seconde tentative contre le record du tour du monde, toujours détenu par Francis.
« Il me fallait réunir des conditions idéales, que je n’avais jusqu’alors trouvé que dans l’océan Indien, avec des vents réguliers bien établis dans la durée, de préférence en avant d’un front afin de bénéficier d’une mer (relativement) plate… Je suis allé environ 800 milles dans l’ouest du cap Finisterre, en bordure des hautes pressions près des Açores. Je suis parti avec un vent de secteur sud-ouest, mais j’ai dès le départ dû affronté une houle contraire de secteur nord.
J’ai attaqué à fond, et au bout d’un moment, la houle s’est ordonnée et le vent est monté à 32 nœuds. C’était extrêmement périlleux. Le bateau était constamment à la limite. Je ne barrais pas. Je suis demeuré 24 heures debout dans mon cockpit avec l’écoute de grand voile dans une main, et l’écoute de solent dans l’autre. Lorsque le bateau plantait dans la vague, je choquais l’une ou l’autre. Mais il m’est arrivé souvent de choquer toutes les écoutes d’un seul coup. Pas de repos. Quelques barres de céréales pour seule nourriture. »
Voilà en substance et des mots mêmes de l’incroyable Monsieur Joyon la recette d’un record emblématique. Avec des pointes à 34 nœuds, le marin de Locmariaquer rajoute une nouvelle ligne à ses nombreux records. Il avait déjà en 2004 détenu ce record à bord de l’ancien trimaran IDEC.
Il avait porté ce temps référence à 613,5 milles (25,56 nœuds de moyenne) lors de son record du Tour du Monde victorieux en 2007. C’est Thomas Coville qui lui avait donc repris ce temps référence l’année suivante en avalant 619 milles à 25,80 nœuds de moyenne près des Kerguelen. Ce même Thomas Coville sur son trimaran de 32 mètres portait ensuite son propre record à 628, 5 milles, à 26,2 nœuds en décembre 2008.
« J’aurais été très satisfait de récupérer ce record, ne serait ce que d’une poignée de milles » poursuit Francis. « Mais près de 40 milles ! je suis très heureux. Ma satisfaction vient surtout du fait que j’ai très peu navigué depuis mon chavirage l’an passé lors de ma tentative contre le record de la traversée de l’Atlantique. IDEC a subi un beau chantier cet hiver. Mais le mât est le même que celui qui s’est brisé en deux lors du chavirage. Quant aux voiles, ce sont celles d’origine, qui ont bien 90 000 milles au compteur. Au-delà des chiffres, je viens de m’offrir un moment véritablement magique. Pouvoir faire marcher une telle machine au maximum de son potentiel est extraordinaire. C’est ce que je me disais en doublant des cargos dans des gerbes d’écume. »
*(En cours d’homologation par le World Speed Sailing Record Council)
668 nautical miles. 1237 kilometres. That is the new 24 hour distance record for a boat skippered by a solo sailor. The French sailor Francis Joyon set this new outright 24 hour speed record yesterday evening aboard his 29-metre giant trimaran IDEC achieving an average speed of 27.83 knots.*
Francis Joyon set off from la Trinité-sur-Mer in Brittany last Friday to head for the Azores to look for ideal conditions to tackle the record set by Thomas Coville, who sailed 628.5 nautical miles in 2008 on his second attempt at the round the world record, still held by Francis.
“I had to look for the ideal conditions, which I only managed to find before in the Indian Ocean with steady, strong winds, preferably ahead of a front , in order to benefit from relatively calm seas… So I headed off around 800 miles west of Cape Finisterre, on the edge of the Azores high. I set off with a south-westerly wind, but from the start I had to deal with a swell coming in the other direction from the north.
I gave it my all and after a certain length of time, the swell eased off and the wind strengthened to 32 knots. It was extremely risky. The boat was constantly on the edge. I wasn’t at the helm. I stayed there for 24 hours standing in the cockpit with the mainsail sheet in one hand and the solent sheet in the other. When the boat dug into a wave, I eased off one or the other. But I often had to ease them both off at the same time. There was no rest. I just swallowed down a few cereal bars to feed myself.”
These words from Joyon himself sum up the scenario and how he achieved this special record. With peak speeds of 34 knots, the sailor from Locmariaquer has added another item to his long list of successful records. In 2004 he previously held the record aboard his former IDEC trimaran.
He took the reference time to 613.5 miles (average speed of 25.56 knots) during his successful round the world record attempt in 2007. Thomas Coville then grabbed the record from him in the following year covering 619 miles at an average speed of 25.80 knots near the Kerguelens. The very same Thomas Coville aboard his 32-metre trimaran then beat his own record, sailing 628.5 miles at 26.2 knots in December 2008.
“I would have been happy to beat this record by just a few miles », added Francis. “But almost 40 miles! I’m over the moon. I’m particularly pleased as I haven’t sailed that much since capsizing last year during my transatlantic record attempt. IDEC underwent a lot of decent work in the yard during the winter. But the mast is the same one that broke in half, when she capsized. As for the sails, they are the original ones, which have already clocked up 90,000 miles. Going beyond the numbers, I was able to enjoy a truly magical moment. Being able to sail such a machine and get the full potential out of her is extraordinary. That’s what I kept telling myself, as I zoomed by cargo ships sending the spray flying.”
*(Awaiting ratification from the World Speed Sailing Record Council)